Sakura : un manga animé avant-gardiste mais glauque

27/11/2018

Dernièrement, j’ai relu les mangas Sakura qui avaient bercé mon enfance (tant les livres que la série animée). Et j’ai été assez surprise par l’avant-gardisme dont ils font preuve et parfois choquée par les éléments glauques qu’il contient. C’est d’autant plus marquant que je me rends compte que, que ce soit pour ce modernisme novateur ou pour son côté sordide, ce sont des choses qu’on ne remarque pas du tout lorsqu’on est enfant et qu’on regarde et/ou lit la série ! 

Sakura : un manga avant-gardiste

1. Les personnages LGBTQ+

Aussi incroyable que cela puisse paraître, je ne me suis jamais rendu compte, quand j’étais enfant, que Toya (Thomas) et Yukito (Mathieu) étaient amoureux l’un de l’autre dans la série ! Et pourtant, c’est bien ce qu’ils disent l’un et l’autre. Dès le début de la série, on comprend que Toya aime Yukito. Quant à Yukito, il le dit lui-même à Sakura lorsque celle-ci lui avoue ses sentiments (elle lui demande s’il aime quelqu’un d’autre, il répond que oui, elle demande si c’est son frère et il avoue que oui). Ensuite, on comprendra que les deux garçons sont en couple lorsque Toya sacrifie ses pouvoirs à Yue, l’autre forme de Yukito, pour que ce dernier puisse vivre. Et ce n’est pas tant leur homosexualité qui est avant-gardiste, c’est plutôt le fait qu’en 1996, cela soit présenté comme un non-événement. À aucun moment, l’un des deux n’a à faire de coming out, à aucun moment, une personne est surprise qu’un homme puisse aimer un autre homme et à aucun moment, ils ne subissent d’homophobie. Et c’est en ça que Clamp a mis en scène quelque chose d’avant-gardiste, et même, quelque chose qui l’est toujours en 2018 puisque aujourd’hui encore, une personne gay doit faire son coming-out (donc orchestrer sa sexualité comme un événement) et beaucoup de personnes continuent à subir des attaques homophobes.  

Plus « surprenant » encore, alors que j’étais enfant, j’avais par contre complètement capté le fait que Shaolin (Lionel) avait été amoureux de Yukito lui aussi (décidément, il avait un sacré succès celui-là alors qu’il n’était même pas vraiment beau) avant de finalement jeter son dévolu sur Sakura. Et ça ne m’a jamais surprise justement. Je ne me suis jamais posé de questions là-dessus. Et du coup, je réalise aujourd’hui que ça vient contredire les théories selon lesquelles l’homosexualité peut perturber un enfant. C’est faux. Justement, c’est à cet âge-là qu’on trouve tout totalement normal. Un enfant ne sera jamais raciste ni homophobe. C’est la société qui lui apprendra à le devenir. 

Pour conclure sur cette partie sur les personnages gays : Tomoyo (Tiffany), la meilleure amie de Sakura, est également amoureuse d’elle tandis que la mère de celle-ci, Sonomi (Suzanne), était amoureuse de Nadeshiko (Nathalie), la mère de Sakura.

Aussi, dans la série, les élèves de la classe de Sakura font une pièce de théâtre, La Belle au Bois Dormant. Et Shaolin (Lionel) se retrouve à devoir jouer la princesse Aurore tandis que Sakura, elle, est son prince Éric. D’autres personnages masculins se retrouvent aussi à jouer des rôles féminins et vice-versa. Là encore, dès 1996, on n’enfermait pas les filles dans « des trucs de filles » et les garçons dans « des trucs de garçons ». Et encore une fois, aujourd’hui toujours, il arrive qu’on estime qu’un certain livre, qu’un certain jouet, qu’un certain type de vêtement, que certaines couleurs sont typiquement masculins ou féminins. Clamp a dit fuck à tout ça. 

