Si belle mais si morte - Un conte loufoque et percutant

10/11/2018

Titre : Si belle mais si morte

Auteur : Rosa Mogliasso

Editions : Points

Prix : 6,40€

Parution : 6 septembre 2018

Nombre de pages : 130 pages

Genre : Littérature contemporaine

Résumé : Un chemin sur la berge d’un fleuve. Ils sont nombreux à l’emprunter chaque matin : une jeune femme y promène son chien, un couple de lycéens s’y cache pour sécher les cours, un clochard y traîne sa folie, un jeune boulanger aime y méditer. Mais ce jour-là, au bord de l’eau, une femme aux escarpins rouges est allongée. Morte. Tous passeront devant elle, tous la verront, aucun n’interviendra. Personne n’appellera la police, personne n’en parlera. Ils ont tous d’excellentes raisons de l’ignorer et de tenter de se convaincre qu’un autre s’en chargera. Mais il n’est pas si facile de vivre avec cette lâcheté, cette indifférence, cet égoïsme. Chez chacun d’eux, la confrontation avec la belle morte causera un séisme intime. Et leur vie s’en trouvera radicalement changée.

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« On est jamais trop prudent. » Cette citation tirée du film Le Pigeon résume à elle seule le propos de Rosa Mogliasso à travers son roman. Court mais percutant, Si belle mais si morte révèle le comportement des personnes face à une situation inquiétante. On nage en pleine fiction, en pleine fantaisie loufoque, et pourtant la réalité est criante.

Le récit tourne autour d’un cadavre, celui d’une jeune femme aux escarpins rouges, découvert successivement par plusieurs passants. Plusieurs profils très différents – une femme promenant son chien, un homme hurlant quelque peu dérangé, un couple d’adolescents, … et pourtant tous réagissent de la même façon : mieux vaut éviter ce cadavre et continuer son chemin, un autre passant finira bien par avertir la police.

Nous, lecteurs, ne pouvons nous empêcher de nous questionner : qu’a-t-il pu arriver à cette femme ? Est-ce un meurtre ? Mais, même si ce point obscur finira par être éclairé, le propos de l’auteure ne semble pas se situer là. Tous les personnages s’inquiètent plutôt des ennuis que cette mystérieuse femme morte pourrait leur apporter.

La question se déplace alors rapidement dans notre esprit : qu’aurais-je fait à la place des passants ? Risquer que la police vienne fouiller au mauvais endroit ? Ou, si je n’ai rien à me reprocher, risquer de perdre de précieuses heures au commissariat à faire une déposition qui, personnellement, ne m’apportera strictement rien ?

Bien ficelée, cette intrigue qui n’en est finalement pas vraiment une nous entraîne sur les bassesses de l’esprit humain. Néanmoins, les personnages ne sont pas érigés sous forme de caricature, si bien que l’un d’entre eux finira par culpabiliser face à cette situation : ne rien dire, passer son chemin, est-ce le bon comportement à adopter ? Où se trouve réellement la moralité ? Pourquoi cette femme morte refuse-t-elle de lui sortir de la tête ?

En très peu de pages, Rosa Mogliasso parvient à faire naître en nous de profondes réflexions sur la nature humaine. Mais grâce à un ton léger, loufoque et non dénué d’un certain humour, le récit ne tombe jamais dans le pathos ou dans la leçon de morale. Si bien qu’en refermant son livre, on se sent nous-mêmes pris au jeu, et finalement bernés.

Merci aux éditions Points pour la découverte de ce court récit surprenant !

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Chroniqueuse littéraire, je suis tombée dans la marmite de livres étant petite. Libraire dans l’âme, attachée de presse dans la vraie vie, je m’attache à transmettre le grand secret de la vie éternelle : la lecture (et la pierre philosophale pour les plus chanceux) !
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