A Brief Inquiry Into Online relationships - The 1975

22/12/2018

Titre : A Brief Inquiry Into Online Relationships

Groupe : The 1975

Label : Dirty Hit

Parution : 30 novembre 2018

Genre – Durée : Rock – 58 min

 

Le 30 novembre 2018 sortait le nouvel album tant attendu de The 1975, après des mois de teasing de la part du groupe, nous dévoilant quelques pistes et mettant à rude épreuve notre patience, par la même occasion.

J’ai – pour ma part – écouté l’album sur plateforme de Streaming, au calme, et un constat s’est imposé en une fraction de seconde : Wow. The 1975 m’ont fait passer les cinquante huit minutes les plus émouvantes et éprouvantes de ma vie !

Retour sur les titres  :

The 1975 

La première piste semble un peu hésitante, quelques accords de piano, la voix posée de Matty Healy chante comme il le ferait dans son salon, assez peu courant sur un album où l’on cherche généralement la meilleure prise : parfaite et maitrisée, et pourtant, on trouve tout de suite une forme d’intimité dans ce processus de création, car c’est de cela dont il s’agit : de créer, d’ouvrir cet album sur une idée nouvelle, unique.

Quand la voix – synthétisée – de Matty s’élève d’un coup, c’est une poussée brute qui nous entraine à deux pieds joints dans le monde des 1975 – sans oublier la direction artistique de l’album : la robotisation de la voix est telle que l’on pense à une armée de robots déferlant sur terre. Avec ce premier titre très court – 1 minute 35 secondes, on entre directement dans le concept de Relationships, puisque le groupe invite à la rencontre :

Go down
Descends 
Soft sound
Un bruit doux 
Step into your skin? I’d rather jump in your bones
Enfiler ta peau ? Je préfère coucher avec toi 
Taking up your mouth, so you breathe through your nose.
Je prends ta bouche donc tu respires par le nez
 

Give Yourself A Try 

Le ton est donné, la première piste s’achève pour laisser place à la première chanson dévoilée par le groupe : Give Yourself A Try – dont le clip vidéo est sorti le 31 mai 2018 :

Pop et entrainante au possible, Give Yourself A Try est une bouffée d’oxygène qui vous oblige à vous trémousser, ne faites pas semblant ! À travers cette mélodie enjouée aux riffs répétitifs dont on ne se lasse pourtant pas, le texte n’en est pas moins profond et traite du fait de se laisser une chance, si, si, vraiment. Vieillir apporte quelques réponses qui aident à y voir plus clair, C’est un message dans lequel se dissimulent des références comme on aime en retrouver chez le groupe :

Jane took her own life at 16
Jane s’est suicidée à 16 ans
She was a kid who had the box tattooed on her arm
C’était une gamine qui avait une boîte tatouée sur son bras (1)
  
(1): Le logo du groupe. 
 
[…]
 
‘And what would you say to your younger self?’
« Et que dirais-tu à une version plus jeune de toi ? »
Growing a beard’s quite hard
Faire pousser une barbe est plutôt compliqué 
And whiskey never starts to taste nice
Et le whisky n’a jamais commencé à être bon
 
 

TOOTIMETOOTIMETOOTIME:

Le titre nous avait été livré le 29 août 2018 par le groupe également sous forme de clip vidéo, pour lequel ils avaient fait appel aux fans anglais ! Très simple et pourtant terriblement efficace, il met en scène des plans successifs des différents fans sur fonds colorés, Matty se glisse d’un plan à l’autre, partageant un moment drôle et léger avec des individus de tous horizons.

Bien que terriblement entrainante, la chanson traite tout de même d’une relation complexe sur fond de dupe, mettant en avant le peu de foi qu’il faut retirer des rencontres par internet. TOOTIME fait référence à la répétition de messages envoyés, semant le trouble et glissant l’idée que la technologie corrompt les rapports que l’on peut avoir entre individus, là où le clip vidéo invite les gens à se retrouver, échanger, partager.

