Barracoon : L'histoire du dernier esclave américain - Un récit émouvant

07/05/2019

Titre : Barracoon : L'histoire du dernier esclave américain

Auteur : Zora Neale Hurston

Editions : JC Lattès

Prix : 20,90 €

Parution : 6 mars 2019

Nombre de pages : 250 pages

Genre : Récit

Résumé : Barracoon désigne les bâtiments utilisés pour le confinement des Africains destinés à être vendus et exportés vers l’Europe et les Amériques. Ces bâtiments allaient du modeste « abri à esclaves » aux imposantes « maisons d’esclaves » ou « châteaux d’esclaves ». Les captifs y restaient souvent confinés pendant des mois entiers.  
En 1927, la jeune anthropologue Zora Neale Hurston, qui va devenir l’une des plus grandes écrivaines noires du XXe siècle part rencontrer en Alabama Cudjo Lewis. A 86 ans, Cudjo est l’ultime survivant du dernier convoi négrier qui a quitté les côtes du Dahomey pour l’Amérique. Pendant des mois, Zora va recueillir sa parole, devenir son amie, partager ses souffrances et des fiertés. Le témoignage de Cudjo restitue comme nul autre la condition, la vie d’un esclave : de sa capture en 1859 par un village voisin à sa terrifiante traversée, de ses années d’esclavage jusqu’à la guerre de sécession, jusqu’à son combat pour son émancipation.
Un témoignage unique d’une sincérité et d’une précision bouleversante.

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Il est vrai que la non-fiction est un genre que je lis peu, voire pas du tout. Je n’ai jamais été attiré par les témoignages, biographies ou autobiographies, et jusqu’à peu je ne m’y intéressais absolument pas. Toutefois, depuis quelques années je commence à me pencher davantage sur ce type de récits, surtout lorsqu’ils peuvent répondre à certaines de mes interrogations ou éclairer un sujet et/ou une période historique avec lesquels je suis peu familier. Dans le cas de Barracoon, j’ai trouvé très intéressant de « laisser » la parole au principal concerné à travers un échange avec une auteure devenue incontournable au 20ème siècle. Cette lecture, en plus d’être très enrichissante, a également été particulièrement émouvante ; je remercie donc les éditions JC Lattès pour leur envoi.

Avant toute chose, je trouve cela incroyable qu’une « histoire » basée sur des échanges datant de 1927 écrite par une auteure décédée en 1960, ne soit publiée qu’en 2018. Cette longue attente est notamment due au propos du récit, qui dénonce entre autres la participation d’autres Noirs d’Afrique dans l’esclavage. 

Je ne sais pas si je peux dire que j’ai adoré un livre comme celui-ci. C’est d’ailleurs aussi l’un des problèmes auquel je suis systématiquement confronté en me plongeant dans de la non-fiction. Comment aimer une histoire aussi effroyable, aussi injuste et cruelle ? Mais il n’empêche que j’ai été complètement fasciné tout au long des 260 pages. La sincérité qui s’en dégage est tout simplement bouleversante au point de vous agripper le cœur dès les premières lignes pour ne le relâcher qu’à la toute fin. 

J’ai l’habitude d’aborder le cas des personnages dans mes chroniques habituelles mais ici, Cudjo n’en est certainement pas un. Au moment des échanges, il a 86 ans et c’est le dernier survivant du convoi négrier qui l’a arraché à son pays natal et l’a conduit en Amérique. Malgré son âge, j’ai ressenti une candeur presque enfantine émaner de cet homme qui n’a rêvé que d’une chose à partir du moment où il a été embarqué : retourner chez lui. C’est d’ailleurs avec beaucoup de nostalgie qu’il parle de son pays, qu’il décrit les paysages et évoque les gens qu’on peut y rencontrer. On se laisse alors facilement entraîner dans les souvenirs du vieil homme qui se livre avec beaucoup de sagesse, retraçant point par point son parcours atypique.

Cette histoire c’est également celle d’un pays, aujourd’hui première puissance mondiale qui prône le partage et la tolérance. A l’époque, les États-Unis avaient sans doute moins d’éthique puisque l’esclavage faisait partie de leur quotidien. Avec des mots simples, Cudjo exprime donc toute la tristesse et le chagrin qu’il ressent en se remémorant ces dures années. 

Barracoon est pour moi un récit indispensable, qui lève le voile sur de nombreuses pratiques encore taboues aujourd’hui. Sa lecture permet alors de remettre en cause sa vision des choses et de réfléchir à ses actions du tous les jours, à éviter de se plaindre alors que, finalement, tout va bien. En somme, il s’agit d’un livre inoubliable que j’ai été ravi de pouvoir découvrir et que je vous recommande également. 

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Contrairement à beaucoup de gens, j’ai eu la chance de recevoir ma lettre d’admission à Poudlard et j’ai obtenu mon diplôme de sorcellerie il y a quelques années déjà. Depuis, je me suis spécialisé dans l’étude de la littérature des moldus et je prend un grand plaisir à découvrir une nouvelle forme de magie : celle des mots.
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