Mortal Engines - La déception de cette fin d'année

07/01/2019

Titre : Mortal Engines

Réalisateur : Christian Rivers

Avec : Hera Hilmar, Robert Sheehan, Hugo Weaving, ...

Genre : Science-fiction, Aventure, Action

Durée : 2h08

Nationalité : Américain, Néo-Zélandais

Sortie : 12 décembre 2018

Résumé : Des centaines d’années après qu’un événement apocalyptique a détruit la Terre, l’humanité s’est adaptée pour survivre en trouvant un nouveau mode de vie. Ainsi, de gigantesques villes mobiles errent sur Terre prenant sans pitié le pouvoir sur d’autres villes mobiles plus petites.
Tom Natsworthy - originaire du niveau inférieur de la grande ville mobile de Londres – se bat pour sa propre survie après sa mauvaise rencontre avec la dangereuse fugitive Hester Shaw. Deux personnages que tout oppose, qui n’étaient pas destinés à se croiser, vont alors former une alliance hors du commun, destinée à bouleverser le futur.

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Avec un titre qui en impose et une bande annonce qui nous fait les yeux doux depuis un bon moment, Mortal Engines avait tout du blockbuster à succès, idéal pour clôturer 2018 en beauté. Il était surtout annoncé comme le film qui signerait le retour en grande pompe de Peter Jackson. Le papa des trilogies du Seigneur des Anneaux et du Hobbit s’attaque cette fois-ci à une œuvre issue de la littérature jeunesse, un style de film qui n’a plus vraiment le vent en poupe. Et pourtant, il y a déjà un hic dans cette histoire, une ambiguïté que le film cultive : la paternité de ce long-métrage. Pour un grand nombre d’entre nous, des images pareilles ne peuvent être que l’œuvre du cinéaste néo-zélandais, X fois oscarisé et qui à travers ses trilogies citées plus haut nous a fait découvrir les paysages exceptionnels d’une île au bout du monde. Sauf qu’il y a erreur sur la marchandise. Si ce dernier est bien impliqué dans le projet, il n’en est pas le réalisateur, ce qui fait une grande différence.

Pris dans le jeu de la communication et de la beauté des images de la BA, beaucoup se seront fait duper par l’expression cache-misère des communicants, le fameux « Par les réalisateurs de … ; produit par…. ». Beaucoup se seront fait duper, mais ne soyons pas mauvaise langue, si Peter Jackson n’est pas à la réalisation de ce long-métrage de 2h, il reste fidèle au travail auquel ce dernier nous a habitués. Et pour cause : le réalisateur, dont c’est le premier film, n’est autre que le responsable story-board des précédents films du cinéaste, avec en plus de ça la même équipe de scénaristes auxquels il fait toujours appel (Fran Walsh, Philippa Boyens) et qui sont à l’origine du succès de ses films. Tout était là pour nous en mettre plein les yeux. Et pourtant, ce ne fut pas tout à fait le cas.

A l’origine du projet, il y a une saga littéraire (comme toujours) appelée « Le Quatuor des moteurs mortels », une tétralogie écrite par l’auteur britannique Philip Reeves, dont « Mécaniques fatales » est le premier livre. L’intrigue du film prend place dans un futur lointain, post-apocalyptique où, suite à une guerre nucléaire appelée la guerre des 60 minutes, ce qui reste de l’humanité s’est regroupé et a fondé de gigantesques villes mobiles se livrant une lutte sans merci pour survivre. Les adeptes de la traction prônent le darwinisme urbain, leur but est d’absorber les petites villes pour s’accaparer leur matière première et alimenter leur moteur. Après l’absorption de sa ville, Hester Shaw tente de venger la mort de sa défunte mère en assassinant le bras droit du maire et le chef de la guilde des historiens de Londres : Thaddeus Valentine. Malheureusement pour la jeune fille, l’intervention de Tom Natsworthy, un apprenti historien, fait échouer sa tentative. Les deux jeunes gens que tout oppose se retrouvent livrés à eux-mêmes hors des murs de la ville de Londres et doivent s’allier pour contrecarrer une menace grandissante qui menace les convictions de la ligue des anti-tractions.

Après ce résumé assez approximatif du film, revenons sur la composition de l’équipe technique. La machine Peter Jackson est avant tout une équipe de scénaristes et une direction artistique dont Christopher River est l’un des plus fidèles lieutenants. A l’origine, il est le responsable de la direction artistique et des story-boards des productions de Jackson et a diversifié ses rôles dans les précédents films des cinéastes, notamment dans la direction d’équipe. Sa nomination au poste de réalisateur n’est pas volée. Nous avons donc une équipe de choc pour porter un projet ambitieux et ça se sent.