I swear that I only called her one time
Je te jure que je ne l’ai appelée qu’une fois
Maybe it was two times?
Peut-être que c’était deux fois ?
I don’t think it was three times
Je ne pense pas que c’était trois fois
It can’t be more than four times
Ça ne peut pas être plus que quatre fois
 
 
 

How to Draw / Petrichor : 

La piste ramène au calme avec ce titre en deux parties : dans un premier temps, How To Draw inviterait presque au voyage avec sa mélodie lente et l’utilisation de sonorités électroniques alliant la douceur du xylophone et d’un instrument à vent : flute ou clarinette, peut-être – à une phrase forte :

I’ve not learned how to draw
Je n’ai pas appris à dessiner 
What if you die with all of the cameras?
Et si tu mourrais avec tous les appareils photos
 

Il arrive que durant leur concert – comme ça a été notamment le cas durant le live à l’02 Academy Brixton (Londres), Matty demande aux fans de ranger leurs téléphones-caméras, afin de réellement profiter de l’instant sans cette barrière que représente un écran sur le titre If I Believe, issu de l’album : I Like It When You Sleep, For You Are So Beautiful Yet So Unawar Of It (2016). 

La seconde partie : Petrichor se veut plus nostalgique et à la fois plus électrique. Le Pétrichor est l’odeur que prend l’atmosphère après que la pluie soit tombée, sur ce titre, le groupe dispense « des conseils »  : 

Write a letter to your future self who won’t change
Ecris une lettre pour ton toi du futur qui ne changera pas 
Don’t let the internet ruin your time
Ne laisse pas Internet gâcher ton temps 
 

Love It If We Made It

Ensuite nous vient Love It If We Made it, qui calme relativement la donne et fait retomber l’atmosphère de l’album dans un calme apparent – en partie seulement, puisque les premiers mots frappent très fort, renforcés par un instrumental qui se veut percutant.

We’re fucking in a car, shooting heroin
On déconne dans une voiture, shoot d’héroïne 
Saying controversial things just for the hell of it
En disant des choses controversées juste pour rigoler
 
Non sans savoir que Matty a besoin d’écrire sur des choses concrètes, sur lesquelles il peut s’appuyer et son vécu est une grosse source d’inspiration, ce titre glisse progressivement sur le constat qui a donné naissance à cet opus : Internet – les réseaux sociaux, les relations « en ligne », l’aspect volatile de la société moderne. À travers ce titre, Matty dénonce en partie cette invasion et l’impact que cela a eu dans nos vies :
 
Access all the applications that are hardening positions 
Accéder à toutes les applications qui durcissent les positions
based on miscommunication
 basées sur une mauvaise communication
Oh! Fuck your feelings!
Oh et merde aux sentiments!
Truth is only hearsay!
La vérité n’est que du ouï-dire!
 
 
 
Le clip vidéo accompagnant cette chanson n’est pas en reste : il apporte une identité visuelle très forte à ces mots, si The 1975 avait déjà fait comprendre qu’un clip était clairement porteur d’un message, Love It If We Made It l’est ! Aux plans très colorés exposant le groupe se superposent des images représentatives de la situation mondiale : des villes détruites, la question du port des armes, la drogue, les émeutes, la destruction, les guerres, la corruption, etc.
 
Consultation
Réunion
Degradation
Dégradation
Fossil fuelling
Ravitaillement archaïque 
Masturbation
Immigration
Liberal kitsch
kitsch libéral
Kneeling on a pitch (2)
S’agenouiller sur un terrain
 

(2) Référence aux manifestations de la NFL, où les joueurs de football américains se sont agenouillés pendant l’hymne national pour montrer leur opposition à l’inégalité raciale, ce qui a suscité beaucoup de controverses.

