Les prénoms épicènes, une petite déception

06/11/2018

Titre : Les prénoms épicènes

Auteur : Amélie Nothomb

Editions : Albin Michel

Prix : 17,50€

Parution : 22 août 2018

Nombre de pages : 160 pages

Genre : Littérature contemporaine

Résumé : « La personne qui aime est toujours la plus forte. »

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Réduit comme souvent à une phrase énigmatique, le nouveau roman d’Amélie Nothomb intrigue : que se cache-t-il derrière ce titre énigmatique ? Sont qualifiés d’épicènes, les prénoms mixtes, ceux qui peuvent être attribués aussi bien à une fille qu’à un garçon : Claude, Dominique… Amélie Nothomb joue sur ces frontières poreuses de l’identité à travers l’histoire peu commune d’un père et de sa fille.

Le roman s’ouvre sur la clé de l’intrigue et pourtant le lecteur n’en sait immédiatement rien. Scène dramatique, scène théâtrale, on assiste à l’abandon d’un amant par une femme. Une femme qui trône majestueusement par son audace, mais avant tout par son prénom : Reine.

Après cette scène d’ouverture ô combien dramatique et intrigante, le véritable récit commence. La rencontre entre Dominique et Claude est douce, bien que légèrement forcée, mais fortuite. On se dit qu’on assiste au début des premiers amours. Claude est charmé, charmant, clame son attirance et veut très rapidement garder pour toujours à ses côtés celle qu’il considère déjà comme la femme de sa vie. L’idylle est présente, aucun nuage à l’horizon. Pourtant, la naissance de leur fille va bouleverser ce doux équilibre.

Dès ses premiers instants de vie, le mari se détourne d’Épicène, prénom qui pourtant symbolisait la fusion de cet amour, cet amour aux prénoms mixtes. Dominique est décontenancée face au comportement obscur et psychiquement violent de son époux vis-à-vis de sa fille. Mais l’amour est aveugle et empêche cette femme douce et effacée d’agir : elle se plie aux volontés de Claude, cet homme qui malgré sa répugnance à l’égard de sa fille, continue à prouver son amour à sa femme.

Épicène grandit dans cette haine paternelle que, malgré son intelligence prématurée et hors du commun, elle finit elle-même par développer. Mais un élément semble nous manquer : pourquoi Claude en veut-il tellement à sa fille ? Pourquoi cette haine gratuite ?

Ce sentiment noir et si fort n’est pas sans rappeler les précédents romans d’Amélie Nothomb dans lesquels les liens familiaux ont toujours été complexes, intensément sombres et reliés par des secrets qu’il serait sage de ne pas dévoiler. Après le récit d’une relation houleuse entre une mère et sa fille dans Frappe-toi le cœur, c’est au tour du lien entre un père et sa fille d’être décortiqué.

Le dévoilement de l’intrigue dans les toutes dernières pages confirme une fois de plus le talent narratif d’Amélie Nothomb : on ressort de cette lecture essoufflé, avec un goût d’espoir terni par cette histoire de vengeance.

Toutefois, ce dernier roman souvent comparé dans la presse aux premiers de l’auteure, comme Stupeur et tremblements, n’en possède pourtant pas le panache et l’écriture mordante. Même si la construction du récit est sans aucun doute réussie, Les prénoms épicènes laisse une impression de conclusion bienveillante, chantante, qui vient, au contraire, ternir un propos et une histoire beaucoup plus complexe.

 

Un énième roman d’Amélie Nothomb qui fonctionne, qui se lit avec toujours autant de plaisir, mais qui malgré tout se situe en-dessous des précédents, bien plus dérangeants et, de fait, originaux.

Merci aux éditions Albin Michel pour cette lecture.

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Chroniqueuse littéraire, je suis tombée dans la marmite de livres étant petite. Libraire dans l’âme, attachée de presse dans la vraie vie, je m’attache à transmettre le grand secret de la vie éternelle : la lecture (et la pierre philosophale pour les plus chanceux) !
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