Le Tsarévitch aux pieds rapides

29/05/2019

Titre : Le Tsarévitch aux pieds rapides

Auteur : Victor Pouchet

Editions : L'école des loisirs

Prix : 12,00 €

Parution : 22 mai 2019

Nombre de pages : 72 pages

Genre : Littérature jeunesse

Résumé : Manger, parler, marcher, grimper, compter… Ivan le tsarévitch ne fait rien au même rythme que tout le monde. C’est pour cela qu’on surnomme cet enfant pas comme les autres « le tsarévitchaux-pieds-rapides ». Mais quand on va trop vite, personne n’arrive à suivre. Et un accident peut arriver à tout moment…

« A quoi rêvait Ivan Ivanovitch ? Ses rêves défilaient en accéléré devant ses yeux. Si les mots et les images ne s’étaient pas heurtés si vite, il aurait pu dire qu’il rêvait de trouver quelqu’un qui puisse le suivre dans ses aventures effrénées, une personne capable de le rattraper dans ses courses, le pister dans ses discours, et le précéder dans ses cavalcades. »

Fils du tsar Ivan et de la tsarine Ivana, Ivan Ivanovitch n’est pas un garçon comme les autres. Sa différence n’est pas seulement liée à son rang social, non. Le jeune tsar possède un don : celui d’avancer plus vite que les autres.

Un don ? Une malédiction plutôt. Car Ivan ne fait rien au même rythme que les autres. Les mots se bousculent quand il parle, ses pieds s’emmêlent quand il marche. Devant ce rythme effréné, épuisant, les autres fuient. Et Ivan se retrouve seul. Et si la solution à son malheur se trouvait dans un remède magique ?

Publié dans la collection Neuf de L’école des Loisirs, Le Tsarévitch aux pieds rapides a l’allure d’un conte qu’on imagine facilement prendre l’apparence d’un album pour enfants richement illustré. Tous les ingrédients sont là, rappelant ceux des contes qui ont bercé nos jeunes jours : une histoire rocambolesque, située dans un royaume lointain, portée par des personnages aux caractères affirmés, aux noms colorés et ressemblants.

Des indices stimulent la mémoire des vieilles histoires : la longue barbe du vieux Tsarévitch récitant des formules mathématiques rappelle celle de Merlin l’enchanteur et ses incantations ; les longs cheveux de Nadejda ressemblent à ceux de Raiponce isolée en haut de sa haute tour, …

Ivan ivanovitch a l’apparence d’un prince de conte déchu, ou plutôt d’un poète maudit. Quoi qu’il fasse, personne ne le comprend. Quel que soit le remède miracle dégoté, celui-ci se retourne contre lui. Relégué à une extrême lenteur, la contemplation du monde lui est interdite. Il est laissé dans un coin, oublié, paralysé. Et cette phrase de sa mère qui le hante, telle une épée se retournant dans sa plaie : « Dis-moi, Vaniouchka, dis-moi à quoi tu rêves ? ». Même la tsarine, la seule qui semblait s’intéresser à lui, ne parvenait pas à le comprendre.

Portés par les images colorées de Violaine Leroy, les mots de Victor Pouchet illustrent la malédiction dont est victime son personnage : le temps est déréglé, les années se comptent en jours, en une succession de chiffres semblables qui montent à la tête. Les situations se ressemblent et s’accélèrent, jouant ainsi avec le temps et avec nos nerfs. Le tsar va à la rencontre d’une sorcière qui lui offre un remède magique pour le guérir de son rythme trop rapide. Le temps est inversé, le tsar est désormais victime d’un rythme trop lent… Le malheur qui pèse sur lui va-t-il s’arrêter un jour ?

Le ton est détaché, descriptif, ne souhaite faire passer aucune émotion au profit des faits. Et pourtant, la tristesse de ce tsar face à l’incompréhension du monde est contagieuse. Si bien qu’une seule question nous vient en tête au fil des pages : quand le Tsarévitch aux pieds rapides trouvera-t-il le bonheur ?

 

Un conte initiatique coloré, dont les illustrations ne sont pas sans rappeler le trait de Serge Bloch, donnant lui aussi cette impression de rapidité, de dessin inachevé. On se laisse entraîner dans cet univers rythmé, lointain, et pourtant si contemporain. Et si notre monde accéléré, notre société ultra-dynamisée, avaient eux aussi besoin d’une fin paisible ?

Merci à L’école des Loisirs pour cette découverte.

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Chroniqueuse littéraire, je suis tombée dans la marmite de livres étant petite. Libraire dans l’âme, attachée de presse dans la vraie vie, je m’attache à transmettre le grand secret de la vie éternelle : la lecture (et la pierre philosophale pour les plus chanceux) !
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