Ces séries françaises qui méritent le coup d'oeil

08/01/2019

C’est une vérité que l’on préfère ignorer lorsqu’on ne veut pas s’attirer les foudres d’un quelconque camp, mais les séries françaises souffrent d’une terrible notoriété : très peu souvent prises au sérieux, presque toujours réduites à cette vague acception qu’un made in France, à moins d’être un comique passable, ne peut être qu’un désastre scénaristique et/ou visuel, les séries françaises sont boycottées, parfois leur seule évocation suffit à arracher un catégorique « non » lorsqu’on s’échine à convaincre une personne de s’y essayer. Mais peut-on seulement les en blâmer ? Car il est vrai que, très souvent, à défaut d’être le produit de superproductions américaines ou british, il peut sembler que les séries françaises ne font pas le poids, qu’elles tournent au kitsch ou au ridicule. Alors on ne quitte presque plus les rivages rassurants des scénettes à intercaler entre le JT et la météo, rapides, efficaces et sans grandes prétentions. Mais ce n’est pas une raison suffisante pour abandonner tout espoir.

En effet, depuis quelques années déjà, certaines chaînes ont produit de très intéressants projets auxquels l’on accorde trop peu d’importance (puisque français). De plus, l’arrivée de Netflix dans le champ de production de séries TV change considérablement la donne. On vous propose donc un petit recensement des séries issues de notre cher hexagone qui valent définitivement le détour.

1. Les Revenants / Drame, fantastique / Fabrice Gobert / Canal + / 52 minutes / 2 saisons / 2012

L’histoire : Une ville éloignée, là-haut près des montagnes en Haute-Savoie, cernée de nuages et tout près d’un barrage. Un jour, plusieurs personnes, de tous âges et de toutes extractions, reviennent. Elles sont désorientées mais cherchent à rentrer chez elles. Seulement voilà, ces personnes n’avaient pas disparu, non. Elles sont toutes mortes depuis plusieurs années. Elles n’ont pas vieilli mais personne ne les attend plus. Comment retrouver une place parmi les vivants ? Peut-on seulement la retrouver ? Ces revenants comprendront bien vite qu’ils ne sont pas les seuls et que leur retour s’accompagne d’un bouleversement encore plus grand.

Pourquoi ça a marché : Souvent qualifiée comme LA meilleure série française, cette production qui nous vient tout droit des studios de Canal + a su convaincre un certain nombre de téléspectateurs par la qualité du scénario, son esthétique unique et la justesse du jeu d’acteur. Ici, pas de grosse production où l’on débourse des sommes faramineuses en effets spéciaux : le fantastique se veut intimiste. Il y a juste ce qu’il faut d’émotion, de questions et de drame. Un véritable tour de force de la part des studios Canal + qui ont su tirer profit du haut potentiel symbolique et poétique de ce projet qui a tout du chef-d’oeuvre. Porté par une bande son extraordinaire signée par le collectif écossais MogwaiLes Revenants ne pouvait que séduire. Et le succès est tel que la série fut exportée dans 80 pays et a même eu droit à son Emmy de la Meilleure fiction étrangère (ce qui lui valut son adaptation américaine sous le nom de The Returned).

2. Dix Pour Cent / Comédie / Fanny Herrero / France 2 (également disponible sur Netflix) / 4 saisons / 52 minutes / depuis 2015

L’histoire : « Trois agents de comédiens, aux personnalités hautes en couleur et aux vies personnelles compliquées, se battent au quotidien pour trouver les meilleurs rôles pour leurs prestigieux clients. Quand Camille, la fille illégitime de l’un d’entre eux, débarque à Paris pour chercher un travail, elle est plongée dans le quotidien mouvementé de l’agence. Cécile de France est alors pressentie pour jouer dans une grosse production hollywoodienne. »

Pourquoi ça a marché : Dix Pour Cent s’est imposée comme une série coup de cœur avant tout pour sa fraîcheur. Les acteurs, pris dans cette étrange position de l’acteur dans son propre rôle, nous livrent tous une prestation drôle, attachante et surprenante. La série a été imaginée par de vrais agents, ce qui ajoute à son efficacité. Mais ce n’est pas tout. Si Dix Pour Cent fleure bon la France, son système de production est, lui, très américain et relève presque de la machine de guerre : des réalisateurs différents se partagent les épisodes tandis que les scripts sont l’oeuvre de différents auteurs. Peu de place à la redondance donc, mais plutôt une marge considérable laissée à la surprise et à la fraîcheur. Et pour cette dernière, ce n’est pas le florilège de guests qui viendra la ternir : Laura Smet, Nathalie Baye, Joey Starr, Julie Gayet, … chaque épisode offre un casting de choix. Comptez au moins deux acteurs invités dans chaque épisode, jouant leur propre rôle non sans un brin de dérision. Le rythme de Dix Pour Cent est volontairement cadencé, rapide : on ne veut pas lasser le téléspectateur, tout s’enchaîne rapidement et cela semble fonctionner.

