The Punisher : une saison 2 en dents de scie (spoilers)

31/01/2019

Titre : The Punisher

Créée par : Steve Lightfoot

Avec : Jon Bernthal, Ben Barnes, Amber Rose Revah, Josh Stewart, Giorgia Wigham, Floriana Lima, ...

Format : 53 minutes

Diffusion : Netflix

Genre : Drame, action, aventure

Résumé : Le répit fut de courte durée pour Frank Castle. En effet, le Punisher se retrouve mêlé à de nouvelles vendettas en tentant de venir en aide à une jeune personne. Pendant ce temps, Billy Russo, l’ancien frère d’arme de Frank, commence à guérir de ses blessures...

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La première saison du Punisher nous avait embarqués dans une histoire pour le moins rocambolesque où vengeance, soif de justice et trahison nous maintenaient en haleine tout au long des 13 épisodes. Frank Castle, ce personnage tout droit issu de l’univers Marvel, était brillamment porté à l’écran par Jon Bernthal et à un scénario mené tambours battants, malgré quelques faiblesses, s’ajoutaient des scènes de combats explosives. En somme, une très bonne première saison qui laissait augurer du meilleur pour la suite. Seulement voilà, les attentes étaient grandes et si la seconde saison fut intéressante, la dynamique ne semblait plus toujours au rendez-vous.

Alors comment expliquer une telle perte de vitesse et de profondeur ? L’on pourrait réduire les faiblesses de cette saison à deux points : d’une part, on se retrouve face à un réelle fragilité du scénario qui peine à mener de front et dans un format inadapté deux intrigues et à perpétuer l’essence du comics dont il est tiré. D’autre part, cette deuxième saison offre un traitement si léger et si peu convaincant des personnages qu’il devient difficile de la prendre au sérieux. Netflix semble avoir abandonné l’idée de maintenir son justicier dans ses priorités et avoir plutôt envie de tourner la page, vite.

The Punisher saison 2 commence avec un Frank Castle ensanglanté. Jusque-là, rien de nouveau sous le soleil, on ne pensait pas vraiment qu’il se tiendrait loin des ennuis. Mais voilà que la trame bifurque et nous offre un flash-back censé nous expliquer comment nous en sommes arrivés là. L’idée est bienvenue, et voilà que l’on essaie de nous faire croire que Frank Castle avait choisi la vie de baroudeur, qu’il était tombé par hasard dans un bar où une charmante barmaid et professeure de piano et de guitare parvint à faire vaciller son cœur. Mais bon, tout se passe bien pour Castle, il prend du temps pour lui, mais on comprend bien vite que l’action lui manque. C’est donc sans surprise que le premier prétexte à un retour tonitruant dans le monde de la violence et de l’action apparaît sous les traits d’une adolescente poursuivie par une mystérieuse organisation menée par un prêtre qui manie le silencieux comme personne. On sent immédiatement la tournure que vont prendre les événements et cette prévisibilité est une autre faiblesse.

En parallèle, Billy Russo, le faux frère qui a tué la famille de Frank Castle avant de finir complètement défiguré (du moins le pensait-on), tente de retrouver la mémoire alors que l’agent Madani, qui ne le lâche pas d’une semelle, est loin d’être convaincue par son jeu d’acteur. Et parlons-en de ce Billy Russo, alias Jigsaw (« le Puzzle »). Dans le season finale de la saison précédente, il finissait le visage lacéré contre un miroir brisé. Si dans d’autres adaptations, ce terrible sort lui a valu d’être complètement défiguré, ici il n’en est point question : Billy Jigsaw Russo s’en tire avec quelques cicatrices, loin du visage censé être aussi ravagé que son âme, ainsi que l’aurait souhaité Frank Castle. Et c’est là aussi une des faiblesses de cette saison : pourquoi continuer à tabler sur la beauté d’un personnage quand tout l’intérêt de son caractère se trouve à l’opposé de cette perfection physique que les scénaristes n’ont pas eu l’air de vouloir esquinter ? C’est bien dommage, car il devient très difficile d’accorder une quelconque substance à la quête d’identité que poursuit ce personnage. Si sa perte de mémoire a de son importance dans ce processus, cette brusque et violente transformation physique est tout autant primordiale et aurait donné une profondeur particulière au personnage, si elle avait été beaucoup plus marquée. Or, en se contentant de garder Billy Russo tel qu’il était avant, il devient difficile pour le téléspectateur de partager et sentir cette douleur qu’est censé vivre le personnage, et ce malgré le très bon jeu d’acteur de Ben Barnes.

