Les amours d'un fantôme : une métaphore de la guerre magnifiquement illustrée

24/12/2018

Titre : Les amours d'un fantôme en temps de guerre

Auteur : Nicolas de Crécy

Editions : Albin Michel

Prix : 23,90€

Parution : 26 septembre 2018

Nombre de pages : 216 pages

Genre : Littérature jeunesse

Résumé : J'ai perdu la trace de mes parents très tôt, je n'avais pas quinze ans. J'étais encore ce que l'on pourrait appeler un bébé fantôme, un bout de chiffon blanc moins large qu'un mouchoir. Un soir, je me suis laissé porter par le mistral, j'ai vu une vallée, des lumières, la mer. J'ai croisé des animaux que je n'avais jamais vus auparavant, et quelques humains qui ont pris peur. Je n'aurais jamais dû m'échapper ce soir-là.

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L’histoire s’ouvre sur la jeunesse d’un fantôme. Jeunesse relative pour les humains, puisque ce jeune narrateur a en réalité quatre-vingt-neuf ans. Mais, sous le trait dessiné à l’encre de Nicolas de Crécy, ce bébé fantôme n’a rien d’effrayant, au contraire, on ne peut que le trouver craquant par la simplicité de son trait et sa petite taille.

Orphelin, ce petit fantôme décide malgré tout de partir à la recherche de ses parents disparus. De nombreux obstacles se déposeront sur son chemin, lui faisant vivre des expériences belles, sentimentalement éprouvantes, mais aussi des expériences beaucoup plus sombres et cruelles.

Métaphore de l’adolescence, l’histoire de ce jeune fantôme est finement réalisée, tant par un texte riche (les premiers émois amoureux, la découverte du corps, de l’environnement, le rapport aux autres, …) que dans des illustrations magnifiques et qui en disent parfois plus que les mots. A travers le regard de la chienne Boulette par exemple, dessiné de façon tendre et émouvante, on lit le rapport très fort et intime qui la lie au petit fantôme, et on devine ainsi l’immense tristesse qui découle de leur séparation.

Mais Les amours d’un fantôme ne se résume pas à une quête initiatique de l’adolescence. L’histoire se déroule dans le contexte trouble d’une guerre qu’on imagine être une gigantesque image parallèle de la Seconde guerre mondiale. Par un concours de circonstances, le jeune fantôme se retrouve dans un réseau de résistance, appelé Les Résistants, qui combattent contre le pouvoir montant gouverné par Les Fantômes Acides.

Dirigé par des soldats armés et habillés à la façon de gouverneurs nazis, ce mouvement prône l’existence d’une classe supérieure qui met en lumière la véritable nature des fantômes, à savoir des êtres maléfiques qui, nés à partir d’humains amers d’être morts, veulent semer la terreur. A travers ce terrible contexte qui rappelle au lecteur averti des scènes très sombres de l’Histoire, Nicolas de Crécy illustre finement la violence des hommes.

Sous le récit poétique et sensible d’un petit fantôme, l’auteur dévoile la cruauté et la dangerosité de l’âme humaine. Car, comme l’explique un des personnages du roman : ce qui se passe dans le monde des fantômes se reproduit ensuite de la même façon dans le monde des humains. Et on sait déjà qui sera l’équivalent des Fantômes Acides et quelle sera la répercussion de leurs actions…

Les illustrations participent également de façon magistrale à l’atmosphère sombre et tendue délivrée par les mots. Dessinées au crayon puis à l’encre, elles répondent au texte dans un jeu de face à face, et permettent de véhiculer de nombreux sentiments, comme la tendresse d’un fantôme pour une chienne, l’amour entre deux jeunes fantômes, … Mais également des émotions plus noires, comme la peur face à un climat violent, la solitude face à un amour disparu, la vengeance face à la cruauté, …

Ces personnages composés d’un simple drap blanc sont souvent noyés dans des décors au contraire très travaillés, avec des détails finement dessinés. Le lecteur se trouve alors plongé, lui aussi, dans des tableaux tantôt lumineux, tantôt très obscurcis, et mesure alors pleinement l’atmosphère terriblement inquiétante et agonisante d’un temps de guerre.

 

Un roman graphique dans lequel texte et images se répondent, s’allient, pour nous offrir un superbe conte macabre, richement illustré. A travers le récit d’un jeune fantôme, c’est toute l’humanité que Nicolas de Crécy interroge. Une question se pose alors : et si ces épisodes sombres de notre histoire se reproduisaient à nouveau ?

Merci infiniment aux éditions Albin Michel pour la découverte de ce livre coup de cœur !

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Chroniqueuse littéraire, je suis tombée dans la marmite de livres étant petite. Libraire dans l’âme, attachée de presse dans la vraie vie, je m’attache à transmettre le grand secret de la vie éternelle : la lecture (et la pierre philosophale pour les plus chanceux) !
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