Frères ennemis : un polar tendu

09/02/2019

Titre : Frères ennemis

Réalisateur : David Oelhoffen

Avec : Reda Kateb, Matthias Schoenaerts, Adel Bencherif, Sabrina Ouazani, ...

Genre : Polar, Drame

Durée : 1h51

Nationalité : France

Sortie : 3 octobre 2018

Résumé : Manuel et Driss ont grandi comme deux frères inséparables dans la même cité. Mais aujourd’hui tout les oppose. Manuel est à la tête d’un trafic de drogue, alors que Driss est devenu flic. Quand celui-ci est promu aux Stups, son retour bouleverse les équilibres et met Manuel en danger.

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La figure policière dans le cinéma français aura connu des détours assez nombreux, notamment par la personnalité des metteurs en scène la représentant. On pense ainsi à Pierre Salvadori et Quentin Dupieux qui ont, avec respectivement « En liberté ! » et « Au poste ! », détourné ces figures pour y apposer leurs thématiques formelles et narratives personnelles. Au vu d’une opposition facile dans l’actualité entre gendarmes et habitants de cité, on peut trouver intéressant la manière dont David Oelhoffen a abordé ce sujet dans son troisième long-métrage, « Frères ennemis ».

En représentant une dualité entre deux amis d’enfance ayant grandi dans le même milieu, Oelhoffen amorce une tragédie quotidienne due au rejet envers la population de certains quartiers. Le scénariste de « Sauver ou périr » parle d’un cycle destructeur au manichéisme de façade et perpétué par des agents sociaux bien trop influents pour espérer le briser rapidement. Il filme ces microcosmes policiers et urbains avec un rapport à la violence assez intéressant dans ce qu’elle ne semble jamais pouvoir être arrêtée, autant que les préjugés derrière leurs résidents respectifs.

C’est pour cela que le grand avantage du film est son casting, en particulier ses rôles principaux, incarnés par Reda Kateb et Matthias Schoenaerts. Chacun illustre les difficultés de ce quotidien avec assez de nuances pour faire sortir leurs protagonistes des carcans habituels de la production. Il y a une puissance tragique qui se dégage de leurs interprétations, inscrivant ces « héros » dans une dramaturgie amère par leur impuissance à briser le mécanisme de fonctionnement entre leurs situations respectives. Driss, incarné par Kateb, est symbolique de cette forme intense de préjugés qui affecte sa vie, ayant grandi dans le trafic au point de devoir à cette jeunesse sa présence dans la brigade des Stups et vu comme un paria dans le milieu qui l’a vu devenir un homme.

Oelhoffen suit son intrigue, par instants convenue, avec une mise en scène qui n’ignore jamais la brutalité inhérente à ce qu’il raconte. La drogue et son trafic en sont le cœur, imposés à certains pour espérer pouvoir survivre au quotidien, quitte à finir tué par ce qui les maintient en vie. L’amertume s’impose alors durant le visionnage, obligeant le spectateur à faire face au bouillonnement au cœur de son récit et assistant impuissant à une explosion à laquelle l’on n’aimerait guère assister. La caméra portée pourra en rebuter certains lors de quelques séquences mais elle s’avère logique dans sa manière de filmer la crainte de ses personnages par rapport à leur quotidien et leur rapport à leur milieu.

« Frères ennemis » s’avère donc un polar solide, sentant par instants le déjà vu, mais passionnant dans le rapport humain qu’il finit par brosser par deux figures souvent représentées comme des archétypes sans âme dans le milieu du polar. Reda Kateb et Matthias Schoenaerts y trouvent chacun un rôle correspondant à leur charisme et leur puissance de jeu, aussi âpre et brutal que ce bon drame policier.

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Amoureux du cinéma, je suis belge, pas drôle et végétarien (dans cet ordre ^^). Le septième art est ma grande passion et j’adore parler films, qu’importe leurs styles.
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