Le malheur du bas – Un premier roman suffoquant, déstabilisant et fascinant !

08/11/2018

Titre : Le malheur du bas

Auteur : Inès Bayard

Editions : Albin Michel

Prix : 18,50€

Parution : 22 août 2018

Nombre de pages : 270 pages

Genre : Littérature contemporaine

Résumé : « Au coeur de la nuit, face au mur qu'elle regardait autrefois, bousculée par le plaisir, le malheur du bas lui apparaît telle la revanche du destin sur les vies jugées trop simples. »

« Avant toute révélation qui provoquerait les premiers jugements, prenons le temps d’apprécier un instant la silhouette de cette femme morte entourée des siens, la seule à être restée droite autour de la table. »

Le roman s’ouvre sur une scène tragique, funeste, celle du meurtre de Laurent et de Thomas par Marie, alors qu’ils dînaient tous à table, en famille. Comme le précise la dernière phrase, ô combien énigmatique, de cette introduction, le reste du récit consistera à dresser un portrait tout en nuances de cette femme et à, sinon comprendre, du moins constater les raisons qui l’ont amenée à commettre un tel acte de barbarie.

Cette ouverture dramatique n’est pas sans rappeler celle du titre phare de Leïla Slimani, Chanson douce, dans laquelle on assistait également à un meurtre, celui de deux enfants tués par leur nourrice pourtant parfaite en apparences. Les ingrédients rassemblés semblent les mêmes : le portrait d’un couple bourgeois, bien sous tous rapports, jusqu’à ce qu’un élément déclencheur fasse basculer ce doux équilibre. Cependant, grâce à une écriture acerbe, presque chirurgicale, Inès Bayard dresse le portrait d’une Marie qui, victime d’un viol, va voir sa vie de femme et de future mère bouleversée en une nuit.

Marie et Laurent vivent donc en harmonie dans un quartier chic de Paris : tous les deux semblent s’épanouir aussi bien dans leur vie professionnelle qu’amoureuse. Leur projet commun ? Avoir un enfant. Mais un soir, le patron de Marie propose de la raccompagner en voiture chez elle : une suggestion qui semble anodine pour la jeune femme qui, confiante, accepte. Arrivés au pied de son immeuble, il abuse d’elle… Et la viole.

Cette scène marque le point de basculement du récit. A travers une description dure et très crue, l’auteure n’épargne rien au lecteur et lui fait ainsi prendre conscience de toute la violence physique de cet acte. Nous subissons avec Marie les coups et l’horreur imposés par son agresseur. De là découlera une autre forme de violence, tout aussi rude et insupportable : la violence psychologique.

Grâce à la fiction, d’autant plus flagrante, Inès Bayard décortique les conséquences d’un viol sur sa victime. Nous sommes à la place de Marie, nous vivons ses moments d’effroi, ses moments de doute et également ses moments de folie. Nous vivons sa peur face à son mari relayé au rang d’homme au même titre que son agresseur ; nous vivons sa peur de retourner sur son lieu de travail et de croiser le chemin de son patron ; nous vivons sa peur de devenir mère et de porter cet enfant qui, alors qu’il devait être source de joie, devient l’enfant du drame, l’enfant d’un viol.

L’auteure décortique avec un réalisme fascinant la psychologie de cette femme à la dérive, sur qui sa force initiale semble se retourner contre elle et non contre son agresseur. Cette tétanie qui a eu raison d’elle cette nuit-là va progressivement la gagner entièrement, faire partie d’elle et ne plus jamais la quitter, au point qu’elle finira par renier son entourage et se renier elle-même en tant que femme, en tant qu’être humain.

 

Un premier roman parfaitement maîtrisé, diablement envoûtant. Grâce à une construction du récit savamment orchestrée et une plume terriblement efficace, Inès Bayard nous entraîne dans la déchéance d’une âme à la dérive, victime de la barbarie d’un homme et de l’aveuglement de son entourage. Un grand coup de maître !

Un immense merci aux éditions Albin Michel pour la lecture de ce coup de cœur.

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Chroniqueuse littéraire, je suis tombée dans la marmite de livres étant petite. Libraire dans l’âme, attachée de presse dans la vraie vie, je m’attache à transmettre le grand secret de la vie éternelle : la lecture (et la pierre philosophale pour les plus chanceux) !
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