Pourvu que la nuit s'achève - Un roman édifiant

05/08/2018

Titre : Pourvu que la nuit s'achève

Auteur : Nadia Hashimi

Editions : Milady

Prix : 7,90€

Parution : 4 juillet 2018

Nombre de pages : 528 pages

Genre : Littérature contemporaine

Résumé : Poursuivant sa mission de porte-parole des femmes afghanes, Nadia Hashimi aborde dans ce troisième roman l'une des injustices les plus criantes dont elles sont victimes en Afghanistan : les incarcérations abusives. Ce n'est un secret pour personne, il y a beaucoup trop d'innocentes derrière les barreaux en Afghanistan. Lorsque les femmes dérangent ou que leur attitude semble remettre en cause l'ordre établi, on les emprisonne sans autre forme de procès, et parfois même, on les exécute pour s'assurer qu'elles ne pourront plus clamer leur innocence. Parce qu'elles sont aperçues aux abords d'un parc avec un homme, parce qu'elles tardent à se marier ou refusent d'épouser celui qu'on leur a choisi, parce qu'elles ont osé être des femmes et se revendiquer comme telles, on les réduit au silence et on les prive de liberté.
Grâce au courage et à la détermination de Yusuf, Zeba, accusée du meurtre de son mari, a peut-être une chance d'échapper à la pendaison. Un roman poignant sur un simulacre de justice fait par les hommes pour les hommes, qui sait si bien réduire les femmes au silence.

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Libérer la parole des femmes afghanes, tel est le credo de Nadia Hashimi qui, dans cette nouvelle histoire, dresse une fois de plus le projecteur sur la condition misérable des femmes dans ce pays d’hommes qu’est l’Afghanistan.

Après le succès de La perle et la coquille et de son héroïne bacha posh Rahima, Pourvu que la nuit s’achève met en scène Zeba, une femme accusée – à tort ou non – du meurtre de son mari. Roman choral, on retrouve dans ce nouvel opus la marque de fabrique de Nadia Hashimi qui donne la parole à plusieurs personnages, dressant ainsi un portrait multiple de la femme afghane.

Retrouvée ensanglantée aux côtés de son mari mort, le doute n’est pas permis : Zeba est une meurtrière, directement conduite en prison. Emprisonnée dans un lieu sordide, elle s’emmure dans le silence pour se protéger, malgré le combat de son frère qui lui envoie un jeune avocat.

Là encore, la finesse d’écriture de Nadia Hashimi se fait ressentir : bien qu’elle démontre par la fiction la société masculine dans laquelle les femmes afghanes tentent d’évoluer, elle ne dresse pas pour autant un pamphlet contre les hommes.

Contrairement au défunt mari de Zeba, dont on mesure toute la violence et la cruauté au fil des pages, Yusuf se démène pour innocenter sa cliente silencieuse. Né en Afghanistan mais expatrié aux États-Unis, le jeune avocat insuffle timidement mais sûrement un vent de liberté sur la condition de la femme afghane. L’alternance des points de vue entre Zeba et Yusuf permet de mesurer la vision de l’homme par les femmes et de montrer ainsi que l’espoir d’une masculinité respectueuse et douce est possible.

Malgré un contexte très sombre, Nadia Hashimi a réalisé avec Pourvu que la nuit s’achève un roman de l’épanouissement des femmes. Contrairement aux apparences, l’emprisonnement de Zeba va être l’occasion pour elle d’ériger, inconsciemment peut-être, une communauté de femmes en recherche de bonheur et qui finiront pour certaines par le trouver. Faiseuse de miracles, Zeba a hérité sans le savoir du don de sa mère Gulnaz, portrait même de féminité et de liberté. Mais tout n’est pas aussi simple…

Nadia Hasimi laisse la place au doute. Jusqu’au moment de la révélation dans les derniers instants du récit, le lecteur doit se fier à son bon sens pour répondre à ces questions : Zeba a-t-elle réellement tué son mari ? Zeba a-t-elle réellement le pouvoir de sortir des femmes de prison ? Érigée en sainte qui, jusqu’au dernier moment, ne saurait déterminer quelle sera l’issue de son procès, Zeba devient une martyre, le symbole même d’une liberté féminine refusée par les hommes.

 

Avec Pourvu que la nuit s’achève, Nadia Hasimi nous offre un nouveau roman afghan, aussi intense et porteur d’espoir sur la condition de la femme que ses précédents. On aime découvrir cette culture sombre dénoncée par une écriture riche et remplie d’humanité. Comme Rahima avant elle, Zeba est un personnage aussi admirable qu’attachant qui nous transporte et nous unit contre l’injustice d’une société méprisante envers les femmes.

Merci encore une fois à Milady pour la découverte de ce nouveau récit de Nadia Hashimi !

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Chroniqueuse littéraire, je suis tombée dans la marmite de livres étant petite. Libraire dans l’âme, attachée de presse dans la vraie vie, je m’attache à transmettre le grand secret de la vie éternelle : la lecture (et la pierre philosophale pour les plus chanceux) !
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