Un amour impossible : un portrait de femme terriblement émouvant

03/11/2018

Titre : Un amour impossible

Réalisateur : Catherine Corsini

Avec : Virginie Efira, Niels Schneider, ...

Genre : Drame

Durée : 2h15

Nationalité : Française

Sortie : 7 novembre 2018

Résumé : À la fin des années 50 à Châteauroux, Rachel, modeste employée de bureau, rencontre Philippe, brillant jeune homme issu d'une famille bourgeoise. De cette liaison passionnelle mais brève naîtra une petite fille, Chantal. Philippe refuse de se marier en dehors de sa classe sociale. Rachel devra élever sa fille seule. Peu importe, pour elle Chantal est son grand bonheur, c'est pourquoi elle se bat pour qu'à défaut de l'élever, Philippe lui donne son nom. Une bataille de plus de dix ans qui finira par briser sa vie et celle de sa fille.

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Adapté du roman éponyme de Christine Angot, Un amour impossible retrace avec une fidélité quasi mystique le récit d’une adolescente qui raconte l’histoire de sa mère. Ou plutôt l’histoire de la rencontre entre sa mère et son père.

Au début des années 50, les chemins de Rachel et Philippe se croisent, se lient : très vite, ils s’aiment d’un amour passionné, c’est la rencontre inévitable. Mais, aussi vrai et fou soit-il, cet amour se révélera vite impossible : issu d’un milieu social et culturel différent, Philippe refusera le mariage à Rachel et ce malgré l’enfant qu’elle porte de lui.

Le décor est planté : cette première partie du film s’orchestre autour d’une jeunesse fougue et naïve, autour d’un couple impossible porté par un homme cultivé mais terriblement pervers et manipulateur, et subi par une femme aveuglée, sous l’emprise d’un amour idéalisé.

Très fidèle au roman, le film de Catherine Corsini porte à l’écran avec détachement les mots froids, cliniques, sans âme, de Christine Angot. L’objectif est simple et étranger à tout sentiment : dresser le portrait d’une femme complexe et comprendre son aveuglement, sa déroute face à un homme pervers.

Mais, là où le récit de l’autrice nous laisse une impression glaciale et peu accueillante, les images de la réalisatrice chantent et font sens. Porté par deux acteurs incroyables, cet amour impossible fait sens et déclenche des émotions étrangères au roman. Traversée par les époques, Virginie Efira incarne son personnage avec une telle justesse que les yeux du spectateur sont obligatoirement braqués sur elle. Malgré ses choix, malgré sa soumission à cet homme, nous la comprenons, nous ressentons ses sentiments tiraillés.

La deuxième partie marque un tournant narratif, avec l’arrivée d’un troisième personnage. Fruit de cet amour impossible, Chantal naît de père inconnu et grandit dans le milieu de sa mère, solitaire mais rempli d’amour. La lumière est toujours braquée sur Rachel, dont les traits ont évolué. La naïveté l’a quittée pour une force et une détermination portée par son amour pour sa fille. Philippe doit la reconnaître, doit lui accorder cette attention qu’il lui a toujours refusée.

L’ambiance légère et insouciante de la jeunesse laisse alors la place à une atmosphère lourde, pesante, oppressante. Le poids du milieu social se fait de plus en plus lourd. La demande de reconnaissance pour Chantal devient un combat : Rachel veut obstinément reprendre ce pouvoir qui, malgré elle, la conduira à sa perte.

Chantal grandit, devient petite fille, adolescente, puis jeune femme. Son père jusqu’alors absent entre dans sa vie. Elle découvre alors le milieu interdit à Rachel, s’en vante, s’en délecte, mais finira par s’en détruire sans que sa mère, aveuglée par son combat de paternité, ne puisse réagir. Cette histoire d’un amour impossible s’étendra alors au-delà des personnages, au-delà d’une relation homme-femme ou parent-enfant : c’est l’histoire d’un amour impossible entre deux milieux sociaux.

Le film de Catherine Corsini se clôture de la même façon que le roman de Christine Angot : l’histoire se referme, se boucle par le discours de la fille à sa mère. A la manière d’un thriller, on assiste au dénouement, à la révélation du meurtrier. Chantal décortique, explique à Rachel la véritable nature de cet amour impossible. Et malgré le réalisme et la banalité du décor (un café parisien), la scène a quelque chose de théâtral. Plus que les mots de Chantal, c’est le regard de Rachel qui fascine : un regard rempli de sens où se déchaîne un tumulte d’émotions, celles de toute une vie.

Malgré une fidélité très authentique au roman de Christine Angot, le film de Catherine Corsini va bien au-delà d’une simple adaptation. Face aux mots implacables et cliniques de l’autrice, les images et le jeu d’acteurs portés par la réalisatrice livrent un portrait de femme complexe, nuancé, terriblement émouvant. Un film à voir !

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Chroniqueuse littéraire, je suis tombée dans la marmite de livres étant petite. Libraire dans l’âme, attachée de presse dans la vraie vie, je m’attache à transmettre le grand secret de la vie éternelle : la lecture (et la pierre philosophale pour les plus chanceux) !
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