The Spy Gone North - Un espion en cache un autre

12/04/2019

Titre : The Spy Gone North

Réalisateur : Yoon Jong-bin

Avec : Hwang Jeong-min, Lee Sung-min, Jo Jin-woong, ...

Genre : Drame

Durée : 2h21

Nationalité : Coréen

Sortie : 7 novembre 2018

Résumé : Séoul, 1993. Un ancien officier est engagé par les services secrets sud-coréens sous le nom de code "Black Venus". Chargé de collecter des informations sur le programme nucléaire en Corée du Nord, il infiltre un groupe de dignitaires de Pyongyang et réussi progressivement à gagner la confiance du Parti. Opérant dorénavant en autonomie complète au coeur du pays le plus secret et le plus dangereux au monde, l’espion "Black Venus" devient un pion dans les tractations politiques entre les gouvernements des deux Corées. Mais ce qu’il découvre risque de mettre en péril sa mission et ce pourquoi il a tout sacrifié.

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Les films que nous recevons de Corée du Sud sont généralement de grande qualité et démontrent une maîtrise narrative et visuelle des plus réjouissantes, notamment parmi la production grand public. Alors que celle française privilégie souvent des comédies au budget aussi gras que l’humour représenté, la Corée du Sud développe une production assez diverse et avec une meilleure distribution que des titres de même genre nationaux. On repense ainsi au fabuleux « Dernier train pour Busan », ridiculisant le navrant « World War Z » avec un budget en deçà du navet où Brad Pitt déguste un délicieux Pepsi là où la production française dans le domaine du zombie pâtit d’une présence bien moindre dans les salles. Néanmoins, ce n’est pas parce que le cinéma coréen profite d’une visibilité plus large qu’il en oublie son inscription dans une histoire nationale. C’est exactement le cas de ce « Spy Gone North ».

La première chose qui frappe est la mise en scène classieuse et léchée. Pour son cinquième long-métrage, Yoon Jong-bin démontre une capacité évidente à offrir des plans qui s’inscrivent durablement dans la rétine tout en servant un propos narratif dense. Il profite également de la photographie à tomber de Choi Chan-min qui enveloppe les séquences dans un décor intemporel et presque envoûtant qui nous plonge au plus profond de l’intrigue qui nous est dévoilée.

Celle-ci traite donc d’espionnage entre les deux Corées alors que les tensions restent à leur comble malgré la signature d’un traité de paix. La situation est néanmoins différente de celle des thrillers d’espionnage traditionnels se déroulant durant la Guerre Froide. En effet, s’il y a bien opposition idéologique entre les deux contrées, les habitants sont victimes de cette séparation d’état et ne reflètent pas d’un traitement géographique opposé les séparant de chaque côté de la planète. Il y a quelque chose d’ancré dans une forme d’ambivalence entre les deux pays et la manière dont chacun doit gérer son quotidien par la séparation forcée.

Cette dualité se retrouve dans le jeu de Hwang Jun-min, forcé de se différencier entre Park Seong-Yeong et son identité d’espion Black Vénus. L’acteur, vu dans « The Strangers » de Na Hong-jin et « Battleship Island » de Ryoo Seung-wan, offre une composition aussi nuancée que le propos du film et collant parfaitement à son ambiance générale. Ici, guère de méchante Corée du Nord contre l’innocente Corée du Sud mais une toile de fond politique complexe, aussi difficile à cerner que la nature humaine nourrissant les tourments de notre héros.

Le mystère envers la Corée du Nord est ainsi des plus passionnants, se nourrissant des questionnements qu’a n’importe quelle personne s’intéressant de près ou de loin à la construction de ce pays et son fonctionnement social. C’est comme cela que beaucoup voient dans le pays les images de propagande diffusées à l’extérieur sans moyen de savoir ce qui se passe réellement à l’intérieur. Si le défi fut logistiquement compliqué suite à l’impossibilité de tourner directement dans le pays, Yoon Jong-bin arrive à retranscrire un certain quotidien permettant d’atténuer l’image bigger than life de la Corée du Nord et l’inscrire dans son questionnement terre à terre.

Car cette histoire, basée sur une histoire vraie, permet au réalisateur de parler aussi bien des doutes bien humains de ses héros que des rouages politiques assez grinçants d’un monde où l’ennemi n’est pas nécessairement celui que l’on croit. Celui-ci est ainsi essentiel pour aider au mieux à faire passer des décisions ou à faire remporter des élections en désignant directement une forme de mal à vaincre, un but à atteindre. Mais, en déshumanisant le rival, ne risque-t-on pas de créer des dommages collatéraux et surtout d’allonger la liste d’antagonistes prêts à défendre leur opinion, nourrie par les dégâts que l’on a provoqués ?

Vertigineux et puissant, « The Spy Gone North » rentre directement dans les classiques des récits d’espionnage par sa densité narrative et sa splendeur visuelle. La sortie en Blu-Ray et DVD chez Metropolitan devrait permettre de voir et revoir une œuvre fascinante qui nous trotte dans la tête un bon moment après l’avoir vue…

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Amoureux du cinéma, je suis belge, pas drôle et végétarien (dans cet ordre ^^). Le septième art est ma grande passion et j’adore parler films, qu’importe leurs styles.
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