Enfin, si vous aussi vous avez suivi la série Sakura, vous n’êtes pas sans connaître le personnage d’Akizuki Nakuru (Sandra) / Ruby Moon. Et ce personnage est clairement non-binaire. En 1996. Un personne non-binaire. On ne peut pas faire plus avant-gardiste que ça. Akizuki (Sandra) n’est ni un garçon ni une fille, même si pour des raisons esthétiques elle préfère s’habiller avec des vêtements féminins. 

2. Féminisme 

En plus de suivre une série dont le personnage principal est une petite fille dotée de pouvoirs magiques, qui sauve le monde et n’a pas besoin de l’aide d’un garçon pour ce faire, d’autres personnages font preuve du féminisme évident de Clamp. Tout d’abord, la mère de Tomoyo (Tiffany), la meilleure amie de Sakura, est le CEO d’une grande entreprise de jouets. Une entreprise tellement grande et avec un succès tel que Tomoyo est supra-riche. Et c’est bien tout le travail de Sonomi (Suzanne), la maman de Tomoyo, puisqu’il est même dit que la petite fille n’a pas connu son père. De plus, lorsqu’elle sort le soir, cette dernière est toujours accompagnée de gardes du corps… qui sont elles-mêmes des femmes. Bah oui, qui a dit que seuls les hommes étaient capables de défendre et protéger quelqu’un ? Pas Clamp en tout cas. 

Maintenant que nous avons vu les côtés avant-gardistes et positifs de Sakura, passons aux côtés un peu plus sombres de ce manga… 

Sakura, un manga glauque

1. Inceste

Dès le début de la série, on apprend que la mère de Sakura et la mère de Tomoyo sont cousines germaines. Ce qui fait des deux meilleures amies, des cousines elles-mêmes. Et pourtant, un peu plus haut déjà, je vous disais que Tomoyo était amoureuse de Sakura tandis que Sonomi, sa mère, avait été amoureuse de Nadeshiko, la mère de Sakura. Et donc leurs cousines respectives… 

 

2. Pédophilie 

Et là, pour le coup, c’est plus que glauque, c’est même carrément illégal. Tout d’abord, on a Rika (Sonia) qui est amoureuse de son professeur. Jusqu’ici, disons que ce n’est pas trop grave, beaucoup de petites filles et de petits garçons ont déjà été « amoureux » de leurs maîtresses ou maîtres. En réalité, le problème, c’est que c’est réciproque. Et que Rika est une élève de CM1 de 10 ans…  

Et Clamp a vraiment le fantasme du « professeur et son élève » puisque les parents de Sakura eux-mêmes se sont rencontrés alors que Nadeshiko était une lycéenne de 16 ans et Fujitaka (Dominique), son professeur de 25 ans. En plus de ça, avant d’être amoureux de Yukito, Toya a été amoureux de sa professeur de maths, Kaho (Katia), et là aussi cet amour était réciproque. Enfin, cette fameuse Kaho prof de maths, finira avec Eriol (Anthony), la réincarnation de Clow, alors que celui-ci a alors… 10 ans. 

Enfin, Clamp a tendance à « maturiser » certains enfants : Tomoyo, Rika et Eriol et un peu Shaolin aussi, parlent et agissent comme des adultes et pas du tout comme des enfants de 10 ans. Ce qui est assez perturbant à regarder une fois adulte et qu’on se rend compte que ce ne sont ni les attitudes ni des caractères normaux pour des enfants. 

Au-delà de tous ces éléments, Sakura reste un super manga, l’un des meilleurs de la dernière décennie. Son côté avant-gardiste ne le rend d’ailleurs que meilleur. En revanche, cette partie « inceste & pédophilie » est extrêmement malaisante et gâche un peu (beaucoup) l’ensemble de l’histoire. 

Passionnée par les sushis, j’ai appris à maîtriser cet art en regardant mes séries télé préférées. Entre deux makis, je m’intéresse aussi à l’univers d’Harry Potter, de Disney, au cinéma et à la photographie. Sinon, est-ce que je vous ai dit que j’aimais les sushis ?
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