BlackKklansman : J'ai infiltré le Ku Klux Klan

22/09/2018

Titre : BlackKklansman : J'ai infiltré le Ku Klux Klan

Réalisateur : Spike Lee

Avec : John David Washington, Adam Driver, Topher Grace, Laura Harrier, ...

Genre : Comédie, Policier, Biopic

Durée : 2h16

Nationalité : Americain

Sortie : 22 août 2018

Résumé : Au début des années 70, au plus fort de la lutte pour les droits civiques, plusieurs émeutes raciales éclatent dans les grandes villes des États-Unis. Ron Stallworth devient le premier officier Noir américain du Colorado Springs Police Department, mais son arrivée est accueillie avec scepticisme, voire avec une franche hostilité, par les agents les moins gradés du commissariat. Prenant son courage à deux mains, Stallworth va tenter de faire bouger les lignes et, peut-être, de laisser une trace dans l'histoire. Il se fixe alors une mission des plus périlleuses : infiltrer le Ku Klux Klan pour en dénoncer les exactions.

En se faisant passer pour un extrémiste, Stallworth contacte le groupuscule : il ne tarde pas à se voir convier d'en intégrer la garde rapprochée. Il entretient même un rapport privilégié avec le "Grand Wizard" du Klan, David Duke, enchanté par l'engagement de Ron en faveur d'une Amérique blanche. Tandis que l'enquête progresse et devient de plus en plus complexe, Flip Zimmerman, collègue de Stallworth, se fait passer pour Ron lors des rendez-vous avec les membres du groupe suprématiste et apprend ainsi qu'une opération meurtrière se prépare. Ensemble, Stallworth et Zimmerman font équipe pour neutraliser le Klan dont le véritable objectif est d'aseptiser son discours ultra-violent pour séduire ainsi le plus grand nombre.

Spike Lee n’a jamais caché son engagement pour la cause afro-américaine. Au cours de sa carrière, il a toujours mis en avant ses valeurs, défendant les droits de ses compatriotes bec et ongles. Il a une âme de révolutionnaire et n’a qu’une envie : en finir avec les inégalités. Engagé politiquement, c’est alors sans surprise qu’il adapte l’incroyable livre mémoire de Ron Stallworth, « Black Klansman », paru en 2006, pour en faire une comédie glaçante et grinçante. Il traite d’un sujet qui, malheureusement, est toujours autant d’actualité : le racisme aux Etats-Unis et les groupes extrémistes blancs. En mai dernier, le film reçoit le Grand Prix au Festival de Cannes et les critiques sont assez unanimes : c’est un film actuel et un retour fracassant du réalisateur. 

Spike Lee connaît le cinéma et sait comment se servir de tous les outils à sa disposition pour renforcer l’ironie comique. Les dialogues sont la source principale d’humour dans le film. C’est le décalage des personnages et les mots violents qu’ils utilisent qui nous glacent le sang et nous font rire jaune. Le film est, dans sa version originale, peut-être plus intéressant dans ses dialogues. Les personnages jouent avec différentes manières de parler : accent sudiste ou afro-américain, exercice de diction pour parler “comme un blanc”. On ne retrouve pas vraiment ces nuances-là en version française, malgré que la traduction ne soit pas mauvaise. Les mots utilisés par les personnages sont souvent les plus dérangeants. Quand Ron appelle le responsable de KKK au téléphone, il dit des mots contre sa propre sa propre communauté, ce qui surprend, mais amuse ses collègues (ce passage se retrouve dans la bande annonce). De plus, quand les extrémistes blancs parlent, les mots sont tellement exagérés que cela paraît irréel de voir des personnes avec tant de haine. Les mots sont souvent finement choisis, et l’impact qu’ils ont peut nous glacer le sang comme nous faire rire. Et c’est ce fin équilibre entre humour noir et violence extrême qui rend le film efficace. 

Pour ce qui est de l’aspect visuel et du montage du film, là encore c’est un carton. Le film est bien rythmé, on ne s’ennuie jamais. Les différentes scènes comiques et dramatiques se complètent et s’enchaînent sans aucun problème. Cette alternance permet au spectateur de toujours être tenu en haleine, et surtout de s’attacher aux personnages. On rigole, mais on est tout aussi torturé par la gravité des faits. Certaines scènes sont à couper le souffle, Spike Lee se permet certaines bizarreries et ça marche ! Par exemple, lors des appels téléphoniques entre Ron et le chef du Klan, l’écran est séparé en deux, ils sont opposés de tout leur corps, si l’un penche à droite l’autre penche à gauche. Sans spoiler il est dur de décrire des scènes, mais certaines sont très inventives, surtout pour ce qui est du montage.

C’est visuellement un pur plaisir. Même dans les scènes les moins intéressantes, les plus lentes, le décor, les accessoires et les vêtements sont agréables à regarder. Ce sont les années 70 pures et dures. Le black power, les afros, les couleurs chaudes, … Les détails sont là. L’esthétique est vraiment belle, les couleurs sont toujours bien accordées, parfois unies et parfois marquantes quand il le faut. 

Le casting est vraiment bien trouvé, chaque acteur entre totalement dans son personnage. On en oublie même qu’Adam Driver est Kylo Ren et que Laura Harrier est la petite copine de Spider-Man. On a en face de nous des personnages avec une vraie histoire, de vraies convictions et de vraies personnalités.

Le film est donc une réussite. Il sait pointer du doigt certains problèmes actuels avec un film basé dans les années 70. Ce n’est peut-être pas le meilleur film à message politique, mais c’est définitivement un film qui marche. Sans spoiler, la fin du film est un vrai coup de poing, elle rappelle des événements récents et nous démontre bien que les égalités et les droits pour les noirs américains ne sont pas encore totalement acquis. 

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En 20 ans, je n’ai rien fait sauf regarder des films. Je suis étudiante en cinéma et en écriture littéraire et cinématographique. Je suis accessoirement Serpentard et vraiment fière de l’être !
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