Outlander, un Monde pas si Nouveau (spoilers)

16/12/2018

Titre : Outlander

Créée par : Ronald D. Moore

Avec : Caitriona Balfe, Sam Heughan, Steven Cree, Duncan Lacroix, Sophie Skelton, Richard Rankin, ...

Format : 55 minutes

Diffusion : Netflix

Genre : Drame, Fantasy

Résumé : La quatrième saison d'Outlander suit le quotidien mouvementé de Claire et Jamie, désormais en Amérique où ils tentent tant bien que mal de bâtir leur pied-à-terre. Mais les dangers sont nombreux en cette période perturbée de l'histoire de l'Amérique. Claire et Jamie parviendront-ils à faire fi des obstacles et à enfin profiter de leurs retrouvailles et vivre paisiblement pour le restant de leurs jours ?

La saison 4 tant attendue d’Outlander est sortie voilà quelques semaines et les six premiers épisodes n’ont pas dérogé au caractère à la fois aventurier et attachant qui a fait le charme et la force de la saga littéraire dont la série télévisée suit plus ou moins fidèlement le contenu. Si la saison précédente avait laissé nombre de téléspectateurs perplexes face à un enchaînement quelque peu hasardeux des événements, tantôt trop lent tantôt trop rapide, ce début de saison 4 prend ses marques, tranquillement mais sûrement. La saison 3 s’achevait en effet sur un naufrage (littéral, bien que j’émette également quelques réserves au sujet de la qualité de la saison) : le bateau censé ramener Claire (Caitriona Balfe), Jamie (Sam Heughan), le jeune Ian (John Bell), Fergus (César Domboy) et sa femme Marsali (Lauren Lyle) sains et saufs en Ecosse essuie une violente tempête et voilà la malheureuse bande échouée sur une côte. Et cette côte, c’est l’Amérique. Ne leur en déplaise, nos héros se retrouvent alors en Caroline du Nord, en 1767 avec l’espoir, dans un premier temps, de rassembler assez d’argent pour retourner chez eux. Mais ils se ravisent assez vite et envisagent ces contrées nouvelles et splendides comme leur nouveau chez-eux.

Le début du premier épisode nous laisse avec cette étrange sensation de nous retrouver plongés de nouveau dans une atmosphère que l’on connaît bien : tout, dans les images et dans la musique, installe cette impression de proximité avec les personnages, et c’est bienvenu. Une fois passé cet agréable petit moment, nous voilà bien en peine de trouver à cet épisode un moment fort, si ce n’est la fin (encore heureux me direz-vous). En effet, la première partie nous révèle une Amérique rurale, dure et sans pitié avec une scène de pendaison. Et c’est un ami de Jamie que l’on s’apprête à pendre. L’atmosphère se veut lourde, funeste : on assiste au cortège des condamnés jusqu’à la potence, et au regard encore plein de malice de l’un d’eux, on s’attend à une scène d’évasion rocambolesque. Et c’est bien ce qui se passe : un des condamnés prend la fuite, mais ce n’est pas l’ami de Jamie qui sera bel et bien pendu. De quoi mettre Claire et Jamie dans une bien morose humeur. Puis arrive la scène de la taverne où les compagnons du défunt chantent en son honneur. Si cette scène devait nous soutirer une larme, elle échoua. Le résultat était quelque peu poussif, exagéré : on veut compatir, mais comment être ému quand on ne sait même plus qui était le pendu ? En tout cas, on comprend vite que l’Amérique se teinte peu à peu d’ombre et qu’elle est loin d’accueillir le couple et leurs proches à bras ouverts.

