La femme qui ne vieillissait pas : un hymne au temps qui passe

23/02/2019

Titre : La femme qui ne vieillissait pas

Auteur : Grégoire Delacourt

Editions : Le livre de Poche

Prix : 7,40€

Parution : 30 janvier 2019

Nombre de pages : 224 pages

Genre : Littérature contemporaine

Résumé : « À quarante-sept ans, je n’avais toujours aucune ride du lion, du front, aucune patte d’oie ni ride du sillon nasogénien, d’amertume ou du décolleté ; aucun cheveu blanc, aucun cerne ; j’avais trente ans, désespérément. »
Il y a celle qui ne vieillira pas, car elle a été emportée trop tôt. Celle qui prend de l’âge sans s’en soucier, parce qu’elle a d’autres problèmes. Celle qui cherche à paraître plus jeune pour garder son mari, et qui finit par tout perdre. Et il y a Betty. Ce qui est arrivé à Betty est le rêve de toutes les femmes. Et pourtant.

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Qu’on soit homme ou femme, c’est l’une des plus grandes préoccupations de notre époque : vieillir. Une préoccupation renforcée dans une société tournée vers l’image, vers le jugement présent dans le regard de l’autre face à notre nature, à nos comportements.

Dans cette fable qui frôle le fantastique, Grégoire Delacourt pointe du doigt cette réalité cruelle que nous nous infligeons : lutter contre le temps qui passe. Pour cela, il imagine une héroïne frappée par une fatalité : celle de la jeunesse. Raconté à la manière d’un conte, le récit présente les trois parties marquantes de la vie de Martine : un à trente-cinq, trente à trente, et soixante-trois.

Pas à pas, elle nous raconte son enfance, son entrée dans la vie d’adulte, ses rencontres et sa vieillesse. Une vie peu originale en soi, à l’exception près que le temps ne semble pas avoir d’emprise sur son corps. L’esprit de Betty suit son chemin, se nourrit des expériences et des rencontres qu’elle fait, mais sa peau ne prend pas une ride. Seuls ses yeux fatigués semblent avoir besoin d’un soutien : signe que le temps a bel et bien une emprise sur le regard de cette femme sur le monde.

A trente ans, le corps de Betty se fige. Commence alors une lente descente de cette héroïne déchue vers la solitude. Chaque événement de sa vie est désormais marqué par un âge : trente ans – entre parenthèses quarante, puis cinquante, puis soixante-trois – mais toujours trente aux yeux du monde. Prise en photo à plusieurs années d’écart par un ami, la jeune femme ne change pas, les années qui passent sur ses portraits sont indétectables.

Face à ces photographies symboliques, la réalité s’impose violemment : un mari aimant, compatissant, se transforme en un homme vieillissant et terriblement angoissé par le regard de la société sur son couple qu’il préfère détruire ; un fils innocent, grandissant, préfère présenter sa mère comme sa lointaine cousine… L’entourage de Betty est démuni. La différence effraie, on préfère fuir cette jeunesse éternelle que pourtant les cosmétiques et plus largement la société envient.

Parallèlement à une amie inquiète de voir partir son mari en quête de jeunesse auprès d’une autre, Betty se retrouve isolée du monde et de ceux qu’elle aime pour la raison opposée. A travers cette fable poussée à l’extrême, portée par une langue fluide et efficace, l’auteur dénonce une société esthétiquement vide et angoissée, et délivre une véritable ode à la vieillesse.

« La vieillesse est une victoire. »

Tel est le credo de Grégoire Delacourt dans ce conte fantastique, tristement cruel sur le regard d’une société uniquement tournée vers l’image et la jeunesse éternelle. Aux premiers cheveux blancs, aux rides apparentes, crions victoire !

Merci au Livre de Poche pour cette belle découverte.

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Chroniqueuse littéraire, je suis tombée dans la marmite de livres étant petite. Libraire dans l’âme, attachée de presse dans la vraie vie, je m’attache à transmettre le grand secret de la vie éternelle : la lecture (et la pierre philosophale pour les plus chanceux) !
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