Halloween : le retour du Boogeyman

06/11/2018

Titre : Halloween

Réalisateur : David Gordon Green

Avec : Jamie Lee Curtis, Judy Greer, Andi Matichak,...

Genre : Horreur, slasher

Durée : 1h49

Nationalité : USA

Sortie : 24 octobre 2018

Résumé : Une équipe de podcasteurs britanniques se rend aux États-Unis pour réaliser un reportage sur le massacre perpétré par le psychopathe Michael Myers lors de la nuit d'Halloween en 1978. Le reportage prend soudain une tournure macabre lorsque Myers parvient à s'évader lors d'un transfert vers un nouvel asile psychiatrique. Sa seule préoccupation est de se venger de Laurie Strode, la survivante du massacre.

Onzième volet d’une saga qui aura traversé les années avec plus ou moins de réussite, le sobrement intitulé « Halloween » de David Gordon Green est une suite grandement qualitative qui fait perdurer les thématiques inhérentes à la saga avec une réussite flagrante.

La scène d’ouverture est significative des intentions de Gordon Green : deux journalistes britanniques reviennent sur les événements du premier film avant de se confronter à Myers, enfermé dans une institution. En cherchant à confronter le tueur à son masque vieilli par le temps, l’homme du groupe ne fait que provoquer la folie des gens aux alentours sans que Michael ne réagisse. Son corps n’est pas le mal mais un vecteur dudit mal, un agent du chaos qui attend patiemment son heure. En quelques minutes, David Gordon Green réinscrit la Forme dans son rôle historique et culturel lié aux célébrations d’Halloween. Myers est indissociable de la fête, Boogeyman aussi bien lié par la légende urbaine que se propagent les générations (d’où l’évocation finalement mise de côté du lien fraternel entre Myers et Strode).

 

Comme écrit dans notre dossier sur la saga Halloween, David Gordon Green aborde Myers comme une représentation d’un trauma américain qui se propage à travers les générations. Dans son film précédent, « Stronger », il revenait sur les conséquences de l’attentat au marathon de Boston sur la vie d’une victime ayant perdu ses jambes, en le suivant au quotidien. Ici, nous sommes dans la même approche de l’impact du drame mais désormais exploité sur trois générations de Strode : Laurie, sa fille et sa petite-fille. Chacune à leur manière a son univers marqué par les événements d’il y a 40 ans. Laurie est bien évidemment la survivante, traumatisée à jamais par sa rencontre et se préparant chaque jour au retour du Boogeyman. Sa fille est dans une relation agressive envers elle, lui reprochant de lui avoir ruiné son enfance à force de la noyer dans sa paranoïa. Enfin, la petite-fille est nourrie de manière involontaire, rappelée dans sa filiation par ses amis et sans doute hors champ par la ville en général. Le traumatisme est donc transmis comme un gène au fur et à mesure des années, l’événement étant inscrit aussi fortement dans l’intime que dans l’histoire.

Michael Myers redevient ainsi une forme équivoque, une enveloppe véhiculée par l’incertitude, le chaos mais surtout le mal. On s’éloigne ainsi de l’aspect psychologique relationnel pour entrer dans la théorisation pure face à un ennemi inconnu dans ses intentions. En enlevant le lien fraternel avec Laurie, on enlève toute rationalisation mais surtout toute explication. C’est ainsi quand l’on est face à une absence de raison que la nature néfaste est relevée comme plus malfaisante. Sans raison, on ne peut rationaliser et relever la faute à un tiers, et l’on peut donc s’imaginer comme véhicule du chaos. Un mal non expliqué peut se propager chez n’importe qui, surtout quand il est hautement théorisé. La légendification de Myers devient alors une forme de rationalisation, transformant le tueur en quelque chose de plus puissant qu’un homme, ce qui serait cohérent encore une fois au vu de la nature simple (mais non simpliste) de sa représentation. Myers est une forme qui s’adapte, sur laquelle on peut lire toute forme d’explication, rendant son humanisation vaine car facteur de conscience d’un mal se propageant chez tout un chacun.

 

Dans sa mise en scène, Gordon Green colle le plus possible à une sensation de viscéralité afin d’immerger au mieux dans l’événement mais également partager le plus possible l’effroi provoqué par Myers. La scène la plus passionnante est l’arrivée du tueur à Haddonfield en pleine soirée d’Halloween. On y suit en forme de plan séquence coupé à un moment crucial : quand il récupère un outil pour commettre son nouveau meurtre dans la ville. On colle ainsi à la peau de Myers, on aperçoit le cadavre de sa victime après avoir assisté à sa mort en hors champ. L’immersion s’avère cruciale, comme dans cette scène de « Stronger » où le héros se souvient de ce qui a survenu immédiatement après l’explosion. Il y a également quelques instants où Gordon Green convoque le film de Carpenter, notamment dans la reprise de certaines séquences. Mais loin d’être du fan service banal, ces scènes relèvent du changement de place, Myers étant remplacé par Laurie. En plus d’iconiser l’héroïne, ces plans soulignent son changement de mentalité (elle n’est plus une proie mais une chasseuse) tout en l’inscrivant dans une boucle de violence héritée par l’événement. La spirale de peur continue à travers les années et les victimes peuvent devenir porteuses de la haine de leurs bourreaux. La question devient alors de faire de celle-ci quelque chose de constructif.

Plusieurs journalistes ont fait des liens entre le film et le mouvement #MeToo, ce qui peut effectivement se rattacher quand on constate que ce sont les femmes qui doivent se construire, se relever mais surtout se défendre. Les personnages masculins sont soit des victimes ou des meurtriers, sans moyen de réagir face aux pulsions internes ou externes de sang. Ici, on est donc dans une forme de féminisme devant faire face à une adversité ancienne symbolisée par une figure mâle sanguinaire. Le premier meurtre de Myers était celui de sa sœur, sans explication directe mais sans doute conduit par le fait de la voir avec son copain, avant et après une relation sexuelle. Myers peut donc symboliser une quête de privatisation de la féminité, dans son sens le plus large. En voulant priver ces femmes de leur vie et de leur personnalité, on peut y lire une quête de patriarcat pour replacer la femme en victime, qu’importe son âge. C’est donc à celle-ci de terrasser le monstre pour appuyer son individualité et sa liberté de mouvement.

 

En restant ancré dans sa mythologie libre de réflexion tout en s’inscrivant dans un contexte de modernité empli de thématiques diverses, la figure de Michael Myers redevient des plus passionnantes. David Gordon Green se situe entre l’enveloppe libre de toute interprétation de Carpenter et l’humanisation de Carpenter pour questionner l’Amérique sur ses traumatismes et faire face à une horreur entre la légende urbaine et la figure pathétique. En cela, ce « Halloween » est un immanquable pour cette fin d’année aussi bien pour les amateurs de genre que ceux qui s’interrogent sur l’impact dans le cinéma américain d’événements historiques plus ou moins récents…

Amoureux du cinéma, je suis belge, pas drôle et végétarien (dans cet ordre ^^). Le septième art est ma grande passion et j’adore parler films, qu’importe leurs styles.
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