Glitter - Sympathique mais peut vraiment mieux faire

13/08/2018

Titre : Glitter

Auteur : Aprilynne Pike

Editions : Dreamland

Prix : 17,50 €

Parution : 18 avril 2018

Nombre de pages : 368 pages

Genre : Young adult, romance

Résumé : Au 22e siècle, le château de Versailles a été racheté par une multinationale et il est désormais habité par une Cour vivant dans la frivolité et le luxe ; comme au 18e siècle. À un détail près : des robots s’assurent que tout le monde obéit aux règles imposées par le « roi ». Malgré le confort et l'extravagance de la Cour, la jeune Danica rêve de fuir cette prison dorée et cette vie. D’autant qu’à ses 18 ans, dans 6 mois, elle devra se marier avec l’effrayant souverain de Versailles, qu’elle le veuille ou non. Sa porte de sortie ? Trouver assez d’argent pour franchir les grilles de Versailles et rejoindre le monde réel. Elle commence alors à vendre clandestinement du « Glitter », cette drogue tellement puissante qu’une simple pincée provoque une totale addiction. Mais à la Cour, les secrets sont, comme autrefois, impossibles à garder bien longtemps…

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Mes premières amours littéraires vont aux romans historiques, et tout particulièrement aux intrigues se déroulant au siècle d’or qu’était le 17ème  siècle. Notre bon roi Louis XIV et sa cour dans le magnifique château de Versailles ont été le théâtre de mille et une aventures. Aucune cour d’Europe, aucun château n’a autant fait fantasmer le commun des mortels. Et c’est tout naturellement que les auteurs francophones ou étrangers se sont penchés sur la question pour nous raconter les folles mésaventures de courtisans et courtisanes, fils et filles du peuple ou de la noblesse dorée de cette époque. Que ce soit Annie Pietri, Anne-Marie Desplat-Duc, Annie Jay en littérature jeunesse, ou Riyoko Ikeda en manga, retrouver Versailles a toujours été un plaisir. C’est donc tout naturellement que j’ai jeté mon dévolu sur l’intrigant livre d’Aprilynne Pike, « Glitter ».

Versailles, un lieu d’inspiration pour de nombreux auteurs.

Après Laurel dans la saga Wing et Tavia dans  la trilogie du Baiser de la déesse, l’auteure nous emmène dans l’existence tumultueuse  de Danica, une jeune adolescente qui mène une drôle de vie de château au 22ème siècle. Sans titre de noblesse dans la cour des grands de Versailles-Sonoma, un micro-état financier basé à Versailles même, elle se retrouve propulsée sur le devant de la scène. Promise malgré elle au roi Justin suite à une malheureuse affaire, la jeune fille ne désire qu’une chose : fuir ce mariage arrangé et retrouver la réalité de son temps. Mais pour parvenir à ses fins, Danica va devoir rentrer dans l’illégalité en s’improvisant dealeuse d’une drogue, le Glitter, un stupéfiant si puissant et addictif qu’une infime dose rendrait accro n’importe quel individu. Bien que rebutée par cette activité, Danica va jouer le jeu. Mais encore lui faut-il tenir tête à son diabolique futur époux et à sa fouineuse de mère. Réussira-t-elle à échapper à son monde dans le temps imparti qui lui reste et à déjouer les complots de la cour à son égard ?

Aprilynne Pike, une auteure qui ne chôme pas.

Lorsque l’on visite le château de Versailles, les visiteurs sont immédiatement émerveillés par la beauté des lieux. On se rêve en marquise ou chevalier arpentant la galerie des glaces ou assistant aux nombreux plaisirs des lieux et courbant l’échine devant Sa Majesté. Mais c’est oublier un point essentiel sur ce lieu : c’est une prison. Versailles a toujours été une cage dorée dans laquelle Louis XIV a ingénieusement réussi à tenir en laisse la noblesse rebelle et à l’écart le peuple trop imprévisible, instaurant ainsi ses propres règles. Aprilynne Pike l’a bien compris et s’est empressée de jouer dessus. Mme Pike nous a pondu là un résumé plus qu’alléchant. Il y a tout ce qu’il faut pour un roman jeunesse classique : une héroïne désespérée en quête de liberté, des obstacles et des antagonistes à la hauteur de nos espérances et un lieu d’exception pour raconter cette histoire. Mais malgré ces belles promesses, je ne peux pas dire que j’ai été réellement satisfaite de ma lecture une fois le livre terminé.

Sa première carte : un voyage dans le temps. Elle place son récit dans un futur lointain, au 22ème siècle, dans un contexte presque post-apocalyptique. Malgré ce choix, il m’est difficile de classer ce roman en science-fiction. Le mot qui conviendrait à juste titre, c’est « futuriste ». Dans un futur lointain, la France lourdement endettée aurait perdu, suite à une manœuvre financière crapuleuse, le fleurant de son patrimoine historique au profit d’une firme à l’américaine. Un peu comme dans la série Westworld, les gens vivent complètement en décalage avec les restes de la société française en reproduisant une cour du 18ème avec ses us et coutumes.

