Quicksand, rien de bien grand

24/05/2019

Titre : Quicksand - Rien de plus grand

Créée par : Pontus Edgren, Martina Håkansson

Avec : Hanna Ardéhn, Felix Sandman, William Spetz, Ella Rappich, David Dencik, Reuben Sallmander, Maria Sundbom, Rebecka Hemse, Arvid Sand, Helena af Sandeberg, Anna Björk, ...

Format : 50 minutes

Diffusion : Netflix

Genre : Drame, thriller

Résumé : Adapté du roman "Rien de plus grand" de Malin Persson Giolito, Quicksand se déroule neuf mois après qu’une fusillade a éclaté dans une école de la banlieue la plus riche de Stockholm. Une étudiante va se retrouver en procès pour ce meurtre dont on ignore alors les motivations.

Quicksand est une des nouvelles séries Netflix qui nous vient cette fois de Suède. L’histoire débute par une scène choc, celle d’une fusillade dans un lycée. C’est une manière brutale d’entamer ce qui sera au final une histoire focalisée sur une seule personne : Maja Norberg, la jeune lycéenne soupçonnée d’avoir orchestré ce crime en compagnie de son petit ami. 

Cette série est une adaptation du roman de Malin Persson Giolito où il est donc question d’une fusillade perpétrée dans un lycée huppé de la ville de Stockholm. Tout de suite, on sent un désir d’attaquer cette histoire de façon froide, dure et sans filtre. Certes, la dichotomie entre Maja et Sebastian, le garçon dont elle tombe amoureuse, nous fait déjà miroiter un scénario tout tracé. Nous avons une lycéenne qui est l’archétype de la fille modèle, promise à de grandes choses alors même que le garçon dont elle tombe éperdument amoureuse tient plus, quant à lui, du fils prodigue que de l’enfant prodige. Mais la série prend tout de suite de la hauteur : Maja Norberg n’est pas à proprement parler la victime que l’on s’attendait à voir au départ. Bien au contraire, on sait qu’elle est coupable, coupable de quelque chose mais on n’ose encore trop se demander quoi. Et c’est là une approche très particulière, tant sur le traitement du personnage que de l’intrigue qui prend le téléspectateur à revers. Autre bon point, la qualité des acteurs principaux. Hanna Ardéhn est excellente dans son rôle de jeune lycéenne emportée sans trop qu’elle ne sache comment dans une relation toxique. Felix Sandman nous livre aussi un portrait extrêmement convaincant d’un Sebastian broyé par la haine de son père, une haine incompréhensible. Les thèmes abordés sont effectivement loin d’être légers et Quicksand sollicite immédiatement son téléspectateur : croyez-vous Maja coupable du meurtre de ses amis ? Comment expliquer son geste si elle est coupable ? Et comment expliquer son inaction si elle est innocente ? La série se base aussi sur deux temporalités : le moment présent qui est celui de la justice où l’on voit Maja affronter son enfermement, et le moment passé où, à travers les flash-back, l’on voit défiler la vie pourtant si tranquille de Maja, avant qu’elle ne sombre dans l’invraisemblable. Si vous avez la larme facile, il est même possible que vous versiez une larme ou deux.

Souvent labellée de série « young adult », Quicksand n’en reste pas moins sombre et difficile. De fait, il faut se méfier de ce raccourci « série pour ados » qui occulte bien des aspects de cette histoire. S’il y a bien des ados, des beuveries et des amourettes, on reste tout de même sur une histoire qui résonne avec une réalité bien moins fictive, celle des tueries dans les écoles. Quicksand aborde donc ce thème très sensible de même qu’elle s’emploie à retranscrire petit à petit la descente aux enfers de deux personnages, déchéance qui les mènera au pire. 

Là où la série tire tout son potentiel, outre la qualité non négligeable des acteurs, c’est aussi dans son traitement du doute. On finit par douter de Maja au fil des flash-back, celle que l’on savait être innocente se transforme peu à peu en potentielle meurtrière au sang froid. Maja est-elle réellement coupable des crimes dont on l’accuse ? L’actrice Hanna Ardéhn nous livre une performance très intéressante. Mais cela ne suffit pas à maquiller l’évidence : Quicksand ne prend, au final, aucun risque et reste sur les clichés de la jeune fille rangée tombée sur le mauvais garçon. Passés la surprise et les suspicions des premiers épisodes, le format nous semble alors bien trop long pour ce qu’il y a à raconter. L’ennui s’installe inévitablement dès lors que l’on ne porte plus vraiment d’intérêt au dénouement. Je ne cache pas que j’ai retrouvé ce sentiment de doute à la dernière scène qui aurait pu finir dans une espèce de twist à la Sharp Objects. Mais il n’en fut rien et l’on termine cette série sur une impression de « peut mieux faire ». On regrette au final que Quicksand n’aille pas plus loin dans le traitement qu’elle fait de la relation entre Maja et ses amis, mais surtout entre Maja et Sebastian, même s’il semble clair que ce choix est motivé par l’envie de montrer qu’une relation toxique ne s’installe pas en fanfare, qu’elle se fait de façon insidieuse, comme si l’on instillait un poison à petites doses. Quicksand ne satisfait certes pas toutes les attentes, mais elle reste une série qui saura toucher le plus grand monde.

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94s kid. Je vis d’art, d’astres et d’eau fraîche. Je suis, semble-t-il, attachée à la littérature, aux séries et aux langues (entre autres choses tout aussi folles). Je combats les caprices des mots sur le champ des idées coincées sur la langue. Je peux faire d’une série un long film de quatorze heures et la traduction, c’est sacré !
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