Hansel et Gretel : un écrivain accusé de prôner la pornographie juvénile

25/03/2019

Il y a un an, la publication d’un tome de la saga Les Contes interdits avait attiré les foudres de certains lecteurs. Tant et si bien que son auteur, Yvan Godbout, et son éditeur, Nycolas Doucet, avaient été arrêtés pour production et distribution de pornographie juvénile. Ils ont été relâchés et amenés à comparaître à leur procès le 15 avril prochain.

En cause ? La description sur quelques lignes de l’agression sexuelle d’une petite fille de 9 ans par son père, dans la réécriture du célèbre conte Hansel et Gretel. A la lecture de ce passage qu’elle juge beaucoup trop explicite, une enseignante porte plainte et la Sûreté du Québec ouvre une enquête. La maison d’édition – les éditions AdA – suspend la vente du livre. L’instigateur de la série des Contes interdits, Simon Rousseau, réagit vivement :

« C’est surréaliste. On ouvre la porte à quoi exactement ? Tous ceux qui ont le livre chez eux peuvent être accusés de possession de pornographie juvénile ? »

Un argument repris par Me Véronique Robert :

« Techniquement, selon la lettre de la loi, si M. Godbout est accusé, les gens sont en possession de matériel de pornographie juvénile. Aux yeux de la SQ qui a saisi les livres, c’est déjà le cas. »

L’avocate s’appuie également sur le Code criminel, selon lequel l’intention prime pour déterminer s’il s’agit bien de matériel de pornographie juvénile :

« Tout est dans l’intention. Voulait-il exciter de vieux porcs ou faire peur ? La défense est à même l’article sur le mérite artistique : ça devient une question de bon ou de mauvais goût. Et on ne peut pas criminaliser le mauvais goût. Il y a tellement pire ! C’est impressionnant comme histoire. »

Suite à toute cette polémique, portée devant la justice, la maison d’édition doit retirer tous les exemplaires du marché et les remettre à la SQ…

« … Jusqu’en Europe où j’ai demandé que les exemplaires soient pilonnés. Les inspecteurs vont venir les chercher au fur et à mesure. Si cette affaire va plus loin, ça va vraiment faire jurisprudence. On va bientôt mettre des livres à l’index comme en 1900 ? Tout ça en fonction de la fameuse page 13 du livre, une scène construite pour ensuite faire payer le prix fort au méchant personnage. »

Selon Simon Rousseau, la réaction des opposants à la publication du livre de son confrère Yvan Godbout est non avenue :

« C’est un roman pour adultes. Cette scène est horrible, mais dure quelques lignes. J’ai lu bien pire ! Je pense notamment au Grand cahier [d’Agota Kristof], qui est en lecture obligatoire dans certains cégeps. Ça m’a paru terrible, mais dans la scène décrite par Yvan, la volonté est de montrer aux lecteurs que celui qui a commis cet acte-là est un monstre, un porc qui est solidement puni par la suite. Dans ma tête, je me suis demandé si c’était efficace comme scène d’horreur ou non. Et c’était le cas, on avait le goût de punir le violeur nous-mêmes ! »

Depuis quelques jours, une pétition à l’initiative d’un lecteur circule contre l’arrestation d’Yvan Godbout et de son éditeur. Elle a déjà récolté 6 800 signatures, dont celle de l’auteur Patrick Senécal, très inquiet pour la liberté d’expression des écrivains :

« La ligne est où ? Qui décide de ce qui est publiable ou non ? A partir de quel mot, de quel geste ou de combien de victimes dans la fiction dépasse-t-on la ligne ? C’est intenable comme situation. Mettre un roman sur le même pied qu’un criminel qui consomme du matériel pédophile est aberrant. »

Rendez-vous le 15 avril pour le procès…

Chroniqueuse littéraire, je suis tombée dans la marmite de livres étant petite. Libraire dans l’âme, attachée de presse dans la vraie vie, je m’attache à transmettre le grand secret de la vie éternelle : la lecture (et la pierre philosophale pour les plus chanceux) !
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