Unrequited house with seven pools
Maison non-partagée avec sept piscines
« Thank you Kanye, very cool! » (3)
« Merci Kanye, très sympa! »
The war has been incited and guess what, you’re all invited
La guerre a été provoquée et devinez quoi, vous êtes tous invités
And you’re famous
Et vous êtes célèbres
Modernity has failed us
La modernité nous a fait échouer

 

(3) Ceci est une citation directe d’un tweet de Donald Trump en réponse à la controverse sur Twitter de Kanye: @kanyewest
You don’t have to agree with trump but the mob can’t make me not love him. We are both dragon energy. He is my brother. I love everyone. I don’t agree with everything anyone does. That’s what makes us individuals. And we have the right to independent thought.
« Vous n’avez pas à être d’accord avec Trump mais la foule ne peut pas m’empêcher de l’aimer. Nous sommes deux dragons d’énergie. Il est mon frère. J’aime tout le monde. Je ne suis pas d’accord avec tout ce que les gens font. C’est ce qui nous rend individuel. Et nous avons le droit à la liberté de penser. »
 
Le président américain a répondu en retweetant ce message à ses 51 millions de followers avec un « Merci Kanye, très cool ! »
 

Be My Mistake :

Be My Mistake est sans doute le titre qui m’aura véritablement tiré les larmes des yeux ! D’une simplicité et qu’une authenticité redoutables, en étant interprétée en acoustique, cette chanson est une véritable flèche qui se plante dans votre coeur. D’une beauté et d’une émotion rares, Matty nous livre à travers elle une vulnérabilité qui ne peut que nous toucher. Dans un message, le chanteur avait expliqué que :

 

« Be My Mistake » traite juste de la culpabilité. Quand vous êtes une jeune personne et que vous luttez parfois pour découvrir ce que vous voulez vraiment. Et parfois, comme tout un tas de choses, ça demande de faire des erreurs avant de réellement comprendre ce que l’on a. Ça éloigne peut-être des gens et vous réalisez que l’idée d’avoir une relation normale avec quelqu’un est vraiment ce que vous voulez. »

L’arrangement est vraiment spartiate. C’est principalement ta voix et une guitare acoustique.

« J’aime Nick Drake et ce genre de truc, mais je ne suis pas dans votre trip de chanteur-compositeur moderne. Je me suis toujours tenu éloigné de ce genre de procédé stylistique, mais j’ai réalisé qu’il y avait beaucoup de vrai dedans, si vous le faites correctement. Je veux que les gens se sentent visés personnellement. »

Then be my mistake
Puis sois mon erreur
I shouldn’t have called ’cause we shouldn’t speak
Je n’aurais pas dû appeler parce qu’on ne devrait pas se parler 
You do make me hard but she makes me weak
Tu me rends dur mais elle me rend faible
 
 

Sincerity Is Scary :

Sincerity Is scary est un bonheur pour les oreilles, les premières notes de saxophone nous plongent dans une ambiance cosy et mélodique. On se laisse porter par ces mots exprimant un regret jusqu’au refrain qui gonfle notre coeur de tout un tas de sentiments qu’on parvient à peine à expliquer, les choeurs portent la chanson à un tout autre niveau. Entêtante et drastiquement mélancolique, cette chanson a été pour moi un coup de coeur depuis que le groupe l’a dévoilée le 7 septembre 2018.

Le titre est pour moi évocateur de toutes ces choses sincères que l’on n’ose pas dire, nous nous contentons de banalités pour ne pas froisser notre prochain, en laissant de côté ce qui est réellement important pour construire une relation honnête et durable : 

And irony is ok, I suppose, culture is to blame
L’ironie est ok, je suppose qu’il faut accuser la culture 
You try and mask your pain in the most postmodern way
Tu essayes de masquer ta douleur de la façon la plus postmoderne 
You lack substance when you say something like « oh what a shame »
Tu manques de fond quand tu dis quelque chose comme « oh, quel dommage »
It’s just a self-referential way that stops you having to be human
C’est juste une habitude auto-référentielle qui t’empêche de devoir être humain 
 
À travers cette chanson, c’est toute la difficulté d’une communication ouverte qui se met en place, des reproches, des « j’aurais aimé que » qui arrivent peut-être trop tard, des questions sur ce que l’on est et comment la société nous perçoit :
 
And why would you believe you could control how you’re perceived
Et pourquoi tu crois que tu peux contrôler la façon dont tu es perçu
When at you’re best you’re intermediately versed in your own feelings?
Alors que lorsque tu es au meilleur niveau, tu es immédiatement noyé dans tes propres sentiments ? 

