Délit de gosse - Un roman qui sonne creux

28/02/2019

Titre : Délit de gosse

Auteur : Isabel Ascencio

Editions : Le Rouergue

Prix : 19,80€

Parution : 2 janvier 2019

Nombre de pages : 220 pages

Genre : Littérature contemporaine

Résumé : C’est un scénario rocambolesque qu’elle a monté, Jeanne. Car depuis qu’elle veut un enfant avec Marie, elle n’imagine pas d’autre conception que la traditionnelle. Pas question d’envisager un aller-retour dans une clinique catalane ou toute procédure artisanale qui prétendrait se passer de copulation. Le lieu et la date ont été fixés : le mariage de son petit frère, en août, dans le parc du grand manoir familial en Périgord. L’intrigue, les personnages, le décor, même les costumes, tout a fait l’objet d’un réglage minutieux, des mois à l’avance. Un parfait braquage de gamètes. Directement dans la gueule du loup.

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Deux femmes, un mariage, un braquage. Elle a tout prévu, tout planifié : elle dérobera un trésor tant convoité pendant cette journée, au milieu de sa propre famille. Le trésor n’est cependant pas traditionnel.

Depuis sa rencontre avec Marie, la vie de Jeanne s’est illuminée : elle décide de changer son identité, son nom, de rompre avec ses origines bourgeoises, bien pensantes, fermées d’esprit. Toutefois, une chose lui manque dans cet horizon féerique. Une chose indispensable pour remplir pleinement sa vie : un enfant.

Et, bien que Jeanne diffère des principes transmis par sa famille, elle est aussi déterminée qu’elle. Elle aura cet enfant, avec la femme qu’elle aime, et de façon naturelle. Pour cela, elle élabore un plan finement pensé : reconquérir son ancien prétendant et repartir avec ses gamètes. Et quoi de mieux que le mariage de son frère pour cela ?

Jeanne, Marie et leur ami Malo se rendent donc à la noce, avec cet objectif précis en tête. On assiste alors à l’affrontement de deux mondes : la traditionnelle et vieille bourgeoisie contre la jeunesse moderne et sans limite. Cette peinture sociale est finement mise en scène par l’autrice : la grandiloquence d’un monde contre la transparence de l’autre. Et une héroïne qui tangue tantôt vers l’un, tantôt vers l’autre.

Car, pour mettre son plan à exécution, Jeanne revêt les mêmes travers que sa famille : une apparence soignée, une petite amie cachée, présente mais absente des photos de la noce, un compagnon de route discret…

L’ensemble du roman est écrit du point de vue de Marie, la femme de l’ombre, et pourtant c’est Jeanne qui est au centre de toutes les attentions. Elle est l’héroïne de l’histoire. Et l’intériorité, les pensées, les désirs de l’être aimé, de l’être aimant sont complètement effacées. Qui est Marie ?

Par amour sans doute, elle répond à chaque envie de Jeanne, dresse son portrait par petites touches, de sa rencontre avec elle à la noce de son frère… Mais que veut-elle vraiment ? Cet enfant tant voulu par Jeanne, le souhaite-t-elle aussi ? Toutes ces questions ne trouveront pas de réponse ferme, et se perdront dans les méandres d’un récit traînant en longueur, concentré uniquement sur un portrait social lourd et perturbant.

 

Un roman dense, mais creux, sur le désir d’enfant, sur l’amour égoïste d’une femme, sur la transparence d’une autre. L’idée de base est originale, sa réalisation est lente et on est agacé par le manque de considération de la narratrice qui aurait pu – aurait dû ? – être le personnage principal de l’histoire.

Merci aux éditions du Rouergue pour cette découverte qui reste, malgré tout, une belle tentative d’originalité dans le traitement d’un sujet terriblement actuel.

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Chroniqueuse littéraire, je suis tombée dans la marmite de livres étant petite. Libraire dans l’âme, attachée de presse dans la vraie vie, je m’attache à transmettre le grand secret de la vie éternelle : la lecture (et la pierre philosophale pour les plus chanceux) !
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