The Walking Dead saison 9 : et si on arrêtait ?

08/04/2019

Titre : The Walking Dead

Créée par : Frank Darabont

Avec : Andrew Lincoln, Norman Reedus, Lauren Cohan, Danai Gurira, Melissa McBride, Alanna Masterson, Josh McDermitt, Christian Serratos, Seth Gilliam, ...

Format : 42 minutes

Diffusion : AMC / OCS

Genre : Horreur, drame

Résumé : Un an et demi après la terrible guerre qui a opposé l'Alliance menée par Rick et les Sauveurs menés par Negan, la vie semble s'être apaisée et un semblant de civilisation commence à renaître grâce aux travaux de Rick. Mais la cohabitation avec les Sauveurs reste remplie de tensions et certains ont du mal à s'y habituer. Tandis que les tensions grandissent de plus en plus, personne n'aperçoit le véritable danger qui se profile à leur insu et qui va changer l'installation de leur « nouvelle vie ». Menés par Alpha et Beta, les « Chuchoteurs » approchent.

The Walking Dead est sans nul doute une des séries les plus marquantes de l’histoire de la télévision. J’ai suivi avec une exaltation proche de l’extase les premières saisons, tout était là pour que ça marche, pour que ça me happe et me transporte dans ce monde post-apocalyptique complètement dingue. Les acteurs étaient phénoménaux, l’histoire nous prenait toujours à revers, certaines séquences étaient à couper le souffle et nous laissaient avec une étrange mélancolie. Et comme beaucoup, j’ai aimé regarder The Walking Dead, j’ai aimé hurler de peur et de dégoût et j’ai aimé Rick et toute sa bande. Mais voilà, quelque chose a manqué au fil des saisons et au fil des départs. Parfois, même en y mettant toute notre bonne volonté, nous n’accrochons plus. L’excitation n’est plus là, réduite à une simple curiosité plus automatique que sincère. Alors, sans qu’on ne s’en rende compte, voilà que les lundis The Walking Dead deviennent des lundis comme tous les autres lundis, des « juste lundi », où on attend patiemment vendredi pour rattraper quelques épisodes d’une saison sans saveur, sans être vraiment sûr d’avoir envie de regarder. Retour sur cette saison que beaucoup ont jugé meilleure que les précédentes, mais pas assez bien pour nous donner envie de continuer.

Attention, spoilers.

Cette saison 9 a été un véritable trompe-l’œil : on s’attendait à ce qu’il y ait du très mauvais et du très bon et ce dernier nous a fait espérer un retour en force salutaire. Mais cela était illusoire. Au final, à l’exception de quelques épisodes, cette saison 9 n’a pas su recréer la surprise.

Au revoir Rick, adieu The Walking Dead

En dépit d’une saison globalement moyenne, si ce n’est mauvaise, certains épisodes de cette saison m’auront tout de même marquée, à commencer par l’épisode 5 intitulé What Comes After (littéralement ce qui vient après) qui signe le départ de Rick. Il s’agit très certainement d’un des épisodes les plus réussis et les plus difficiles à digérer : Rick, malgré tout ce qu’on a pu reprocher à ce personnage, était un élément essentiel au bon déroulement de cette série et son départ vers de nouveaux horizons et de nouveaux formats (vraisemblablement 3 téléfilms) nous prive d’un pilier de The Walking Dead. Il faut dire que son départ vient s’ajouter à celui d’une ribambelle d’autres personnages iconiques de la série (Glenn, Abraham, Sasah, Carl, Maggie, …) et ne fait que nous rappeler à quel point The Walking Dead ne retrouvera sûrement jamais la grandeur de ses débuts.

Car avant de me plonger dans What Comes After, j’ai revisionné le tout premier épisode de la toute première saison (intitulé Days Gone By, soit « la fin d’une époque »), et quelle étrange sensation que celle d’assister à la fois au commencement grandiose d’une oeuvre culte puis à son apogée, juste avant son déclin, sa chute, sa fin ! What Comes After aurait pu être cette fin rêvée pour The Walking Dead, peu importe combien il aurait été difficile de s’en séparer alors et même si les téléfilms étaient toujours d’actualité. Toute l’intelligence mise dans sa réalisation et toute la justesse dans l’émotion, à la fois celle des personnages et celle des scènes, faisait enfin justice aux débuts de la série. What Comes After est à mon sens l’un des épisodes les plus réussis de cette saison et aurait pu être le dernier de la série, comme si ce qui vient après la fin d’une époque était la meilleure façon de boucler enfin la boucle (comment ne pas tirer profit d’une si heureuse harmonie des titres d’épisodes ?). 

