Nos vies en l'air, le cri d'une adolescence à la dérive

22/02/2019

Titre : Nos vies en l'air

Auteur : Manon Fargetton

Editions : Rageot

Prix : 15,90€

Parution : 9 janvier 2019

Nombre de pages : 192 pages

Genre : Littérature jeunesse

Résumé : Mina et Océan.  Ces deux-là se rencontrent par hasard ce soir sur le toit-terrasse d’un immeuble. Ils ont choisi le même spot pour en finir.  Ils décident de s’accorder la nuit pour faire, ensemble… tout ce qui leur passe par la tête, en se disant toujours la vérité. Où cela va-t-il les entraîner ?

« Je hausse les sourcils. Il ne comprend rien. Il croit me précipiter vers la mort en m’y confrontant. Alors que c’est vers la vie qu’il me ramène. Vers la pulsation qui bat dans mes veines. Vers les respirations amples et fiévreuses. Et plus le danger est grand, plus je le sens me frôler, plus j’en veux. Ma soudaine bravoure n’est pas une preuve que je suis prête à mourir. C’est une faim qui s’éveille en moi et que je n’avais jamais ressentie jusqu’ici. C’est une envie gigantesque, vertigineuse. »

Un soir, la terrasse d’un immeuble, deux adolescents. Ils se rencontrent aux pieds de la mort qu’ils ont choisi de rejoindre. Leur rencontre est inattendue mais va bousculer leur grand projet, du moins pour une nuit.

Écrit à deux voix, le récit tente d’expliquer un mal qui ronge de nombreux adolescents : le sens de la vie. Tous deux malmenés par l’existence, par le comportement des autres et ses conséquences sur le regard qu’ils ont d’eux-mêmes, Mina et Océan sont deux âmes à la dérive.

Leur voix, leurs pensées sont méfiantes, agressives l’une envers l’autre, mais surtout envers le monde qui les entoure. Ils n’ont plus rien à perdre et se lancent alors le défi de vivre pleinement cette dernière nuit. La mort guette, n’est pas écartée des pensées de l’un et l’autre, mais pour le moment elle attendra.

Manon Fargetton décrit de façon juste, brutale et touchante le cri de douleur de l’adolescence. Écrit pour ce public, la langue est directe, moderne, crue, et reflète magistralement le tumulte intérieur et la rage de ces deux enfants égarés. Ils sont seuls, perdus dans un monde où seule la cruauté des autres semble exister.

Malgré toute la violence qui anime le passé des deux personnages, il n’est pourtant pas abordé froidement ou avec voyeurisme. A la transparence des mots se mêle une certaine subtilité : le lecteur comprend leurs troubles sans qu’ils ne soient dévoilés frontalement. Là réside l’ingéniosité et la délicatesse de l’écriture de Manon Fargetton : faire comprendre les sentiments sans les scander. Une belle réussite !

 

Un roman rythmé, tendre et violent, qui décortique brillamment le mal-être de l’adolescence. Grâce à une écriture simple et juste, l’auteure lève le voile sur un sujet encore tabou mais qui, ainsi mis en scène, saura toucher toutes les générations.

Merci aux éditions Rageot pour cette belle découverte !

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Chroniqueuse littéraire, je suis tombée dans la marmite de livres étant petite. Libraire dans l’âme, attachée de presse dans la vraie vie, je m’attache à transmettre le grand secret de la vie éternelle : la lecture (et la pierre philosophale pour les plus chanceux) !
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