Si vous êtes arrivés jusqu’à la saison quatre, la romance à outrance ne vous dérange pas, ou plus, peut-être même vous attire-t-elle. Pourtant, il faut avouer que ces moments intimes ne suffisent pas à faire un épisode ni à créer une trame qui vaille la peine d’être suivie. Claire et Jamie s’aiment, on le sait et on l’a très bien compris en trois saisons riches en rebondissements. Or, le premier épisode nous inflige une énième scène dégoulinante d’amour et de caresses que l’on est si tentés de survoler, et c’est ce que l’on reproche à la série qui, à trop jouer sur les sentiments enfiévrés, finit par nous mettre mal à l’aise. Pour les sensations fortes, il faudra attendre. Car si vous avez persisté jusque-là, vous savez également que ce voyage en ces contrées si lointaines sera loin d’être paisible. En ce sens, le premier épisode constitue en quelque sorte une remise en contexte, une manière d’installer le spectateur dans le bon état d’esprit avant d’entrer dans le vif du sujet. Notons cependant que la fin du premier épisode fit montre d’un choix assez surprenant de la part de la réalisation. En effet, s’il se conclut sur une scène dramatique, la surprise est ailleurs : la bande son est, assez curieusement, anachronique. La scène finale de America the Beautiful se déroule aux notes entraînantes de la chanson éponyme de Ray Charles. Un écart assumé, un renvoi au titre et au thème de cette saison en même temps qu’il s’agit d’une fracture entre l’apparente linéarité de l’épisode et ses notes soudaines qui font irruption de manière aussi incongrue que la trahison dont il est cruellement question dans la scène. C’est, à mon sens, une petite réussite de la part de la réalisation et peut-être, quelque part, ce qui sauve cet épisode et nous pousse à poursuivre avec l’espoir que l’on nous réserve encore des surprises.

Car on le sait, Claire et Jamie n’ont pas pour habitude de visiter un lieu sans y trouver matière à créer un drame. Et il faut dire que, pour cette nouvelle saison, les pièges et retournements de situation peuvent sembler par trop évidents et, il faut le dire, parfois assez peu réalistes. Mais qu’à cela ne tienne, nous sommes là pour ce côté déchirant d’Outlander, et s’il faut pour cela bousculer quelque peu le réalisme, historique ou émotionnel, avec joie, mais parcimonie ! Claire et Jamie sont, après tout, un duo paradoxal, improbable mais si convaincant. Ce qui n’est certes pas le cas de Brianna et Roger qui sont loin de nous faire vibrer avec leur alchimie quasi inexistante. C’est à peine s’ils nous maintiennent assez concentrés avec leurs enquêtes impliquant un très probable (confirmé) saut dans le temps pour la jeune femme bien décidée à secourir ses parents d’un péril certain. Si Brianna reste un personnage plus ou moins intéressant, puisqu’elle capitalise notre désir d’assister à une scène de première rencontre entre elle et son père au XVIIIe siècle, le personnage de Roger est lui, en revanche, franchement détestable. Espérons que Brianna s’en éloigne, qu’elle en fasse un Frank Randall resté au stade de petit ami désavoué cloué au XXe siècle, condamné à prendre des nouvelles de la petite famille à travers de vieux documents, bien que les dernières informations concernant la suite de la série laissent supposer le contraire.

Si cette nouvelle saison d’Outlander semble prendre assez peu de risques et continuer sur ce qui a fait son succès, c’est au péril d’une trame originale qui aurait pu sauver certains téléspectateurs de l’ennui et de la lassitude d’assister aux mêmes tropes du drame Outlanderien qui se transforme presque en épopée familiale, loin de ses premiers pas mêlant la promesse d’une guerre au mystère de son dénouement. Mais ne boudons pas notre plaisir pour autant : Outlander c’est, au final, une atmosphère, presque un état d’esprit que l’on recherche, et cette saison parvient à entretenir le charme. La formidable minutie des décors, la pureté de certains plans et la qualité de la musique nous subjuguent toujours autant tandis que les acteurs Caitriona Balfe et Sam Heughan continuent, malgré le peu d’évolution et le manque de profondeur que l’on a pu reprocher à leurs personnages, d’impressionner tant leur alchimie semble irréelle tant elle est vraie (restons dans le paradoxe). En somme, peu de surprises jusqu’ici, en dépit des nouveaux protagonistes, mais la promesse tenue de nous en mettre toujours plein les yeux. 

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94s kid. Je vis d’art, d’astres et d’eau fraîche. Je suis, semble-t-il, attachée à la littérature, aux séries et aux langues (entre autres choses tout aussi folles). Je combats les caprices des mots sur le champ des idées coincées sur la langue. Je peux faire d’une série un long film de quatorze heures et la traduction, c’est sacré !
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