 

I like America and America likes me 

Des paroles peut-être un poil trop explicites. Connaissant le groupe, cela cache forcément quelque chose ! Aussi, comment saisir toute la dimension de cet album sans chercher à le comprendre réellement. Cette chanson est un hommage au SoundCloudRap, aussi appelé Emo Rap qui est un genre né sur la plateforme SoundCloud. Ce type de musique est souvent simple, mais cache des paroles qui ne sont pas faciles à comprendre.

Les membres du groupe se sont donc munis d’un crayon pour écrire un hommage à cette culture qui balaie les États-Unis.

Is that designer?
C’est de la marque ? 
Is that on fire?
Est-ce en feu ?
Am I a liar?
Suis-je un menteur ? 
Oh, will this help me lay down?
Est-ce que ça m’aidera à m’allonger ? 
 

Le titre de cette chanson fait également référence à l’oeuvre de l’artiste allemand Joseph Beuys dont l’idée était d’enfermer un homme et un coyote ensemble, trois jours durant. Si le coyote se montre hostile au début, l’expérience montre que les deux espèces s’habituent et peuvent cohabiter ensemble. 

Le parallèle avec la mention d’arme à feu dans la chanson : 

I’m scared of dying
J’ai peur de mourir 
No gun required
Pas besoin de flingue 
 
N’est pas sans rappeler la prise de position du groupe après l’assassinat de la chanteuse Christina Grimmie. Tous les Meet&Greet de la tournée US avaient été annulés tant que la politique en matière de « Gun Control » ne changerait pas. I like America & America Likes Me est un titre complexe qu’il est bien difficile d’apprivoiser totalement, toujours étant.
 

The Man who married a robot / Love Theme 

Cette piste est entièrement contée sur un fond musical et pourtant c’est sans doute celle qui a eu le plus d’impact lors de ma première écoute, au point de me faire pleurer une seconde fois, de par la justesse des propos tenus. Si cette « chanson » casse le rythme de cet album par son originalité, elle lui accorde cependant une profondeur et un constat qui laisse perplexe au possible – elle donne matière à réfléchir :

« C’est l’histoire d’un homme très, très solitaire. Il vivait dans une maison isolée. Dans une rue isolée. Dans un coin isolé du monde. Mais, bien sûr, il avait Internet. Internet, comme vous le savez, était son ami »
[…]
« L’homme et Internet sont allés partout ensemble sauf bien sûr aux endroits où Internet ne pouvait pas aller. Ils sont allés à la campagne. Ils sont allés aux fêtes d’anniversaire de ces amis les moins importants. Dans des pays différents. Même sur la Lune. »
 
 
Si l’histoire peut paraître amusante, racontée comme un conte grivois, une petite histoire relatant une amitié exagérée, la fin de ce conte atypique est pourtant tranchante et d’une amertume qui a eu raison de ma sensibilité :
 
And then he died
Puis il mourut 
In his lonely house
Dans sa maison isolée
On the lonely street
Dans la rue isolée 
In that lonely part of the world
Dans ce coin isolé du monde
You can go on his Facebook
Tu peux aller sur son Facebook

 

The Man Who Married A Robot a réellement été un choc lors de cette première écoute et m’a inspiré de nombreux sentiments partagés, moi qui ne suis pourtant pas du genre à rester enfermée, le nez collé à mon écran, je suis tout autant touchée par ces paroles. Nous en sommes à la moitié de l’album et déjà se battent en moi un tas de sentiments et de sensations qui m’étonnent, tant ils sont profonds. 

