Il n'est si longue nuit - Un roman chorale très réussi

20/10/2018

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Titre : Il n'est si longue nuit

Auteur : Béatrice Nicodème

Editions : Gulf Stream

Prix : 18,00 €

Parution : 16 août 2018

Nombre de pages : 381 pages

Genre : Historique

Résumé : Sophie, Hugo, Magda, Jonas, Otto, Franz... Ils sont jeunes, ils aiment la vie, ils ont le cœur plein de rêves. Hugo aime Magda, Sophie aime Otto, Franz ne vit que pour son piano, Jonas veut aider à bâtir un monde meilleur. Le rêve d'Adolf Hitler est tout autre : il veut créer un empire qui dominera le monde pendant mille ans. Un empire dans lequel les hommes seront forts et inflexibles, les femmes soumises et fertiles. Dans lequel il n'y aura ni Juifs, ni communistes, ni homosexuels, ni malades. Ceux qui n'ont pas leur place dans ce Reich millénaire seront éliminés un par un jusqu'au dernier. Comme tant d'autres ailleurs en Europe, dans le Berlin de 1940, ces jeunes doivent eux aussi choisir leur camp, hantés par ces questions que tous se posent : "Ai-je raison d'agir ainsi ?"

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Ceux qui me connaissent dans la vraie vie savent que j'ai beaucoup étudié l'histoire de l'Allemagne. Pour différentes raisons, la période du Reich et de la Seconde Guerre Mondiale (en Allemagne mais aussi dans toute l'Europe) m'a toujours beaucoup intéressée. Ce sont notamment les récits documentés du quotidien des civils qui me happent systématiquement, car je pense que je ne cesserai jamais de me poser la question de savoir « comment » la vie pouvait continuer au quotidien alors que les nazis perpétraient les actes les plus barbares.

Je m'intéresse aussi beaucoup à la manière dont ces moments sont représentés dans la littérature jeunesse et young adult alors que les thématiques me semblent si terriblement difficiles à aborder.

J'avais déjà entendu parler de Béatrice Nicodème et notamment de ses romans historiques, alors forcément quand j'ai vu que son dernier-né sortait dans la collection Électrogène de chez Gulf Stream, que j'affectionne beaucoup, je n'ai pas pu m'empêcher de me pencher dessus.

Et alors, ce roman ?

Avant tout, il faut dire que le titre de l'ouvrage est une citation de Shakespeare qui a toujours beaucoup résonné en moi : « Il n'est si longue nuit qui n'atteigne l'aurore ». Autant vous dire que je suis toujours très emballée quand je vois que les auteurs ont les mêmes références que moi. J'entrais donc dans l'histoire avec un a priori plutôt très positif.

Et je n'ai vraiment pas été déçue par le contenu. Dans Il n'est si longue nuit, l'auteur nous propose un roman choral où l'on oscille entre les points de vue de plusieurs personnages. Le risque dans ce type de roman est à mon sens que les personnages soient trop nombreux ou trop similaires et que le lecteur soit perdu. C'est notamment une expérience que j'ai faite récemment avec le roman Black Out de Connie Willis qui m'a beaucoup déçue parce que les points de vue des trois personnages sont tellement ressemblants qu'il m'était difficile de les différencier les uns des autres. Ici, Béatrice Nicodème évite complètement ce piège en nous proposant une grande variété de personnages qui ont tous des histoires différentes mais aussi des opinions différentes sur la situation en Allemagne au seuil de la guerre. L'effet est très réussi et l'on découvre des personnages profonds dont les avis évoluent – ou non.

J'ai particulièrement apprécié que l'auteur mette en scène des personnages finalement assez peu appréciables éthiquement, notamment Otto, un jeune homme qui souhaite plus que tout rejoindre les rangs des SS, et Magda, une jeune femme juive prête à jouer les espionnes pour survivre. Si à mon sens il est facile de se mettre à la place de résistants et de ce qui peut les motiver à avancer, il est autrement plus difficile de mettre en avant les forces et les fragilités de personnages qui collaborent avec le régime. La forme du roman choral est donc parfaitement maîtrisée, offrant une grande variété de destins qui se croisent et qui se répondent.

Le personnage qui m'aura le plus touché restera je pense celui de Sophie, jeune femme qui tombe enceinte sans être mariée et qui plutôt que d'affronter la réaction de sa famille fait l'expérience des Lebensborn – dont j'avais déjà parlé lorsque j'avais chroniqué le roman Max de Sarah Cohen-Scali.

Dernier point qui a vraiment achevé de me conquérir, à la fin du roman, l'auteur prend le temps de faire le lien avec les personnes ayant réellement existé qui lui ont inspiré certains des personnages du roman. Béatrice Nicodème prend ainsi le temps de nous faire part du destin de ces individus, ce que j'ai trouvé très émouvant.

En somme, je ne peux que vous conseiller ce roman qui m'a vraiment beaucoup touché et que je vous recommande chaudement.

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