Le côté versaillais et futuriste détonne. Il est bizarre de se dire que robots, froufrous et robes à panier gravitent dans le même milieu. La technologie fait donc son entrée dans ces lieux historiques et fait partie du quotidien de cette cour reconstituée du 18ème siècle. Robots, tablettes et lentilles de contact performants envahissent le texte. Le mariage des deux est étrange mais on s’y accommode rapidement. Il est souvent question de codage et de piratage mais jamais dans le détail, l’idée étant que les lieux sont surveillés 24 heures sur 24 grâce au programme de surveillance M.A.R.I.E. Et j’ai envie de dire : M.A.R.I.E. is watching you, comme disait George Orwell dans 1984, enfin cette petite merveille technologique a des limites et est un peu trop facile à berner selon moi. Malheureusement, je n’ai pas eu l’impression que Versailles était un personnage/lieu, mais plus un décor utile à l’intrigue. Il n’est pas suffisamment personnifié pour avoir cette sensation. Mais cette remarque c’est plus du chipotage de ma part, en aucun cas cela ne nuit au bon déroulé de l’histoire. Ce qui est regrettable, c’est de se limiter au château alors qu’il y a les extérieurs avec les jardins qui regorgent de belles choses.

Image tirée des coulisses et du film Marie-Antoinette de Sophia Coppola, qui illustre assez bien le contexte du roman Glitter.

Le roman se découpe en 2 parties et a un style passe-partout. L’auteur met l’accent sur la valeur et le prix des choses, ici la liberté et l’amitié. Notre héroïne va avoir une évolution constante sur ses objectifs et les sacrifices qu’elle sera prête à faire pour y parvenir. On démarre donc avec une adolescente assez insouciante mais déterminée à s’en sortir. Mais ce qui pose vraiment problème avec Glitter, c’est la passivité avec laquelle on s’investit dans l’histoire. Le livre souffre du même défaut récurrent à mes dernières lectures : il manque de rebondissements et d’emballement pour ses personnages et leurs enjeux, la faute à un démarrage un peu mou. Je n’ai pas réussi à rentrer tout de suite dans l’histoire. Il m’a fallu un temps d’adaptation bien trop long (la moitié du livre) pour me familiariser à cet univers, pour ensuite être confrontée à des situations récurrentes (Danica arpente le château, Danica joue au plus fort avec le roi, Danica s’habille et serre ses corsets, etc.). Les péripéties, bien que présentes, ne sont pas très stimulantes, si bien que dans toute ma lecture jamais je n’ai eu peur pour la jeune fille, jamais le roi, sa mère ou même la cour n’ont été des menaces efficaces pour nous faire craindre pour sa vie. Et particulièrement sa mère, qui est quasiment invincible, ce que l’on sait d’elle nous est systématiquement rapporté par l’héroïne. Jamais l’auteure ne prend l’initiative de nous faire assister à une de ses manigances pour palper le degré de nuisance qu’est cette mère pour sa fille.

Cela n’empêche pas le livre de traiter de sujets intéressants liés au monde de la drogue, du luxe et des privilégiés. Pour ce qui est de la drogue, c’est timidement abordé, plus dans le superflu qu’un traitement concret de ses ravages. J’ai particulièrement apprécié le message porté sur le patrimoine, son importance institutionnelle et les dangers qu’elle risque quand il n’est pas protégé. C’est une réalité bien actuelle : le patrimoine français, comme bien d’autres dans le monde, est racheté par des magnats étrangers, ce qui est regrettable, et Versailles-Sonoma en est le modèle le plus extrême. Le monde est un théâtre, disait Shakespeare. Versailles-Sonoma ressemble à une sorte de prison / télé-réalité ; un univers où l’on est toujours en représentation, pour les siens et les autres. Chacun campe un rôle qu’il s’est créé pour la société, mais personne n’est vrai ou n’est libre d’être soi-même. Danica passe son temps à changer de masque pour se faire respecter ou joue la comédie pour ne pas être démasquée. J’ai apprécié le côté voyeuriste et gênant des reconstitutions du mercredi, qui montrent le décalage entre un mode de vie passé qui fascine la population et que l’on essaye de perpétrer, et la modernité. Celui du Lever de la Reine est un cérémonial très intéressant mais tout bonnement indécent (spoiler : voir une mineure s’habiller pour satisfaire les touristes, c’est limite du proxénétisme).

