Poupée Russe : on ne s'en lasse pas !

09/03/2019

Titre : Russian Doll

Créée par : Natasha Lyonne, Amy Poehler, Leslye Headland

Avec : Natasha Lyonne, Charlie Barnett, Greta Lee, Yul Vasquez, ...

Format : 30 minutes

Diffusion : Netflix

Genre : Comédie dramatique, comédie, Drame

Résumé : Une femme prise au piège d'une mystérieuse boucle revit sans cesse une nuit de fête à l'issue de laquelle elle meurt... avant de se réveiller le lendemain, indemne.

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Imaginez revivre une journée en boucle, et pas particulièrement une excellente journée. Cela peut en désespérer plus d’un. Que diriez-vous alors si, lors de cette même journée que vous vivez en boucle, vous mourez à chaque fois, toujours en boucle, encore et encore. Non seulement vous collectionnez les morts mais en plus, c’est votre anniversaire. C’est ce qui arrive à Nadia Vulvokov, la protagoniste de Russian Doll (Poupée Russe), condamnée à revivre (c’est le cas de le dire) son 36ème anniversaire et à mourir, encore et toujours.

Poupée Russe a fait quasiment l’unanimité auprès des critiques et chacun s’accorde pour dire que la plus grande force de cette série est le personnage principal, Nadia Vulvokov. Il faut dire que Natasha Lyonne interprète ce personnage avec tant d’éclat qu’on en reste perplexe. Mais Natasha Lyonne ne se contente pas simplement de jouer le rôle de Nadia Vulvokov, elle est aussi co-créatrice de la série et a écrit plusieurs épisodes. Cette double casquette lui permet d’interpréter ce rôle d’autant plus personnellement qu’elle en connaît les moindres détails, ce qui lui permet d’en incarner chaque facette avec justesse et minutie. Car le personnage de Nadia se veut certes complexe : elle est exubérante, tout feu tout flamme, solaire, en bref une boule d’énergie que l’on prend plaisir à découvrir à chaque épisode. Mais Nadia est aussi vulnérable, vulgaire si elle le souhaite, mais aussi revêche. Il n’est pas toujours évident de créer et interpréter un tel personnage, si total et entier que le téléspectateur doit pouvoir en palper les contours. Mais Natasha Lyonne y parvient avec une telle insolence et le résultat est là : nous sommes face à un personnage qui crève l’écran et nous donne envie de rester pendant 4 heures (le nombre d’heures que vous passerez probablement d’affilée devant cette série pour la finir).

Mais une série réussie ne saurait reposer uniquement sur un seul personnage, bien qu’extrêmement intéressant. Il lui faut une trame et une intrigue assez uniques et solides pour capter l’attention du téléspectateur. Et ce n’est certainement pas chose aisée. Dans Poupée Russe, il est question de revivre encore et encore la même journée. Ce thème du renouvellement, voire de la perpétuelle renaissance, a été déjà traité de nombreuses fois (on a souvent cité, à titre de comparaison, le film culte des années 1990, Un jour sans fin, où Bill Murray joue le rôle d’un présentateur météo condamné à revivre la même journée et ce jusqu’à comprendre la cause de cet éternel renouvellement). Alors comment Poupée Russe parvient à tirer son épingle du jeu ? Là où la série capte réellement notre attention, c’est à partir de l’épisode 3 et de ce twist assez inattendu lorsque l’on apprend que Nadia Vulvokov n’est pas la seule à être prise dans cette boucle temporelle.


Voilà donc que le mystère s’épaissit et que l’incompréhension totale commence à sérieusement régner, happant par là même notre attention. Nadia n’est pas la seule à connaître la renaissance infinie et un autre personnage vient ainsi s’ajouter à cette équation déjà bien compliquée. Une nouvelle dynamique s’installe donc entre Nadia et un certain Alan (Charlie Barnett), celui qui revit et meurt chaque jour comme elle, et on prend plaisir à voir ces deux être assez opposés essayer de démêler les mystères et de survivre plus d’une journée mais inévitablement se réveiller dans une salle de bain. Recommencer au rythme de Gotta get up pour Nadia qui revit sa soirée d’anniversaire où elle retrouve d’anciennes conquêtes qui évoquent chacune un passé plus difficile qu’il n’y paraît et revivre encore et toujours, pour Alan, une rupture avec la personne qu’il s’apprêtait à demander en mariage.


Alors que veulent nous faire comprendre les scénaristes et quel sens donner à cette boucle temporelle qui semble forcer les deux protagonistes à creuser au plus profond d’eux-mêmes afin d’y réchapper ? La quête de Nadia et Alan se transforme presque en quête initiatique où les deux jeunes gens finissent par se livrer à une introspection sincère voire impitoyable. Le côté mystique des premiers épisodes laisse peu à peu place à quelque chose de plus profond et de plus personnel, comme si seuls Nadia et Alan devaient affronter leurs démons. L’on pourrait penser que c’est assez simpliste comme solution, que l’on retombe finalement dans les tropes de la boucle temporelle, mais encore une fois Poupée Russe vient brouiller les pistes dans les derniers épisodes. Au final, la réponse n’est pas claire et c’est tout l’enjeu de la série. Certains parleront de purgatoire, d’autre encore avanceront qu’au tout dernier épisode, Nadia et Alan sont passés de l’autre côté. La vérité est peut-être entre les deux ou totalement ailleurs.

Poupée Russe est une série à l’humour au final pas si noir, quelque peu mordant et parfois franchement dérangé. Une série qui se consomme vite, comme cela est devenu très souvent le cas pour les productions de Netflix. Le rythme est cadencé et les huit épisodes s’enchaînent sans difficulté ni longueur, on y retrouve ce qu’il faut d’humour avec un mystère qui s’épaissit et s’enroule de plus en plus vite autour de Nadia et Alan ainsi que toutes les autres entités qui gravitent autour d’eux. C’est une de ces séries qui offrent cependant matière à réfléchir, à décortiquer et à théoriser à outrance, pour notre plus grand plaisir. Poupée Russe se saisit des clichés du genre pour en faire quelque chose de nouveau et de cinglant qui nous capture et nous questionne. En somme, c’est là une série que l’on regarderait bien en boucle, encore et encore. Fort heureusement, il semblerait que cette dernière se dirige vers une très probable saison 2. L’histoire sans fin se poursuivrait donc.

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94s kid. Je vis d’art, d’astres et d’eau fraîche. Je suis, semble-t-il, attachée à la littérature, aux séries et aux langues (entre autres choses tout aussi folles). Je combats les caprices des mots sur le champ des idées coincées sur la langue. Je peux faire d’une série un long film de quatorze heures et la traduction, c’est sacré !
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