3. Le bureau des légendes / Drame, espionnage / Eric Rochant / Canal + / 4 saisons / 52 minutes / 2015

L’histoire : Il existe au sein de la DGSE (Direction Générale de la Sécurité Extérieure), un département appelé le Bureau des légendes (BDL) qui supervise à distance les agents les plus importants des services de renseignements français. Ces agents œuvrent dans des pays hostiles, leur mission consistant à repérer les personnes susceptibles d’être recrutées comme source de renseignements. Ils opèrent dans l’ombre « sous légende », c’est-à-dire sous une fausse identité et ce, pendant de très longues années. De retour d’une mission clandestine de six années à Damas, le protagoniste principal, connus sous le nom de Malotru, est promu au sein du BDL tout en essayant de se réintégrer à son ancienne vie. Mais il semble ne pas parvenir à abandonner sa légende et l’identité sous laquelle il vivait en Syrie.

Pourquoi ça a marché : Si vous pensiez que Le Bureau des Légendes était une série à la Grimm, vous aviez tort. Il n’en est rien : ici, il est plus question d’espionnage et de trahison. Les raisons du succès tiennent donc plus à un entrelacement judicieux d’intrigues, de complots, d’amours secrètes et dangereuses mais aussi de réalisme. En effet, le quotidien professionnel de Malotru en rappelle bien d’autres, très réels, tant la hiérarchie joue là aussi un rôle écrasant et source de bien des problèmes. Burn-out au travail ou machinations complexes, Le Bureau des Légendes ne laisse aucun détail de côté et c’est ce qui a séduit. Mais la série nous offre également une conception et une exploration des conflits dans lesquels la France joue un rôle, de quoi exacerber le côté volontairement réaliste et immédiat de l’histoire contée.

4. Plan cœur / Comédie, drame / Chris Lang / Netflix / 1 saison / 30 minutes / 2018

L’histoire : Elsa, jeune parisienne, traverse un moment difficile après une rupture amoureuse. Une de ses amies échafaude alors un plan loin d’être judicieux pour palier à ce vide affectif : elle engage, sans qu’Elsa ne le sache, un escort pour jouer le rôle de petit-ami. Mais ce plan s’annonce un peu trop parfait.

Pourquoi ça a marché : Avec La Casa de Papel ou encore Les demoiselles du téléphone, on s’attendait à ce que Netflix s’attaque aux productions françaises pour en faire quelque chose d’innovant et de percutant. Et il semblerait que le pari ait été relevé. L’histoire est drôle, fraîche, surprenante bien qu’elle explore, avec ô combien de facilités, les lieux communs du genre. Une histoire d’amour qui se dévore sans concession, un petit plaisir coupable peut-être, mais cela fait du bien ! Les acteurs sont pétillants, et ce malgré leurs rôles assez communs, on se sent proche de chaque personnage et de ce groupe d’amis dont on partage chaque chamboulement. Une série qui ne cherche pas à faire compliqué et qui assume son côté détaché et décomplexé : une vraie petite réussite.

5. Ad Vitam / Drame, science-fiction / Sébastien Mounier, Thomas Cailley / Arte / 1 saison / 52 minutes / 2018

L’histoire : « Dans une société où l’on vit éternellement sont découverts les corps de sept suicidés, tous mineurs. Dérive sectaire, acte politique, cri d’alarme d’une jeunesse sans repères ? Darius, flic de 120 ans, mène l’enquête avec Christa, jeune fille révoltée et rebelle. »

Pourquoi ça a marché : Une série d’anticipation française, on n’en avait pas vu d’aussi réussie depuis… depuis toujours. Cette production Arte nous plonge dans un univers futuriste convaincant et très bien travaillé. Une esthétique plaisante, qui se rapproche beaucoup des monuments de la science-fiction côté cinématographique, un jeu d’acteur très juste, une bande son cohérente si ce n’est excellente et une intrigue qui va au-delà du simple polar futuriste. Une véritable question est posée aux téléspectateurs : l’immortalité, oui ou non ? C’est là toute la force de cette série qui ne se limite pas aux meurtres/suicides dont il est question mais s’en sert comme prétexte pour explorer et questionner une société immortelle. Une série qui vaut définitivement le coup d’œil.

94s kid. Je vis d’art, d’astres et d’eau fraîche. Je suis, semble-t-il, attachée à la littérature, aux séries et aux langues (entre autres choses tout aussi folles). Je combats les caprices des mots sur le champ des idées coincées sur la langue. Je peux faire d’une série un long film de quatorze heures et la traduction, c’est sacré !
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2 Comments

  1. Parmi cette chouette liste, une seule série m'est inconnue : Ad Vitam, du coup, je me la note quelque part car j'ai vraiment adoré les 4 autres. Ce sont vraiment des genres différents mais elles valent vraiment le détour ! On a beau dire, la France sait aussi faire des séries, il faut juste trouver les bonnes !

  2. Je rajouterais 3 x Manon, Les Bracelets Rouges et On va s'aimer un peu beaucoup !
    Et j'entends également beaucoup de bien de Hippocrate !
    Bonne année !

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