Mars : la SF au service de la science (spoilers)

24/01/2019

Titre : Mars

Créée par : Brian Grazer, Ron Howard

Avec : Jihae, Alberto Ammann, Clémentine Poidatz, Anamaria Marinca, Sammi Rotibi, Nicholas Wittman, Cosima Shaw, Olivier Martinez, Akbar Kurtha, Kata Sarbó, Jeff Hephner, Gunnar Cauthery, Levi Fiehler, Roxy Sternberg, Evan Hall

Format : 52 minutes

Diffusion : Netflix, National Geographic

Genre : Docu-fiction, SF, drame

Résumé : Le vaisseau spatial Daedalus a prévu d'atterrir sur Mars au mois de novembre de l'an 2033, avec à son bord un équipage de six astronautes censés effectuer une première tentative afin d'établir une colonie permanente sur la Planète Rouge. En parallèle, la réalité de cette mission nous est expliquée dans des scènes de documentaires intercalées entre la fiction, de quoi lier le rêve à la réalité.

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Mars est ce petit bijou qu’il faut parfois chercher tout au fond des étagères assez chargées de Netflix. Ce docu-fiction mêle, comme son genre l’indique, histoire fictive et documentaire. Nous suivons donc deux temporalités et deux approches différentes. La première se déroule en 2033, un équipage d’astronautes s’apprête à mettre le cap vers Mars pour ce qui sera le voyage de leur vie et l’un des plus grands défis lancés à l’humanité. La seconde approche se veut moins abstraite et s’impose comme une preuve de ce que nous pourrions être amenés à accomplir : nous sommes en 2016, dans la vraie vie, et des dizaines d’experts, d’ingénieurs et de visionnaires (dont Elon Musk, Andy Weir, Robert Zubrin et même Neil deGrasse Tyson) se succèdent pour nous parler de ce projet pas si fou de voyager vers Mars.

 

Si vous êtes déjà passionnés par les étendues lointaines, obscures et si intrigantes qui s’étendent au-delà de notre petit ciel, ce docu-fiction pourrait bien vous plaire. Il mêle judicieusement la science et la fiction dans un procédé qui fonctionne bien : les passages fictifs qui se déroulent en 2033 nous passionnent tout autant que les témoignages et les informations que l’on découvre lors des « flash-backs » en 2016, notre ère, notre réalité. Et c’est un va-et-vient pour le moins perturbant tant il excite et titille notre sens du réalisme. L’on se prend si facilement à croire que oui, ces personnes que l’on voit en 2033 voguer vers la planète Mars sont très vraies dans le sens où la traversée jusqu’à Mars est acquise et que ce n’est plus qu’une question de temps. Qu’il ne nous manque plus qu’à passer de la théorie à la pratique.

Là où Mars réussit également à nous prendre de court, c’est dans sa manière d’envisager la future et très probable vie sur Mars de façon (assez) peu romancée mais toujours intrigante de sorte que l’on ne s’ennuie pas. Les scénaristes se sont en effet basé sur des éléments très factuels et n’ont pas délaissé les probabilités qu’un tel voyage soit un désastre. Mars explore donc à la fois le côté humain et la psychologie des astronautes envoyés sur la planète rouge, permettant par là même d’étoffer quelque peu la trame scénaristique et de donner au téléspectateur de quoi attiser son pathos. Attendez-vous dès lors, si vous avez la larme facile, à en verser quelques-unes au cours de cette première saison.

En outre, si la série évoque les réussites en matière de conquêtes spatiales, elle ne passe pas sous silence les nombreuses fois où les missions furent de tragiques échecs, mettant presque un frein à la poursuite de telles missions. Et ces échecs se matérialisent dans les séquences fictives qui se déroulent dans le futur : l’équipage d’aventuriers, très vite rejoint dans leur colonie martienne par d’autres nouveaux scientifiques, se retrouvent confrontés à la réalité parfois dramatique : entre catastrophes techniques qui ont coûté la vie à certains personnages et épuisement psychologique, nous assistons avec un grand intérêt mais surtout un grand attachement à la survie de ces personnages et de leur mission.

Et l’on finit surtout par se questionner : ce docu-fiction, non content de mettre en scène et de nous faire presque toucher du doigt l’un des voyages les plus extraordinaires jamais entrepris, nous met en garde. Sommes-nous réellement prêts à prendre de tels risques, quand bien même ils seraient bénéfiques pour le progrès scientifique ? La faisabilité d’un tel voyage couplée à la probabilité d’avoir à quitter un jour la Terre car elle ne serait plus en mesure de nous offrir un habitat sûr justifient-elles d’en venir à de telles extrémités ? Car derrière sa beauté froide et silencieuse, la planète Mars nous renvoie d’une certaine manière, et de façon très dure par moments, que nous avons une planète, un chez-nous en tout point parfait, dont il ne tient qu’à nous d’en préserver la subsistance. Au bout du compte, les astronautes envoyés sur Mars nous prouvent que l’on peut vivre sur Mars, que l’on peut même y trouver un charme et une nécessité d’ordre scientifique, mais que le prix à payer est peut-être trop élevé. En somme, visionner ce docu-fiction apporte son lot de sentiments contradictoires, entre un émerveillement presque enfantin à vouloir aller toujours plus loin dans l’inconnu et la réalisation que notre monde devrait, peut-être, devenir notre priorité immédiate.

La première saison est disponible sur Netflix tandis que la deuxième saison est diffusée sur National Geographic Channel.

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94s kid. Je vis d’art, d’astres et d’eau fraîche. Je suis, semble-t-il, attachée à la littérature, aux séries et aux langues (entre autres choses tout aussi folles). Je combats les caprices des mots sur le champ des idées coincées sur la langue. Je peux faire d’une série un long film de quatorze heures et la traduction, c’est sacré !
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