Au revoir là-haut : du roman à l’écran en passant par la BD

17/05/2019

Titre : Au revoir là-haut

Auteur : Pierre Lemaitre et Christian De Metter

Editions : Rue de Sèvres

Prix : 22,50€

Parution : 3 octobre 2015

Nombre de pages : 168 pages

Genre : Drame, Historique

Résumé : 1919. Au sortir de la guerre, la société française peine à ménager une place aux anciens poilus devenus encombrants et les trafics les moins glorieux y vont bon train. Albert Maillard, modeste comptable, qui a sauvé la vie d'Édouard Péricourt, jeune fils de bonne famille, juste avant la fin des combats, tente de les faire vivre de retour à Paris. Édouard, défiguré, refuse de reprendre contact avec les siens et imagine une gigantesque arnaque à la nation pour tenter de renouer avec une vie, ailleurs.

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« Au revoir là-haut » est le genre de succès littéraire qui mérite qu’on s’y attarde un peu, surtout que son histoire s’est vue adaptée sur deux formats aussi visuels que le style d’écriture de Pierre Lemaitre : le septième et le neuvième art, le cinéma et la bande dessinée.

Dès sa publication, le roman connaît un succès fou, remportant même le prestigieux Prix Goncourt. Une fois parcourues les mésaventures d’Albert et Edouard, cela ne peut être que logique. On se délecte du style de Lemaitre, jouant des mots avec un amusement partagé pour le lecteur. Son style, bien qu’ancré dans une forme littéraire aux tournures de phrases particulières à chaque protagoniste, gagne d’un aspect visuel assez immersif, plongeant au plus profond du Paris d’Après-Guerre avec un cynisme non feint. On peut y déceler une critique acerbe d’une société française plus prompte à pleurer ses morts que célébrer ses vivants, érigeant en martyrs les perdus et ignorant ceux qui ont eu la malchance de survivre.

On y suit avec sa plume acerbe une double arnaque liée aux morts avec d’un côté, un doigt d’honneur adressé à la société dirigeante et de l’autre, celle menée par un autre survivant qui aura su tirer son épingle du jeu de la guerre avec un manque désarmant d’humanité et une quête de réhabilitation pour son nom. Tout est ici relatif à des revanches dues à une société oppressive et aux règles bien trop restrictives pour permettre à l’individu de s’émanciper et s’affirmer.

Quelque chose qu’Albert Dupontel a su retranscrire dans son adaptation filmique sortie en 2017. Il livre ainsi une grande œuvre populaire comme a su le faire Lemaitre avec son livre, tout en faisant ressortir les aspects les plus sombres du roman, avec cette même forme de malice dans le langage visuel que le romancier. Il s’en dégage quelque chose de viscéral, marqué par un humour pince-sans-rire qui n’enlève rien au drame ambiant. On sent ainsi que Dupontel s’amuse avec sa caméra comme il s’amuse à retranscrire à la perfection toute l’ambiance du livre.

 À l’image de sa prestation en Albert, le metteur en scène s’offre un casting de qualité à la direction impeccable, que ce soit un Nahuel Perez Biscayart bouffant l’écran rien qu’avec la force de ses yeux ou un Laurent Laffitte particulièrement fascinant en magnifique salopard, directement l’un des plus grands méchants du cinéma français tout comme son homologue de papier avait su se glisser à ce niveau dans le format littéraire. Il est clair dès lors que l’adaptation sur grand écran d’« Au revoir là-haut » mériterait plus de pages pour souligner la nature merveilleuse d’une telle retranscription aussi bien dans son style que dans ce qu’elle apporte à un récit auparavant adapté sur une autre plateforme portée par l’image.

C’est ainsi que Christian de Metter a porté en dessin le chemin de croix d’Albert et Edouard avec une force visuelle appuyée. On ressent ainsi le trait proche de ce qu’on aurait pu imaginer dessiné à l’époque avec notamment une certaine imperfection des traits qui colle impeccablement aux portraits brisés narrés dans l’histoire de Lemaitre. Celle-ci se révèle bien adaptée, bien qu’on ait l’impression que le récit va trop vite par rapport à la source originale, mais c’est un souci plus que mineur au vu de l’apport visuel de De Metter.

Il est d’ailleurs amusant de tirer des liens et de comparer quelque peu avec la vision de Dupontel, notamment le traitement plus graphique ici de la mâchoire d’Edouard. Il y a également une gestion de la lumière inhérente aux deux œuvres différentes mais avec une certaine logique interne et surtout un même accord sur la nature assez sale mais surtout proche de l’époque narrée qui colle parfaitement au roman original. Et si le film semble coller au mieux dans la retranscription littérale, la bande dessinée s’enrichit de points mis de côté sur grand écran, que ce soit la présence de la mère d’Albert, l’homosexualité d’Edouard ou d’autres points dont la cruauté ressort ici avec force.

Il y a dans la bande dessinée de De Metter un style réellement hypnotisant qui nous fait dévorer cette adaptation assez rapidement, peut-être même trop rapidement, à la manière du roman de Lemaitre. On ressent un véritable travail dans chaque case qui pousse à la relecture histoire d’appréhender au mieux le traitement et apprécier au mieux le soin apporté à chaque trait, que ce soit dans la froideur de Pradelle ou la bonhommie maladroite d’Albert.

De cette manière, que ce soit en roman, en film ou en bande dessinée, il est impossible de ne pas recommander « Au revoir là-haut », dans l’histoire originale et ses deux traitements visuels partagent une même force humaine, une même poésie mêlée au cynisme de l’être humain et ce avec une réelle recherche que ce soit chez Lemaitre, Dupontel ou De Metter. Trois auteurs, une même histoire, trois grandes œuvres.

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Amoureux du cinéma, je suis belge, pas drôle et végétarien (dans cet ordre ^^). Le septième art est ma grande passion et j’adore parler films, qu’importe leurs styles.
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