Pour ce qui est des personnages, Danica, notre héroïne, se défend bien, c’est une jeune fille complexe qui sait jouer de son image et de ses privilèges, ce qui lui donne une force et un pouvoir importants sur son milieu mais qui révèle aussi ses faibles. Elle ne contrôle pas sa vie mais la subit. Un mal-être que l’auteure illustre par un penchant pour les corsets trop serrés. Saber est un personnage plutôt effacé mais qui prend de l’importance au fil des pages. Je regrette qu’on ne s’attarde pas de manière efficace sur sa personne. D’ailleurs, je trouve que sa relation conflictuelle puis amicale avec Danica va beaucoup trop vite, pour ne pas dire bâclée. Pourtant, et malgré ce point négatif, c’est un personnage qui m’a touché et par qui l’auteure explore un sujet difficile qui me tient énormément à cœur. Et puis il faut avouer que son physique atypique m’a beaucoup plu. De son côté, Justin, le roi, est beaucoup plus travaillé. Il est détestable mais séduisant à la fois. Ses ambitions sont à la hauteur de son statut, même s’il lui manque un je-ne-sais-quoi pour rivaliser avec d’autres grands antagonistes de la littérature Young adult.

Au niveau des personnages plus secondaires, il y en a un certain nombre déjà vu et revu dans ce genre de lecture (la rivale éconduite, le meilleur ami gay, le père absent, etc). Reginale se démarque par sa perfidie, c’est un peu le monsieur Gold (Once Upon a Time) du livre, il est plein de surprises et pas toujours de bon goût. Quant à la mère de Danica, c’est un personnage bien trop négligé par l’écrivain. Parmi les amies fidèles de Dani, le personnage de Molli, qui tient une place importante à ses yeux, manque de présence pour qu’on puisse réellement se soucier d’elle et de ses sentiments, si bien que le sort qui lui est réservé, bien qu’il soit capital pour Danica, ne nous fait ni chaud ni froid. Elle aurait pu avoir un rôle plus conséquent qui aurait donné lieu à des coups de théâtre plus surprenants.

Image tirée des Fêtes Galantes 2016 : Soirée costumée à la Galerie des Glaces de Versailles.

En conclusion, Glitter d’Aprilynne Pike n’est ni mauvais, ni excellent, simplement moyen et sans prise de risque. Lorsque l’on évoque Versailles et ses intrigues, cela nous renvoie aux mots suivants : complots, ragots, rivalités, amour et royauté. C’est ce que nous promet Aprilynne Pike dans son synopsis, mais ce n’est pas forcément ce que j’ai l’impression d’avoir eu en terminant son livre. La romance est expédiée, certains personnages sont laissés de côté et les sujets ne sont pas assez approfondis à mon goût. Globalement, l’intrigue est intéressante et a du sens mais dans le détail, les actions, les épreuves à surmonter et certains personnages ne sont pas à la hauteur. Pour moi l’univers n’est pas assez exploré et se limite à l’image d’Épinal de Versailles au 18ème siècle, oubliant le 22ème siècle et le reste du monde. L’âme même du château ou plutôt du domaine de Versailles n’est pas au rendez-vous. Les intrigues de cour, les guerres de clans, la conquête du pouvoir, les influences ou même une rivalité pimentée entre personnalités, il manque tout ça. Alors si vous n’êtes pas trop exigeant, oui, ce livre est pour vous, mais si vous cherchez un livre stimulant, ce livre ne fera malheureusement pas l’affaire.

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Hello !!! Moi c’est Greycie alias Satshy. Comme la plupart de mes camarades, je n’ai pas reçu non plus de lettre pour Poudlard mais les Vacances au Camps des sangs-mêlés dans le bungalow d’Athéna me semblaient plus attrayantes ^^
Enfant des années 90, née sous le signe du taureau et du mouton (calendrier lunaire), je suis du genre déterminée et espiègle. Etudiante en Master cinéma, je me définis comme une enthousiaste. Dès que j’ai une passion, je m’y livre à fond (cheval, cuisine, manga, Japon, voyage, danse classique, etc.), tout y passe depuis deux décennies. Je suis donc une touche à tout mais la passion qui accapare tout mon temps actuellement (et pour longtemps), c’est la littérature. Romance, fantasy, BD, contemporain, manga, historique, science-fiction, … Je lis, que dis-je, dévore de tout ; avec une nette préférence pour le genre dystopie et le young adult. Couplé avec le cinéma, c’est le combo gagnant pour s’évader vers d’autres horizons.
Mes bouquins préférés sont la saga « Percy Jackson » avec les « Héros de l’Olympe » de Rick Riordan ainsi que « Orgueil & préjugés » de Jane Austen. Côté séries, ce sont Once Upon a Time et Outlander et pour le 7ème art la Saga Star Wars et l’adaptation encore une fois de Orgueil et préjugés de 2005.
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