Inside Your Mind 

Dans cette chanson, Matty aborde une sorte de rétrospective nostalgique. Il joue avec une idée simple, inspirée par Gone Girl (Livre-Film), de vouloir fracasser la tête de son partenaire pour savoir enfin réellement et clairement ce qu’il peut y avoir à l’intérieur, en parfait désespoir de cause. Une question que nous sommes nombreux à nous poser, parfois…

I’ve been learning the way that you talk
J’ai appris la façon dont tu parles
The back of your head is at the front of my mind
L’arrière de ta tête est devant mon esprit
Soon I’ll crack it open just to see what’s inside your mind
Bientôt, je l’ouvrirai juste pour voir ce qu’il y a à l’intérieur de ton esprit

La mélodie au piano, très douce, est soutenue par une rythmique subtile, des cordes et une guitare rendent le tout à la fois doux et exaltant, entrainant, avec la répétition de ’Inside Your Mind’. 

It’s Not Living (If It’s Not With You) 

Le clip vidéo de cette chanson m’a fait beaucoup rire, malgré le message clair qu’il véhicule. À la fois criant de vérité et d’un humour léger, il décrit parfaitement ce qui fait la réussite de The 1975. Les différentes situations comiques laissent place à des réflexions plus profondes sur l’impact de la perception chez les autres, sur l’illusion qu’un écran peut donner et sur la vérité qui se cache derrière tout cela. Plus encore, It’s not living (If It’s not with You) est une chanson optimiste qui décrit la lutte de Matty Healy face à sa dépendance à l’héroïne, rappelant fortement le titre « UGH!’, issue du 2e album du groupe, parlant elle aussi de dépense.

La juxtaposition d’une mélodie pop, couplée à une voix profonde et des paroles assez tristes, tout de même, fait de cette chanson une représentation des valeurs fondamentales du groupe, que l’on retrouve tout au long de leur discographie. Le 21 juin 2018, Matty nous tease sur Twitter en nous dévoilant ces paroles :

 

Surrunded by Head and Body 

Cette piste est un hommage de Matty Healy à une jeune femme, Angela, qui était aussi une patiente en cure de désintoxication. Matty était en convalescence, pour se remettre de son addiction à l’héroïne – qui est le sujet du titre précédent. Ils ne se fréquentaient qu’en de rares occasions, sessions thérapeutiques groupées, par exemple, mais Matty s’est pris de sympathie pour cette femme, avec qui il s’est découvert de nombreux points communs, notamment leur origine : tous deux de Manchester, ayant fréquenté les mêmes institutions etc.

And Angela, she wears it like a dress
Et Angela, elle le porte comme une robe
Ooh, post traumatic mess
Un désordre post-traumatique

Quant au titre, il provient quant à lui du livre de David Foster Wallace : Infinite Jest. Un livre que Matty a lu en cure, également, et qui s’ouvre sur cette phrase :

“I am seated in an office, surrounded by heads and bodies.”
(Je suis assis dans un bureau, entouré de têtes et de corps )
 

Mine

 » Mine  » semble assez atypique, avec cet ensemble jazz-piano, trompette solo et corde. Le côté Jazzy de la chanson vient de l’amour du groupe pour le saxophoniste John Coltrane. 

Je ne m’attendais pas à un stadard du Jazz venant de vous, les gars. 

« Moi non plus. C’est venu de notre amour pour Coltrane. J’ai toujours utilisé l’analogie de la pie :  une pie va collecter un diamant ou un bout de verre ou un morceau de feuille – ça n’a pas d’importance, du moment que c’est brillant et que ça tape-à-l’oeil. C’est la même chose pour nous – du moment que c’est beau. Et je voulais un standard, car imagine écrire une nouvelle chanson à la Gershwin (Compositeur américain), imagine une nouveauté à partir de ce qui existe. Ce n’est pas arrivé depuis – c’est difficile à dre. Est-ce que c’était cette chanson de Noël par Mariah Carey ? C’était probablement la dernière. « Hey there Delilah? ». C’était énorme [rire] »

La chanson met de plus en vedette un solo de trompette, très soul, de Roy Hargrove. 

I couldn’t be more in love 

Ce titre pourrait véritablement se trouver dans un film digne d’une romance hollywoodienne ! Pourtant, selon Matty, ce n’est pas une chanson d’amour, mais plutôt son contraire, ce constat fait quand on réalise que la personne que l’on aime ne se soucie plus, justement. Cette chanson est une magnifique ballade, assez puissante pour vous fendre l’âme, avec ce retournement de situation et ce solo de guitare qui nous fait verser quelques larmes supplémentaires.

