Dossier Saga Halloween - Partie 2

05/11/2018

Maintenant qu’Halloween 6 a clôturé avec peu de succès une trilogie assez oubliable, il est temps de reprendre la saga vers une autre direction. C’est là que débarque « Halloween, 20 ans après » avec une volonté de revenir sur une Laurie plus âgée et toujours traumatisée par son frère. Bien que le film cherche à s’inscrire dans la mouvance plus moderne du genre avec certaines figures stéréotypées, les intentions de divertissement sont largement respectées et rentrent dans une vision plus humaniste de la mythologie Myers. Il est même amusant d’y voir des jeunes Joseph Gordon-Levitt, Josh Hartnett ou Michelle Williams tenter d’échapper à La Forme. Effaçant les quatrième, cinquième et sixième épisodes, ce « Halloween, 20 ans après » reste un épisode intéressant dans sa manière d’inscrire Laurie face à son traumatisme de manière touchante tout en ingérant ce qu’il faut pour intéresser la jeunesse à qui est destiné le film.

Cette nature de produit d’exploitation explosera avec « Halloween : Résurrection ». Dès le début, le film part à l’opposé de tout ce que faisait « 20 ans après » en justifiant le retour de Myers de manière abracadabrantesque et en faisant tuer Laurie après quelques minutes, comme un symbole de ce que le film fera à la saga. En voulant s’inscrire dans une mouvance actuelle plus proche de son public, les producteurs ne le font que s’aliéner encore plus, offrant un produit instantanément ringard. Il est très compliqué de sauver quoi que ce soit à propos du film : la caractérisation est néante (deux personnages décident de se mettre ensemble pour faire plaisir au scénario), le principe est stupide (Michael Myers dans une télé-réalité, pourquoi ne pas envoyer Jason Voorhees dans l’espace ? Attendez deux minutes…) et les quelques points qui auraient pu apporter du neuf (notamment les caméras portées par les personnages, tentant de se raccrocher à la vague found footage) mènent à nulle part. Myers se fait dégommer par un stéréotype de producteur noir avec une prise de kung fu dans les parties génitales : l’ampleur du massacre est tel qu’on n’a même plus envie de rire devant ce nanar mais de pleurer pour la figure culturelle de Myers. Même le sixième volet tentait d’étoffer sa mythologie. Ici, cette dernière est tout simplement ridiculisée.

Face à la vague de succès des Batman de Christopher Nolan avec sa vision réaliste de l’homme chauve-souris, décision est prise de rebooter de manière crédible Myers. Au vu de la catastrophe du mal nommé « Résurrection », personne ne s’en plaint, surtout au vu du pedigree du réalisateur Rob Zombie. Le rocker a fait sensation avec ses deux œuvres précédentes et son style trash peut apporter du neuf au masque de Michael Myers. Promesse tenue : malgré des problèmes de production dus aux frères Weinstein et de nombreuses coupes (amenant Zombie à faire fuiter sa version du film), le résultat cinéma est grandement recommandable. Le réalisateur se réapproprie sa mythologie, se permet d’humaniser une figure hautement théorique pour mieux susciter une forme d’attirance empathique aux sentiments contrastés pour le tueur. L’atmosphère est crasseuse, viscérale et constitue un exemple de bon remake, reprenant un univers à son compte pour en faire sortir sa mise en scène et son univers.

Halloween 2, fait par contrainte par rapport aux Weinstein, sera plus compliqué à appréhender mais reste dans la même mouvance qu’amenait Zombie dans le volet précédent. Il se permet même quelques visions fantastiques fulgurantes et une brutalité plus prégnante encore. Laurie y est atteinte de syndrome post-traumatique, Myers est un vagabond aux alentours quasi mystiques et Loomis une raclure de première profitant du massacre pour se faire de l’argent. Le cynisme de la production déteint sur le ton général, ce qui n’empêche pas cet épisode de surclasser nombre de slashers produits à la va vite au point de ne constituer que de viles photocopies sans âme. Le résultat final fait espérer un troisième épisode qui n’arrivera jamais, les Weinstein étant déçus du film et Zombie exténué par l’expérience.

Nous en sommes donc à ce « Halloween », suite directe du chef d’œuvre de Carpenter effaçant tous les autres épisodes d’un revers de la main. Si la décision aurait pu être simplement cynique, elle permet une réappropriation de la saga par David Gordon Green et Danny McBride, avec une envie de prolonger les bases du réalisateur de Fog sans s’alourdir de certaines décisions considérées comme trop lourdes comme le lien fraternel entre Laurie et Myers. Si nous reviendrons plus longuement sur ce volet très rapidement, il faut déclarer directement la réussite de l’entreprise, rendant ses lettres de noblesse à la saga tout en constituant un prolongement des thématiques du film précédent de Gordon Green, « Stronger ». Alors qu’il interrogeait le trauma américain dans ce dernier dans la veine du film dramatique inspiré de faits réels, il va encore plus loin en utilisant la carte du genre pour représenter diverses générations de Strode souffrant d’un même mal commun se propageant à travers l’histoire. Bref, si l’on reste encore loin de l’opus original (mais il serait impossible de déloger ce classique du cinéma), on est face à une épisode important et passionnant à analyser…

Amoureux du cinéma, je suis belge, pas drôle et végétarien (dans cet ordre ^^). Le septième art est ma grande passion et j’adore parler films, qu’importe leurs styles.
1 I like it
0 I don't like it

Leave a Reply

Your email address will not be published. Required fields are marked *