Mortal Engines est visuellement très divertissant, il y a un véritable travail d’orfèvre sur l’aspect technique de ce film. Certains plans sont juste magnifiques, voire inédits, on sent l’implication du réalisateur sur le visuel du film, sa patte de story-board, celle d’un créatif. Le film tourne autour d’un univers post-apocalyptique aux accents dystopiques, fortement inspiré d’une branche du steampunk. Les villes, l’une des plus puissantes et des plus craintes étant notre bonne vieille capitale britannique, sont désormais montées sur d’énormes chenilles et parcourent le monde. Dans une idéologie de survie, celle des tractionistes, Londres traque les plus petites villes et les avale pour récupérer de quoi entretenir son mode de vie, et particulièrement son moteur qui lui permet d’être mobile.

Cela nous donne droit à une mise en scène de folie, avec des décors ingénieux présentant des villes imposantes basées sur l’idée de l’horizontalité, sous forme de tanks géants, comme Londres ou d’autre plus petites qui miment à la perfection cette idée de repli sur soi pour fuir. Tout appelle le mouvement, rien n’est fixe ou statique. Un important travail est fait sur les échelles des villes vis-à-vis des personnages, tout est fait pour que les spectateurs prennent la mesure de l’architecture gargantuesque de Londres grâce à des mouvements de caméra aérienne, ou de simples traces du passage des villes dont le sillage impressionne. Dans cette recherche esthétique, Londres incarne un monstre de pierre et d’acier, balèze et imposant avec un effet industriel composé de métal rouillé et de tuyaux apparents.

La mise en scène est cohérente avec le propos du livre, à savoir une vision de notre monde contemporain comme celui du passé, qui doit être protégé et conservé dans les musées. De simples grille-pain deviennent des objets de collection ou de mémoire de l’humanité (Old Tech) avec des clins d’œil à la pop culture assez surprenants, mais pas dénués de sens avec la représentation des divinité américaines qui, je dois l’avouer, m’a bien fait rire. Le film est assez référencé et s’inspire de nombreux films (les films de Miyazaki, Star Wars, Mad Max ou encore Terminator).

Si Mortal Engines brille pour son audace visuelle et sa mise en scène de tonnerre, on ne peut pas en dire autant de son scénario. Un scénario des plus basiques, tout droit inspiré d’un livre à destination de la jeunesse. Comme bien d’autres productions, Jackson, que l’on retrouve à la co-scénarisation, a suivi l’appel des sirènes, qui veut qu’on ne se tracasse pas la tête lorsqu’on adapte du young adult. Fatalement, le film repose sur les classiques du genre : un personnage sans histoire, ici Tom Natsworthy, entraîné par une rebelle, Hester Shaw, dans un délire qui le dépasse mais qui va lui permettre de se découvrir une âme de rebelle face à un système dont il voit les failles. Et bien sûr, une romance pointera le bout de son nez. Je vais vous paraître cynique mais ce genre d’intrigue, on en a bouffé depuis Twilight et on commence doucement à s’en lasser. Le problème n’est pas de reprendre les bases du young adult (cce serait bête car tous les genres reposent sur un postulat vu et revu), c’est que le film se repose entièrement dessus et n’apporte rien de neuf. Ce qui est étonnant venant de Peter Jackson et de son équipe, qui nous avaient habitués à des choses beaucoup plus recherchées.

Le récit manque de subtilité et de recherche vis-à-vis du roman d’origine. Il n’est pas nécessaire d’avoir lu le bouquin pour voir le potentiel monstre de cette histoire inexplorée. Il y avait tellement de choses à aborder, à bien développer, que je pense que le film aurait pu être divisé en deux, voire trois films. Les thèmes de la lutte des classes, du cannibalisme, de l’écologie ou encore du transhumanisme sont brièvement évoqués. Mais c’est principalement le concept des villes mobiles avec l’idéologie du darwinisme urbain qui est bien développé avec une ville de Londres présentée en grande dévoreuse. On pourrait y voir une métaphore de l’urbanisation à outrance des grandes villes modernes contemporaines qui ne cessent de s’étendre et de grignoter les communes voisines, aspirant leur énergie et modifiant leur environnement sans qu’on ne puisse s’opposer à elles. Il y a des images fortes qui renvoient à des moments clés de notre Histoire (le marché aux esclaves, les camps de concentration, etc.).

