Spider-Man New Generation : Le comic book movie ultime ?

17/01/2019

Titre : Spider-Man New Generation

Réalisateur : Peter Ramsey, Bob Persichetti et Rodney Rothman

Avec : Shameik Moore, Jake Johnson, Hailee Steinfeld, Mahershala Ali, Chris Pine, ...

Genre : Film de super-héros d'animation

Durée : 1h57

Nationalité : USA

Sortie : Décembre 2018

Résumé : Quand le jeune Miles Morales se fait mordre par une araignée, il va devoir assumer ses pouvoirs et sa responsabilité de nouveau Spider-Man.

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L’une des remarques les plus répétées par rapport au cinéma actuel est la saturation des films de super-héros sur grand écran. Si cette affirmation est exagérée (d’autres genres sont bien plus présents dans la distribution mondiale), elle relève d’un trop plein de certains spectateurs face à une production qui s’avère redondante aussi bien dans ses histoires que dans sa mise en scène. Face à des « Ant-Man et la Guêpe », des « Thor : le monde des ténèbres » et autres « Venom », certains ont décidé de mettre dans le même panier tout film de super-héros. C’est pourtant dommageable face à des propositions différentes, tel un « Logan » profitant de sa classification R pour se transformer en pur western parlant de la destruction d’un rêve américain. Mais si l’on ajoute à cela le dédain également exprimé envers le cinéma d’animation, les retours financiers assez moyens de ce « Spider-Man New Generation » sont, d’un certain point de vue, compréhensibles au niveau marketing. Et pourtant, on tient ici le film qui a appréhendé le mieux le support qu’il adapte, aussi bien dans sa narration que dans sa mise en scène.

La première chose qui nous frappe est l’inventivité permanente de la réalisation. Là où certains films du genre se contentent de filmer l’action sans recherche artistique, « New Generation » profite de la liberté de capacité de l’animation pour se transformer en véritable comic book vivant. Là où Ang Lee a échoué par des transitions ayant mal vieilli, Peter Ramsey, Bob Persichetti et Rodney Rothman offrent une sensation de cases animées tout en évitant la rigidité que certains « auteurs » aiment appliquer en croyant faire de même. Difficile de passer à côté de toute la stylisation visuelle prenante, jouant jusqu’à l’arrière-plan de son statut dessiné pour mieux faire ressortir un dynamisme de tout instant. Chaque plan dégage un amour sincère pour le genre, jusqu’au moindre détail apparent. Rien que cet aspect s’avère important dans le film : l’aspect dessiné est loin d’être une limitation, bien au contraire. C’est un point essentiel, surtout au vu du dédain envers le cinéma d’animation et le genre comic-book. En une forme de clin d’œil extra diégétique, un méchant se moque d’un personnage en insultant son statut de cartoon, ce qui conduira à une réponse aussi réjouissante qu’expressive.

Mais il n’y a pas que visuellement que « New Generation » a su appréhender la nature de sa source mais également narrativement. On oublie ainsi régulièrement l’importance de la pop culture dans notre construction sociale, comme déjà abordé précédemment dans notre analyse de Ready Player One. Nous cherchons tous des modèles idéologiques, des personnages auxquels nous raccrocher en espérant un jour leur ressembler. De ce point de vue, le personnage de Spider-Man, de manière générale, est pertinent dans cette analyse. Ce qui nous rattache à ce héros est l’importance de son quotidien dans ses aventures, le raccrochant dans une réalité reconnaissable. Nous ne pouvons certes pas tisser des toiles entre des buildings mais on peut comprendre la personne esseulée face à ses obligations dans son travail, ses études et ses relations sociales.

La mise en avant de Miles Morales devient alors des plus pertinentes. Nous connaissons Peter Parker, que ce soit par les comics ou ses itérations cinématographiques précédentes, mais le grand public est moins connaisseur de son successeur. Celui-ci, fils d’un policier noir et d’une infirmière hispanique, devient le symbole principal de l’universalité du statut de Spider-Man, tel qu’appuyé par ses formes d’autres dimensions. TOUT LE MONDE PEUT-ÊTRE SPIDER-MAN CAR TOUT LE MONDE PEUT DEVENIR UN HÉROS. Les pouvoirs sont futiles tant que l’action, le cœur, la volonté est présente d’agir pour le bien d’autrui. Miles en est symbolique : il est un adolescent, perdu dans une nouvelle école loin de ceux qui comptent pour lui et aimerait pouvoir créer tout en vivant une scolarité appuyée. Il va devoir trouver sa place dans cet établissement, comme dans cette société en tant que nouveau Spider-Man.

