Atypical saison 2 : on continue sur la bonne voie (spoilers)

24/09/2018

Titre : Atypical

Créée par : Robia Rashid

Avec : Keir Gilchrist, Jennifer Jason Leigh, Brigette Lundy-Paine, Michael Rapaport, Amy Okuda, ...

Format : 30 minutes

Diffusion : Netflix

Genre : Comédie dramatique, Comédie, Drame

Résumé : Sam a 18 et il est en quête d'amour et comme tous les adolescents en quête d'amour et d'indépendance, il découvre les aléas du passage à l'âge adulte. Sam est aussi atteint d'autisme et c'est ce quotidien que se propose d'explorer cette série. À la fois drôle et douloureux, ce cheminement à la découverte de lui-même bouleverse toute sa famille dont les membres, confrontés aux changements qui affectent leur propre existence, se posent cette question fondamentale : que signifie être normal ?

.

La première saison de la série diffusée sur Netflix avait séduit les téléspectateurs. Pour nombre d’entre eux, l’autisme était traité de façon cohérente et de telle sorte que tout le monde y trouvait son compte dans une série que l’on prenait plaisir à regarder. Mais des éléments de l’intrigue avaient divisé les internautes : le cas de la mère de Sam, Elsa. Envahissante, égoïste, agaçante, telles étaient les qualités qu’on lui attribuait. Un rôle excessif que beaucoup ont eu du mal à accepter puisqu’il prenait le pas sur celui de Sam. Mais force est de constater que cette nouvelle saison a su s’affranchir de ces errements en nous offrant dix épisodes toujours selon un court format de 30 minutes où les moments frivoles et innocents contrastent avec les tumultes et les peines du jeune Sam, le tout avec équilibre et justesse. Attention aux spoilers ! 

Cette saison reprend à peu près là où la première avait pris fin. La vie sentimentale de Sam continue à être mise à rude épreuve tandis que ses parents se déchirent et que l’harmonie familiale rêvée vole en éclats suite à la liaison qu’entretenait Elsa avec Nick, un barman qu’elle avait rencontré lors d’une soirée arrosée. C’est tout l’environnement de Sam qui s’apprête à être chamboulé et l’on se retrouve pris dans cette inquiétude sincère de le voir surmonter ces épreuves aux côtés de sa soeur Casey. Cependant, cette dernière a fini par intégrer une prestigieuse école eut égard à son talent d’athlète qui lui a valu d’obtenir une bourse. Si la jeune femme se retrouve confrontée à la compétitivité et aux exigences qui vont de paire avec un tel milieu, elle reste ce pilier dans la vie de Sam, indispensable et téméraire. Car Sam va de thérapeute en thérapeute après que son attirance pour Julia a fini par entraver leurs séances. En outre, c’est un Sam résolument décidé à s’émanciper que l’on retrouve avec plaisir dans cette deuxième saison, un Sam qui se questionne sur son avenir après l’obtention de son diplôme puisque ce dernier marquera le début d’une nouvelle étape dans sa vie où sa franchise à toute épreuve l’entraînera dans des situations délicates.

Outre la prestation incroyable de Keir Gilchris (Sam), on retient surtout de cette saison les principaux thèmes abordés et la rigueur avec laquelle ils ont été traités tout au long des dix épisodes. Le désir d’indépendance de Sam et la manière dont cela impacte sa relation avec son entourage reste la principale thématique de cette nouvelle saison et a été amenée avec justesse. C’est le cas, par exemple, de la relation entre Sam et son deuxième meilleur ami Zahid. Lors d’une de leurs nombreuses conversations, on a pu ainsi en apprendre plus cette fois sur les aspirations oubliées de Zahid dont la peur de l’échec a fini par le détourner du concours d’infirmier. Mais, et c’est là un des nombreux tours de force de la série, c’est cette conversation presque anodine avec Sam qui pousse Zahid à reconsidérer ses choix. La relation touchante et sincère entre Zahid et Sam reste probablement l’une des grandes qualités de la série, en dépit d’une volonté certaine de la réalisation de faire de Zahid un side-kick à l’humour inévitable.

Mais en terme de relation primordiale qui fait vibrer notre corde sensible, on ne peut que songer à la petite soeur, Casey. La jeune fille a su capturer nos coeurs, nous attendrir et nous impressionner. Et l’on doit indubitablement ce succès à l’actrice Brigette Lundy-Paine qui alterne avec brio entre les différentes humeurs de Casey tout en maintenant cette parfaite alchimie qui ne nous fait pas douter un seul instant que Keir et Lundy-Paine sont réellement frère et soeur. Une certitude confirmée par l’atmosphère de l’épisode de l’anniversaire de Casey (épisode 9). On y apprend en effet que les rituels de l’anniversaire ont été imaginés par les parents de Sam pour faire en sorte que le jeune garçon porte son attention sur sa soeur le jour de son anniversaire. Ce qui n’était au départ qu’un simple artifice des parents a fini par revêtir une réelle importance pour Sam et témoigne une nouvelle fois de ces petits riens qui, pourtant, sont partie prenante de nos vies et que toute famille possède. 

Si on a pu suivre les élans d’émancipation de Sam avec attachement, la vie sentimentale de Casey nous aura captivés à son tour. La série ne se limite pas à Sam dans la mesure où elle explore d’autres thèmes chers au public. C’est le cas de l’identité sexuelle de tout un chacun et qui fait entièrement partie de nos vies. Il était donc tout à fait opportun pour la série d’aborder ce sujet-là, fût-ce avec Casey ou Elsa. Car si on apprend en effet que cette dernière a eu une relation dans le passé avec une femme, on assiste à un premier ébranlement de taille dans les certitudes de Casey quant à son orientation : elle a un petit ami, Evan (Graham Rogers), dont elle est amoureuse, mais se sent attirée par Izzie, une amie de son nouveau lycée. C’est une relation ambigüe qui se crée entre les deux jeunes filles, relation qui fera naître chez Casey nombre de questions, ces mêmes questions qui peuvent surgir chez tous les adolescents. Cette perspective n’a certes pas manqué d’être abordée dans plusieurs autres séries mais Atypical le fait de telle sorte que rien n’est exagéré ni ne tombe dans la caricature. 

Atypical a donc su doser les émotions d’une série traitant de maladie, se gardant de tout fatalisme en nous présentant une famille navigant entre les aléas d’une vie qui ne peut être qu’ordinaire bien que parfois ponctuée de bons moments comme de mauvais. Ne vous attendez cependant pas à ressentir de fortes et vives émotions à chaque épisode, tout reste assez prévisible et loin d’être parfait. Mais, dans son refus de recourir au happy-ending, toujours dans ce souci de réalisme, la série conserve un charme et une honnêteté bienvenus. Le mot d’ordre semble alors être une certaine idée d’un « aller de l’avant », tant pour la série que pour ses personnages. D’une certaine manière, après avoir regardé cette nouvelle saison d’Atypical, nous reviennent à l’esprit ces paroles de Tolstoï : « Toutes les familles heureuses se ressemblent ; les familles malheureuses le sont chacune à leur façon. »

.

94s kid. Je vis d’art, d’astres et d’eau fraîche. Je suis, semble-t-il, attachée à la littérature, aux séries et aux langues (entre autres choses tout aussi folles). Je combats les caprices des mots sur le champ des idées coincées sur la langue. Je peux faire d’une série un long film de quatorze heures et la traduction, c’est sacré !
3 I like it
0 I don't like it

Leave a Reply

Your email address will not be published. Required fields are marked *