Pourquoi mon rapport à l’expression a changé avec l’avènement des réseaux sociaux

14/04/2019

Ce n’est un secret pour personne parmi les gens qui me fréquentent/me connaissent un minimum : le cinéma, plus précisément le visionnage de films, fait partie de mes passions, presque au même titre que la lecture. Dans cette logique, à une époque je ressentais l’envie, si pas le besoin, de donner mon avis sur les films que je voyais au cinéma. C’était alors pour moi libérateur, et ça me permettait de discuter avec d’autres personnes des films en question. Mais comme vous pouvez le constater, j’en parle au passé. Car oui, cela fait maintenant plusieurs années déjà que j’ai arrêté d’écrire des articles pour donner mon avis sur les films que je visionne. Et même si cette décision semblait alors avoir été prise sur un coup de tête du jour au lendemain, en y réfléchissant aujourd’hui je pense au contraire que c’est un processus qui s’est déroulé insidieusement et inconsciemment sur un certain laps de temps.

Je pense pouvoir dire, sans me tromper, que les prémisses remontent au moment où j’ai commencé à vraiment lire les avis d’autres personnes sur les films (avis bien développés, pas quelques lignes écrites vite fait). Je me suis alors rendu compte que mes articles, en comparaison avec d’autres rédigés à la limite de la perfection (du moins de ce qui me semblait l’être), étaient creux, rien que du vent. Pourtant, cette pensée est somme toute ridicule puisque la parole, l’avis de chacun devrait être apprécié(e) à sa juste valeur… dans un monde utopique. Par la suite, les réseaux sociaux ont commencé à prendre de plus en plus de place et d’importance au fil des ans, et les discussions à propos des films se faisaient également en commentaires, moins fournis que des critiques complètes mais tout de même. Derrière leur écran, les gens se sentaient pousser des ailes. Et ces deux points m’ont renvoyé à un sentiment irrévocable de non-légitimité.

Ma confiance en moi, et même ma personnalité, ont été durement impactées par tout ça. Car aujourd’hui, il est impossible de donner son avis sans que s’ensuive, la plupart du temps, un débat stérile. Les gens campent sur leurs positions, incapables de voir que leur avis n’est pas universel, et parfois pire, ils en viennent aux insultes pour imposer leur opinion. Résultat des courses : j’ai arrêté de « parler », la plupart du temps, et je suis maintenant simple spectatrice de débats qui, les ¾ du temps, tournent en grosses prises de tête. Si vous saviez le nombre de statuts Facebook, de posts Instagram, etc. que je me retiens de commenter chaque jour… Mais me concernant, c’est le prix à payer pour éviter de se faire bouffer par tout ça. Car qui a envie d’entendre que ses goûts en matière de films sont à chier et n’a donc pas son mot à dire ? Qui a envie de se sentir honteux en disant qu’il a adoré tel ou tel film qui s’est pourtant fait défoncer par les médias et les critiques autoproclamés sur les réseaux sociaux ? Qui a envie de se prendre en pleine face la « science » de certaines personnes plus « spécialisées » en cinéma ? On se fait déjà juger assez souvent comme ça, merci bien.

Tout ça est selon moi bien malheureux, car le cinéma reste avant tout du divertissement. Alors oui, je ne vais pas mentir, parfois j’attends plus de certains films (ou du moins sans le savoir, mais ça se produit après visionnage) que du simple divertissement ; certains parviennent littéralement à nous transcender. Pour autant, je ne vais pas aller crier à la face du monde que ledit film vaut 1000x mieux que certains autres… même si c’est ce que je pense. Et pourtant, c’est bien ce que font, sans vergogne, la plupart des gens sur Internet de nos jours.

Vous me direz, oui mais tu continues pourtant à donner ton avis sur tes lectures. Et évidemment vous n’avez pas tort. Mais sur le net, le rapport aux films et aux livres est très différent. On ne va pas se mentir : les films occupent une place prépondérante dans les médias, ce qui n’est clairement pas le cas des romans, ou du moins pas autant. Je peux aisément parler des romans que je lis sans que la foudre de Zeus ne s’abatte sur moi de tous les côtés (il faut dire aussi que mes articles ne sont pas beaucoup lus). Les blogueurs littéraires sont beaucoup plus calmes et ouverts au débat, au vrai débat (ou alors je suis moins impactée par le monde littéraire en ligne ?). Ce n’est pas le cas en ce qui concerne les critiques cinéma.

Mais s’il n’y avait que le cinéma. Non, le pire, c’est que me concernant, tout cela s’est étendu également en dehors de tout ce qui touche au cinéma. Les thématiques « sensibles » telles que le féminisme, le racisme, les nouveaux modes d’alimentation, la politique et j’en passe… Je ne m’y mêle pas/plus. Pourtant j’aurais des choses à en dire, et je n’hésite d’ailleurs presque pas à les dire dans la sphère privée. Mais si je faisais la même chose sur les réseaux sociaux, je me ferais littéralement incendier… Mais, et la liberté d’expression alors ? Disparue.

Pourtant, au final, en ce qui me concerne, je pense que toute cette situation n’est pas plus mal. Il y a déjà suffisamment de venin qui rôde sur les réseaux sociaux, et je me dis qu’une personne en moins, ça ne peut être que bénéfique. Évidemment je suis tout sauf parfaite, et il y a des jours où moi aussi je craque et je finis par dire ce que je pense, mais ça reste exceptionnel. Bref, je ressentais simplement le besoin de mettre toutes ces pensées par écrit. Dans tous les cas, merci à tous ceux qui auront lu cet article jusqu’au bout, et n’hésitez pas à réagir puisque clairement, cet article, c’est justement un de ces (rares) moments où je cherche encore le débat…

Petite belge âgée de 25 ans, je passe mon temps à lire, aller au cinéma et regarder des séries. En tant que fan de Disney, je suis une enfant coincée dans un corps d’adulescente. Grande fan de l’art de Tim Burton et accro aux tatouages, j’aime tout ce qui sort de l’ordinaire. Je passe également les 3/4 de ma vie sur mon ordi, j’ai un petit tempérament de geek.
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