La représentation des habitants de Londres m’a posé problème. Le film n’a pas le temps d’interroger cette masse d’individus, qui m’a beaucoup fait penser à la population de Panem dans Hunger Games dans son engouement pour la traque des villes et le spectacle qu’il procure à tous. C’est d’ailleurs un problème récurrent dans le film : ce dernier ne prend pas le temps de se poser et de contempler les lieux qu’il traverse, de développer un thème ou même de présenter efficacement un personnage pour donner du poids et de l’attachement à cet univers.

D’ailleurs, pour ce qui est de pratiquement tous les personnages, seule Hester, interprétée par Hera Hilmar, tient réellement la route et est suffisamment développée pour que l’on s’attache un tant soit peu à elle. Hester Shaw est une rebelle déterminée et forte.  L’actrice a une vraie présence à l’écran et un jeu convaincant, avec cette cicatrice qui n’altère en rien son joli visage. Au lieu d’atténuer ce trait, le film lui offre toute sa place, ce qui lui donne un vrai caractère de dure à cuir, contrairement à son camarade de route. Pour ce qui est de Tom, l’apprenti historien, joué par Robert Sheehan, il est un peu voire beaucoup moins bien loti qu’Hester. Certes il est très mignon (bon, je crois que vous avez compris, j’ai eu un crush pour ce bel Apollon), mais son rôle dans cette histoire est oubliable. C’est plus un boulet pour l’héroïne qu’un soutien efficace. Ses origines, ses rêves et sa quête sont évoqués mais sans plus. Tom est un peu à notre image : un spectateur passif face à l’action qui découvre en même temps que nous la complexité relative des enjeux autour de Londres.

Entre les deux personnages on sait qu’il va y avoir des sentiments plus qu’amicaux, mais ceci n’est jamais montré efficacement en montrant l’évolution de cette attirance grandissante ainsi que la confiance et l’attachement qui s’instaurent entre eux. Résultat : la seconde partie du film manque de crédit. Autres personnages à suivre : Strike, dont l’histoire est tout simplement bouleversante. Son design est particulièrement réussi avec ses yeux verts qui luisent dans l’obscurité et son corps métallique recouvert d’un trench, reflétant la complexité et le charisme du personnage.

Malheureusement, le travail apporté sur les autres personnages et leurs motivations dans le déroulement de l’intrigue pose problème. Beaucoup n’ont aucune utilité ou sont de simples personnages-fonction. Sans oublier les antagonistes qui n’ont aucun crédit et dont les motivations restent floues. En ce qui concerne Valentine, joué par Hugo Weaving, on n’est pas loin du cliché du méchant qui désire devenir le maître du monde. Il n’y a aucune ambiguïté, aucune recherche, c’est le méchant, point à la ligne.

En conclusion, Mortal Engines a beau jouir de l’aura de la renommée de Peter Jackson et de l’expérience d’une équipe technique de qualité, il ne réussit pas à nous embarquer totalement dans l’histoire de Phillip Reeves. Pourtant, il y avait un bon matériau avec un univers riche, très riche, des thèmes, enjeux intéressants et un concept et une idéologie (le darwinisme urbain) intrigants. Si l’aspect visuel du film est bluffant, le scénario laisse à désirer et tombe dans la facilité. Je ne conseillerais ce film qu’aux gens qui veulent juste un bon divertissement et en avoir plein les yeux. Les autres, passez votre chemin au risque de vous endormir.

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Hello !!! Moi c’est Greycie alias Satshy. Comme la plupart de mes camarades, je n’ai pas reçu non plus de lettre pour Poudlard mais les Vacances au Camps des sangs-mêlés dans le bungalow d’Athéna me semblaient plus attrayantes ^^
Enfant des années 90, née sous le signe du taureau et du mouton (calendrier lunaire), je suis du genre déterminée et espiègle. Etudiante en Master cinéma, je me définis comme une enthousiaste. Dès que j’ai une passion, je m’y livre à fond (cheval, cuisine, manga, Japon, voyage, danse classique, etc.), tout y passe depuis deux décennies. Je suis donc une touche à tout mais la passion qui accapare tout mon temps actuellement (et pour longtemps), c’est la littérature. Romance, fantasy, BD, contemporain, manga, historique, science-fiction, … Je lis, que dis-je, dévore de tout ; avec une nette préférence pour le genre dystopie et le young adult. Couplé avec le cinéma, c’est le combo gagnant pour s’évader vers d’autres horizons.
Mes bouquins préférés sont la saga « Percy Jackson » avec les « Héros de l’Olympe » de Rick Riordan ainsi que « Orgueil & préjugés » de Jane Austen. Côté séries, ce sont Once Upon a Time et Outlander et pour le 7ème art la Saga Star Wars et l’adaptation encore une fois de Orgueil et préjugés de 2005.
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