Comment ne pas se sentir floué lorsque Billy enlève dramatiquement son masque et que l’on voit, à la place d’horribles cicatrices, ceci :

Alors que nous l’avions laissé le visage complètement ravagé par les éclats tranchants d’un miroir brisé :

Et Frank Castle lui susurrant à l’oreille « Lorsque tu regarderas ton visage horrible et mutilé, tu te souviendras de ce que tu as fait. » Pas sûr que ce soit le cas…

En outre, malgré le désir de mener de front deux intrigues (celle de Billy Russo et celle d’Amy, la jeune fille sauvée par Castle), le résultat est loin de l’histoire haletante à laquelle on aurait pu s’attendre et s’approche plus d’un maladroit enchevêtrement d’événements cherchant à jouer sur les mêmes codes : Castle, devenu un homme brisé, trouve en la jeune fille Amy une raison de se remettre à poursuivre de nouveau une quête vengeresse. Et pas des moindres : les ennemis sont toujours plus nombreux et, à leur tête, se trouve une figure intrigante maniant les armes à feu avec une dextérité déconcertante. Ce prêtre, que la série dépeint comme un être sombre et mystérieux au passé tout aussi sombre et douloureux, devient l’ennemi rêvé. Ce qui permet à la série de reposer toujours la même question : Frank Castle peut-il vivre sans tuer ?

Par ailleurs, si la dynamique entre Frank et Amy est touchante (même si elle nous rappelle beaucoup des œuvres comme Leon, Equalizer ou encore les sagas Taken), elle est balayée par l’histoire de Russo qui s’invite entre ces moments. La trajectoire de Billy Russo finit par lasser (malgré la consistance du jeu d’acteur de Ben Barnes), les mystères entourant ses intentions ne nous intéressent plus et viennent gêner l’autre trajectoire, celle d’Amy et des sbires à ses trousses. Et là encore, on finit par se lasser. Pourtant, les scènes de combat sont plus que convaincantes, l’on se surprend à retenir son souffle ou à détourner les yeux (âmes sensibles toujours s’abstenir) devant tant de violence. On serait même prêts à pardonner la puissance surhumaine de Frank Castle qui se relève toujours tel le héros qu’il est : nous n’oublions pas que nous sommes chez Marvel.

Mais voilà, on ne peut s’empêcher de quitter la série avec un sentiment d’inachevé, comme si Netflix n’avait pas envie de s’appesantir avec The Punisher puisqu’ils ne comptent plus rien en faire, au même titre que toutes les autres séries Marvel de la plateforme ont fini par être annulées. Et rien de bien étonnant à cela, au final, lorsque l’on sait que les studios Disney s’associent à Marvel pour lancer leur propre plateforme de streaming. Mais ce n’était certainement pas une raison suffisante pour sous-traiter à ce point une saison qui avait toutes les chances de son côté. Malgré tout, cette saison de The Punisher reste divertissante, sans voler bien haut. Elle pose aussi (et surtout) la question de ce format quasi obsolète de 13 épisodes où l’intrigue finit par tirer en longueur. De même, la série aurait gagné à assumer de s’éloigner d’une morale simpliste jouant sur une prétendue dualité du personnage torturé tuant pour sauver son prochain.

Quoi qu’il en soit, le partenariat entre le géant de la SVoD Netflix et Marvel touche définitivement à sa fin.

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94s kid. Je vis d’art, d’astres et d’eau fraîche. Je suis, semble-t-il, attachée à la littérature, aux séries et aux langues (entre autres choses tout aussi folles). Je combats les caprices des mots sur le champ des idées coincées sur la langue. Je peux faire d’une série un long film de quatorze heures et la traduction, c’est sacré !
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