Quoi qu’il en soit, l’épisode 5 est une véritable réussite. Les parallèles avec le début de la série sont judicieusement menés, et ce jusqu’à la musique qui accompagne Rick et Jadis dans l’hélicoptère. On a vibré tout au long de cet épisode (si tant est que vous étiez du genre à éviter les spoilers et ne saviez donc pas ce qu’il adviendrait de Rick), la tension était là tout du long, savamment dosée.

Mais voilà, l’aventure continue, même sans Rick, et quelle ne fut pas notre surprise de constater qu’un autre personnage emblématique avait pris cette fois la poudre d’escampette ? En effet, pour des raisons plus pragmatiques, l’actrice qui joue le rôle de Maggie a souhaité quitter la série et les scénaristes n’ont pas eu l’air de vouloir la faire sortir par la grande porte, puisque ce n’est qu’au détour d’une conversation que l’on apprend que la jeune femme avait pris son fils et était partie rejoindre le groupe de mélomanes (vous vous souvenez de Georgie venue troquer ses connaissances contre des vinyles et des vivres). Mais soit. L’aventure continue donc, difficilement certes, mais elle continue avec un saut dans le temps plutôt conséquent : six ans ont passé, et pourquoi pas après tout, un peu de fraîcheur et de nouveauté ne nous ferait pas de mal.

Un saut dans le temps pendant lequel ils vécurent tranquilles et eurent beaucoup d’enfants

Le temps a passé, les zombies sont toujours là, Negan est en prison, Daryl n’a pas digéré la disparition de son grand ami Rick, Michonne a eu un fils (Rick a donc un nouvel enfant) mais elle a aussi décidé, pour des raisons que l’on ignore alors, de refuser tout intrus à Alexandria ; le Royaume, quant à lui, continue de vivre son petit trip enchanté et la Colline est devenue un centre de formation pour métallurgistes, ébéniste, etc. Rien de bien intéressant en soi, et vraiment rien qui ne justifie que la série se poursuive. On va alors de mièvrerie en mièvrerie, les communautés s’envoient missives et coursiers afin d’organiser une foire dans le but de redonner de la joie de vivre et de l’espoir à tout le monde (sauf aux zombies), comme si cette apocalypse avait au moins eu l’avantage de créer une ouverture vers un monde utopique. Bien sûr, il n’en est rien, tout n’est qu’écran de fumée, ce qui aurait pu être intéressant à exploiter, mais n’est-ce pas là du vu et revu ? Il y a bien quelques morts tragiques et des invités surprises déclenchant toujours les mêmes suspicions et les mêmes questionnements : doit-on venir en aide à tout le monde et accorder le bénéfice du doute à tout nouvel arrivant ? Mais le tout reste bien fade, toujours en surface et sans jamais prendre le moindre risque. Même l’arrivée des Chuchoteurs ne suffit pas à maintenir notre attention dès lors que l’on sait qu’il s’agit d’êtres humains grimés en zombies. Ingénieux stratagème pour se mêler aux rôdeurs, leur échapper et les incruster, certes, mais pas suffisant pour nous impressionner. Alpha, la meneuse du groupe des Chuchoteurs, se veut encore un personnage original, mais son obsession pour récupérer sa fille nous fait doucement hausser les épaules.

De brefs éclairs de génie

Il faudra attendre l’épisode 14 pour goûter de nouveau à l’âme de The Walking Dead, dans un épisode assez dérangeant où Michonne n’a d’autre choix que de massacrer un groupe d’enfants qui en avaient après ceux d’Alexandria (dont Judith). Un épisode déstabilisant, sombre et osé qu’on ne pensait plus revoir depuis celui où Carol demande à Lizzie de regarder les fleurs (on en tremble encore). C’est un épisode presque sorti de nulle part, un intermède brutal qui brise la monotonie de la guerre entre Chuchoteurs et Communautés. L’épisode 14 emploie aussi les flash-back, mais contrairement à ceux de l’épisode 10 qui nous montrent le passé d’Alpha et de Lydia, ici le passage entre passé et présent est plus vif, immédiat et le parallèle entre les deux chronologies est mené tambours battants. On comprend bien avec cet épisode que Michonne et Daryl n’ont pas vraiment coulé des jours heureux pendant ces six années, bien au contraire. Les cicatrices qu’ils portent aujourd’hui sont des preuves que The Walking Dead ne craignait pas le tabou : les enfants ne sont pas intouchables. La performance de Danai Gurira (Michonne) est plus que solide, faisant de cet épisode l’un des autres moments marquants de la saison mais aussi de la série. 

