Frankenstein 1918 - Une uchronie pas comme les autres

17/11/2018

Titre : Frankenstein 1918

Auteur : Johan Héliot

Editions : L'Atalante

Prix : 16,90€

Parution : 20 septembre 2018

Nombre de pages : 245 pages

Genre : Uchronie, fantastique

Résumé : Grande Guerre, 1914. Après un premier engagement désastreux, les Anglais décident l'opération Frankenstein : plutôt que de construire des chars, on créera de la chair à canon. À partir des archives du fameux docteur et grâce à la production d'électricité à présent industrialisée, des unités de soldats pouvant être sacrifiés sans remords pourront-elles être fabriquées ?

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Avec la célébration dimanche dernier du 11 novembre, vous n’avez pas pu passer à côté : 2018 a marqué le centenaire de la fin de la Première Guerre Mondiale. Ce que vous n’avez peut-être pas noté, par contre, c’est que cette année voyait aussi le bicentenaire d’un roman qu’on peut considérer comme l’un des précurseurs de la science-fiction – un genre qui comme vous le savez peut-être, me tient tout particulièrement à cœur. Quel rapport ? me direz-vous. Aucun, au départ.

Aucun jusqu’au moment où Johan Héliot a décidé de mettre en parallèle ces deux événements dans son nouveau roman, Frankenstein 1918.

Il faut savoir que cela fait déjà quelques temps que j’ai envie de découvrir la plume de Johan Héliot. J’avais tout d’abord eu envie de me lancer dans son roman Le Fer au Cœur paru aux éditions Gulf Stream dans la collection Electrogène que j’apprécie beaucoup. Et puis j’ai croisé plusieurs auteurs aux Imaginales qui m’ont reparlé de son travail et j’ai à nouveau eu envie de découvrir sa plume. Et puis il y a eu Frankenstein 1918 et je n’ai plus pu retarder ma découverte de cet auteur.

Et alors, ça donne quoi cette uchronie ?

Parce que oui, bonne nouvelle si comme moi vous avez un faible pour les uchronies : Frankenstein 1918 en est une, et une plutôt réussie même. Dans ce roman, l’auteur imagine que la Première Guerre Mondiale n’a pas pris fin en 1918 comme dans l’Histoire que nous connaissons, mais qu’elle s’est poursuivie jusqu’en 1933.

Comme on peut le deviner dès le titre du roman, ce dernier va mêler les références littéraires et historiques (mais aussi scientifiques !) puisque le roman de Mary Shelley de 1818 va être au centre de l’intrigue. Johan Héliot nous propose en effet une version alternative de l’Histoire où les expériences du docteur Frankenstein auraient été utilisées afin de produire des soldats d’exception pendant la Guerre.

L’une des belles réussites du roman, c’est la manière très littéraire qu’a Johan Héliot de présenter l’intrigue, d’une manière un peu 19ème siècle je trouve. Ainsi, le roman se présente comme la lecture de différents carnets et journaux – qui s’entrecroisent et se répondent. Les personnages qu’on y croise y sont tantôt narrateurs, tantôt acteurs et j’ai beaucoup aimé cet aspect qui rend la lecture très agréable.

Ce qui m’a convaincue dans le roman, c’est vraiment la force de l’uchronie que Johan Héliot nous propose. L’univers qu’il a construit est très complet et semble parfaitement faire sens. Par ailleurs, il ne s’agit pas seulement d’une uchronie, mais d’un type tout à fait spécifique d’uchronie. En effet, si nous avons la possibilité de comparer l’Histoire avec les événements alternatifs du roman, les personnages de l’intrigue ne l’ont évidemment pas. Par ailleurs, le roman nous plonge non pas dans une étape reconnue de cette Histoire alternative, mais dans une frange secrète de cette dernière que les personnages ne découvrent – en même temps que le lecteur – que par la lecture des carnets. Tout dans cette histoire est donc tout à fait crédible, tant du point de vue du lecteur que du point de vue des personnages.

Le seul de mes regrets par rapport à l’uchronie elle-même dans le roman, c’est que j’aurais presque aimé en savoir plus. Johan Héliot nous propose une Histoire tellement différente – et tellement différente de ce que l’on peut voir habituellement dans les uchronies – que j’aurais vraiment aimé en savoir plus. Par exemple, les personnages font plusieurs fois référence aux « événements de mai 58 », on voit très nettement qu’il s’agit-là d’un clin d’œil aux événements de mai 1968, mais j’aurais aimé en apprendre encore plus sur cette Histoire alternative !

Malgré tout, le roman a pour moi un défaut majeur, même si celui-ci n’entame pas le plaisir de la lecture. Avec un décor aussi léché, mes attentes au niveau de l’intrigue elle-même étaient assez élevées. Malheureusement, je trouve que face à la qualité de l’écriture, du récit et de l’univers présenté par l’auteur, l’intrigue est un peu mise à l’écart. Loin d’être inintéressante ou même plate, elle est simplement un peu convenue et assez tôt dans le récit, on se doute de la suite des choses. C’est d’autant plus dommage que Johan Héliot a pris le soin d’intégrer régulièrement à son roman des personnages historiques forts qu’on prend plaisir à (re)découvrir.

Enfin, dernier point et non des moindres : si vous souhaitez lire ce livre, ne lisez surtout pas la quatrième de couverture. J’ai parfois l’impression que les éditeurs mettent tout leur cœur à raconter l’intégralité du roman dans le résumé de cette couverture. Mais pourquoi ? Personnellement, j’ai l’habitude de ne lire la quatrième de couverture que quand je suis aux deux tiers du roman environ. Ça me permet de ne pas être spoilée et de voir comment l’éditeur présente son roman – et si j’aurais fait pareil. Dans Frankenstein 1918 cette quatrième de couverture spoile même si vous avez déjà lu les trois quarts du roman et c’est tellement dommage !

En bref, ne prêtez pas attention à cette quatrième de couverture, faites-moi confiance et si vous aimez les uchronies pas comme les autres, lancez-vous !

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Passionnée de lecture et de cuisine, j’adore voyager main dans la main avec les héros d’un roman. J’ai toujours un livre dans mon sac et mon téléphone à la main. Mon éternel compagnon d’aventure dans toutes mes lectures ? Une grande tasse de thé fumante !
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