Il y a ainsi une véritable passation dans ce film, un partage de flambeau avec un mentor pourtant peu compétent dans le domaine. S’il comprend les doutes de Miles, Peter n’arrive pas à être à la hauteur de son symbole tant son quotidien part à vau-l’eau. En acceptant de devenir un père symbolique, il va devoir accepter de transmettre à une nouvelle génération tiraillée ses tourments mais aussi des leçons que lui-même aurait espéré recevoir plus en détail de son propre père symbolique. La figure paternelle est importante dans le récit, tissant une dramaturgie familiale prégnante qui risque de tirer des larmes à certains, tout en s’inscrivant dans une nouvelle mythologie : celle de Miles, héros qui va devoir faire du costume de Spider-Man le sien pour devenir qui il est.

En cela, l’aspect méta du récit s’inscrit avec logique dans la narration. Les producteurs, Phil Lord et Chris Miller, avaient su tirer de ce point quelque chose de précieux dans leur « Grande aventure Lego » : une soif de construire, de transcender les mythologies préexistantes pour mieux se découvrir soi-même. Cela sous-tend de nouveau dans ce « New Generation », d’une manière pourtant plus douce qu’au premier abord. La « confrontation » entre différentes représentations du héros arachnéen rappelle « Les cinq légendes », qu’avait réalisé Peter Ramsey. Les deux films partagent cette rencontre d’un jeune homme avec des figures mythologiques importantes afin de se rendre compte de son importance et de sa propre mythologie qu’il se doit de construire. Il y a donc une véritable profondeur psychologique par des lectures retravaillant la structure du monomythe de Campbell tout en interrogeant, comme le fameux professeur américain, leur importance dans la construction sociale et individuelle.

Le traitement du comic book relève de cette logique tant sa figure est filmée avec un amour franc du genre. Ici, le comic détient également un traitement d’objet passeur, de transmetteur de mythe permettant à certains de devenir soi-même. Même d’un point de vue extra diégétique, la référenciation au genre fonctionne. Il suffit ainsi de comparer la manière dont est géré le caméo de Stan Lee. Dans la plupart des productions Marvel, son apparition marque une pause forcée faisant sortir du film, celui-ci criant à haute voix « regardez, ceci est le caméo de Stan Lee ». Ici, en incarnant le vendeur du costume de Miles, il détient également un rôle de transmetteur de flambeau : « The suit fits… eventually », déclare-t-il avec malice, mots sages qui annoncent qu’il faudra du temps à Miles, non pas pour s’adapter au costume, mais à ce dernier de s’incarner à notre héros.

Aussi hilarant que tragique, aussi intime que spectaculaire, aussi touchant qu’époustouflant, « Spider-Man New Generation » s’inscrit directement comme l’un des meilleurs films super-héroïques depuis leur apparition au cinéma ainsi qu’une des merveilles les plus éblouissantes du cinéma d’animation. Quand des créateurs aussi fous et talentueux unissent leurs talents de manière homogène pour rendre hommage à un format, le comic-book, aussi malmené au cinéma, cela donne une véritable œuvre d’art pop culturelle, un film qui donne envie de relire et revoir les aventures de Spider-Man mais surtout de devenir soi-même un super-héros. Un long-métrage aussi solaire est d’une préciosité et d’une rareté qu’il faut chérir, surtout quand on croit son genre essoré et proche de la mort, surtout au vu de ses nombreux messages et ses thèmes abordés avec la subtilité d’un crayon sur un morceau de papier. Soyons des héros, chers lecteurs et lectrices, soyons nous.

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Amoureux du cinéma, je suis belge, pas drôle et végétarien (dans cet ordre ^^). Le septième art est ma grande passion et j’adore parler films, qu’importe leurs styles.
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