Quant à l’épisode 15, on en retient surtout la fin : 10 personnages, parmi lesquels Tara, Enid et Henry, sont décapités par Alpha et son groupe. Un dénouement que l’on n’avait pas vu venir digne d’une tragédie grecque. La parenthèse enchantée tant espérée par les protagonistes nous promettait d’être brisée en éclats puisque, malgré les rires et les chants de la foire, nous savons être devant The Walking Dead et nous savons pertinemment qu’une chose terrible se profile, que le calme n’est que provisoire. Et c’est de façon parfaitement orchestrée que le dénouement nous est révélé dans une scène que l’on n’attendait pas. C’est un moment de choc et d’horreur : ces têtes alignées nous sont exposées l’une après l’autre et on se souvient alors de ce que The Walking Dead était : passer d’un calme relatif où l’on entre presque dans l’intimité de certains personnages, dans leurs moments de fragilité et d’honnêteté puis, comme ça, brutalement, tout prend fin.

Un épisode final bien terne

L’épisode de La Tempête, le final donc, est sûrement le pire qu’il nous ait été donné de voir. Une telle absurdité ne peut qu’illustrer à quel point The Walking Dead n’est plus que l’ombre de son prestige : comment un tel épisode peut-il donner envie d’attendre avec impatience la saison prochaine ? Outre une réalisation au fond vert grotesque, cette tempête n’a aucun sens, si ce n’est être un prétexte pour pousser le Royaume et son escorte à s’aventurer en territoire ennemi et à donner à Negan une espèce de redemption arc supplémentaire quand il se lance à la rescousse de Judith et de Clebs. Norman Reedus nous avait promis un final explosif qui nous en mettrait plein les yeux, mais en dehors d’une petite détonation causée par un conduit défectueux, aucune explosion, aucune montée en adrénaline, rien, juste de l’ennui et encore de l’ennui. Il aurait fallu considérer le 15ème épisode comme le dernier qui, au même titre que les épisodes 5 et 14, avait le mérite d’offrir de réels efforts scénaristiques. Il est difficile de considérer ce naufrage comme faisant partie de la série : l’idée d’introduire une tempête de neige (alors que pas un seul flocon n’est venu perturber le quotidien des survivants pendant 9 saisons) tient plus du caprice qu’autre chose.

The Walking Dead nous a habitués à de véritables secousses émotionnelles. Suivre pendant toute une saison les allers-retours Alexandria-La Colline-Le Royaume pour quelques raisons pseudo-proto-diplomatiques, ce n’est pas l’idéal et ça n’arrange en rien cette lassitude qui nous gagne. Car l’essence même de ce récit était d’observer l’humanité face à des conditions de survie extrêmes, une situation où aucun espoir ne semble permis et où les dilemmes moraux étaient forts et déstabilisants. Or, tout ceci semble s’être essoufflé au bout de tant de saisons (et on peut le comprendre) pour laisser place à une série d’action lambda où les dialogues abscons fleurissent. Que les zombies ne soient plus qu’un souvenir et nom, une vague menace vouée à disparaître, passe encore puisque le créateur de The Walking Dead l’a lui-même évoqué, mais il faudrait alors songer à être brave et offrir une fin honnête à cette série qui nous aura tant fait trembler.

Vivement la fin

La frénésie qui nous gagnait aux débuts de The Walking Dead n’est plus, elle a laissé place à une lassitude presque amère, résultat d’une succession de saisons plus que passables où les tâtonnements scénaristiques ont mené à une déchéance globale : départs en série, personnages contradictoires, intrigue superficielle sont autant de raisons qui justifient un taux d’audience en chute libre. Les quelques bons épisodes ne suffisent plus à nous convaincre et la saison 9 confirme cette impression qu’il est grand temps de mettre un terme à cette série. Espérons que la dixième saison et les téléfilms sauront y mettre un point final.

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94s kid. Je vis d’art, d’astres et d’eau fraîche. Je suis, semble-t-il, attachée à la littérature, aux séries et aux langues (entre autres choses tout aussi folles). Je combats les caprices des mots sur le champ des idées coincées sur la langue. Je peux faire d’une série un long film de quatorze heures et la traduction, c’est sacré !
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