Nos richesses - Un roman saisissant mais qui manque d'émotion

12/11/2018

Titre : Nos richesses

Auteur : Kaouther Adimi

Editions : Points

Prix : 6,60€

Parution : 6 septembre 2018

Nombre de pages : 192 pages

Genre : Littérature contemporaine

Résumé : En 1935, Edmond Charlot, 20 ans, ouvre une librairie à Alger avec la volonté de promouvoir de jeunes écrivains de la Méditerranée sans distinction de langue ou de religion. 
En 2017, Ryad, 20 ans, étudiant à Paris, n'éprouve qu'indifférence pour la littérature. De passage à Alger, il doit vider de ses livres un local, tâche qui est étrangement compliquée par la surveillance du vieil Abdallah.

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Deux époques, deux âges, deux hommes. Avec l’arrivée du jeune Ryad à Alger, nous vivons la découverte d’un lieu riche de livres et de mémoire. Venu spécialement de France pour vider un local poussiéreux, Ryad ne pensait pas tomber sur une histoire singulière : celle d’Edmond Charlot.

Deux couleurs, deux styles narratifs alternent dans ce récit : face à la jeunesse insouciante, inconséquente du XXIe siècle se dresse la jeunesse robuste et initiatique du début du XXe siècle, visible grâce aux carnets d’Edmond Charlot. Anciennement maître des lieux, le jeune homme livre son témoignage et transmet ainsi l’héritage de sa vie, remplie de livres. Proche de Ryad par la contemporanéité de l’époque, le lecteur l’accompagne et fait renaître avec lui l’histoire des Vraies Richesses, LA boutique-librairie-maison d’édition d’Alger.

Grâce à ce double-récit, nous revivons l’époque houleuse d’Alger des années 30 jusqu’aux années 60. La naissance des Vraies Richesses dans un tel contexte historique, politique et social est une épreuve, sa longévité est devenue une mission impossible.

L’héritage, d’une pauvreté infinie, d’un tel lieu culturel en est d’autant plus émouvant pour le narrateur comme pour le lecteur. Même si, contrairement à Charlot, Ryad ne semble avoir aucune affinité avec la littérature, la découverte du local et du quartier ne se réalise pas sans une certaine affinité, d’autant plus grande après la lecture des carnets.

A travers cette double histoire, Kaouther Adimi rend un magnifique hommage à la littérature, aux livres, aux auteurs et plus largement à la culture qui laisse encore des traces après le passage des hommes.

L’initiative, l’idée d’origine de son roman sont très nobles : l’autrice transmet ainsi au lecteur sa passion pour les livres, en tant qu’objets de culture. L’alternance de deux récits opposés tant sur le plan des époques et des personnages que sur le plan de l’écriture permet un rythme de lecture à la fois dense et léger. Face à l’errance de Ryad révélée par un style lent et chantant se trouve la précipitation et l’essoufflement visibles dans l’écriture des carnets d’Edmond Charlot.

La critique a su relever et saluer l’exercice de style de la jeune autrice dans Nos Richesses. Toutefois, malgré toutes ces qualités littéraires, une semble manquer terriblement au tableau du meilleur roman : l’émotion. A part une certaine tristesse ressentie devant la fermeture de la librairie des Vraies Richesses, aucun autre sentiment n’émane de cette histoire. Peut-être est-ce dû à la brièveté des séquences dans les carnets de Charlot, qui résonnent plus comme des sentences sans âme, et qui peinent à se relier au reste du récit ?

Un roman audacieux, à saluer plus pour l’exercice de style réussi d’une jeune autrice que pour le bain d’émotions qu’il aurait pu (dû?) procurer.

Merci aux éditions Points pour la découverte de ce livre phare de la rentrée littéraire grands formats 2017.

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Chroniqueuse littéraire, je suis tombée dans la marmite de livres étant petite. Libraire dans l’âme, attachée de presse dans la vraie vie, je m’attache à transmettre le grand secret de la vie éternelle : la lecture (et la pierre philosophale pour les plus chanceux) !
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