La voix de Matty Healy est plus meurtrie, mais aussi authentique que tout ce que nous avons pu entendre jusque-là. Si les critiques ne le pensaient pas capable de chanter comme cela, il leur répond le plus simplement du monde que :

« C’est parce que j’ai du mal à chanter comme ça. Certaines personnes peuvent simplement chanter et c’est la chose la plus naturelle du monde pour elles, mais pour que les gens me croient, je dois vraiment, vraiment essayer. Ces voix dataient en réalité de la veille de mon départ en cure de désintoxication. Pour être juste, j’aurais dû le chanter quand je sortirais, mais il y avait juste quelque chose dans ces voix… C’était un peu guttural. J’étais vraiment énervé et effrayé au moment de le faire et je sens qu’il y a une sorte de désespoir dans la performance vocale. »

I always wanna die (sometimes) 

Enfin, la dernière piste de cet album de quinze titres, au bout de 53 minutes d’écoute, j’en viens à me demander comment cela a pu passer aussi vite, mon coeur se sert véritablement en constatant qu’il s’agit de la dernière, ce qui ne la rend que plus belle encore.

I Always Wanna Die (sometimes) conclut l’album comme se terminerait un film, en faisant défiler le générique d’une vie. Le choeur assiste à un fort falsetto de Matty, alors que les guitares atteignent des proportions épiques et que les thèmes de l’isolement et de la solitude – qui prévalent tout au long du disque – atteignent leur apogée. Une fin merveilleuse, touchante, incroyable.

 

D’un point de vue général, cet album m’a fait pleurer bien plus de fois que je ne l’aurais soupçonné ! Si quelques personnes s’accordent à dire que l’album leur a semblé trop calme, il m’apparaît au contraire tout en couleurs, en subtilité et en émotions, la patte de Matty Healy se ressent dans les moindres détails de cet album, Ross, George et Adam en font un chef-d’oeuvre de technologie en alliant synthétique et instrumental. On retrouve cette beauté et cette dimension atypique en étant considérablement étonnée et pris de court : la direction artistique prise pour cet album est réellement forte et porteuse de message – loin de dénigrer les réseaux sociaux sur lesquels le groupe a fait une promotion extraordinaire pour la sortie d’ABIIOR, ils invitent surtout à lever le nez de nos écrans et regarder autour de nous, le bon comme le mauvais ne doit pas être ignoré au profit d’une technologie toujours plus gourmande à l’idée de nous satisfaire.

Cet album a réellement bénéficié d’un travail de qualité, plus que des chansons écrites sur une feuille de papier, il insuffle une dimension et un regard critique dignes d’une thèse sur la modernité de notre monde, ses enjeux et ses points critiques. The 1975 porte la musique à un tout autre niveau. 

Aucune piste n’est superflue, elles ont toutes un dynamisme et une idéologie formant une brique indispensable à la construction de l’édifice identitaire du groupe, qui ont énormément parlé autour de cette sortie.

Honnête et émouvant,
A Brief Inquiry Into Online Relationships
est de toute évidence mon coup de coeur de l’année 2018. 
 
Lyrics&traduction : https://www.lacoccinelle.net/887452-the-1975.html
Informations diverses :https://genius.com/artists/The-1975
Quand Ronnie Radke dit « Daddy should’ve never raised me on Black Sabbath! », je remercie sincèrement le mien de l’avoir fait. Née au début des années 90, j’ai grandi au son d’une vieille platine et des vinyles 33T d’AC/DC, Iron Maiden, Led Zepplin et tant d’autres encore. Passionée d’art, de littérature, de voyage et de photographie, je me suis vite rendu compte, pourtant, que sans musique, la vie n’a pas de saveur. C’est pourquoi je m’efforce, au quotidien, de faire partager cet outil qui transcende toutes les langues au monde.
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