Monsterverse : l’affrontement des rois ?

27/06/2019

Tandis que « Godzilla : king of the monsters » est en train de tout détruire en salles après les Avengers et John Wick, revenons rapidement sur l’un des nombreux univers étendus cinématographiques avec les deux films du Monsterverse.
Un affrontement entre King Kong et Godzilla ne peut qu’être excitant, se dit-on. Ce serait oublier le film de Ishirō Honda, sorti en 1962 et ayant extrêmement mal supporté le poids des années malgré un contexte politique passionnant à travers l’imagerie respective de chacun. Revoir ce film permet néanmoins de constater l’envie d’affrontement entre ces deux monstres symbolisant respectivement le cinéma américain et japonais. Entre temps, Godzilla est revenu dans divers films dans son pays natal mais également aux États-Unis avec le film de Roland Eimmerich dont on ne parlera pas.

 

 

 

Non.

 

 

 

 

 

C’est non.

 

 

 

 

Même sous la torture, c’est non.

 

 

 

En résumé ? C’est à s’arracher les yeux avec une petite cuillère couverte d’acide et de tabasco. Voilà, vous êtes contents ? Bref.


Avançons jusqu’en 2014 avec la sortie du « Godzilla » de Gareth Edwards, film intéressant sur plusieurs niveaux. Le réalisateur s’est ainsi révélé avec « Monsters », film dont le petit budget n’est jamais apparent au vu de son ambition formelle. Edwards démontre encore une fois sa capacité à filmer un événement bigger than life d’un point de vue humain. Beaucoup s’en sont d’ailleurs plaints, reprochant à ce Godzilla d’être anti-spectaculaire en retardant ses coups. C’est pourtant en prenant son temps à installer ses créatures au final peu appréhendées d’un point de vue total qu’il arrive à l’iconiser au maximum, chacune de ses apparitions étant des plus précieuses tout en étant orchestrées avec une maestria forte.

En cela, on pourrait reprocher à Edwards de privilégier une narration se concentrant sur un militaire et son père plutôt que l’affrontement direct avec le monstre, mais cela rentre dans une même logique narrative de regard humain sur quelque chose le dépassant. Les avancées respectives de Brody et Godzilla se retrouvent ainsi souvent liées mais apportant quelque chose de plus spectaculaire encore aux catastrophes se déroulant en ajoutant un regard concret dans lequel l’identification est possible. Le drame familial inhérent au récit s’avère dès lors assez fort par sa manière de conjuguer une forme d’intimisme sentimental aux événements en cours.

Nous sommes donc ici dans une forme de ressentiment, une forme d’appréhension de Godzilla et des autres Mutos tout en les liant comme essentiels dans la régulation qu’ils établissent de notre monde, un rapport à la nature assez intéressant quand on sait la portée symbolique de la créature dans le film original. Il y a ainsi une véritable recherche émotionnelle dans le film, le tout sans dénaturer son statut de blockbuster estival. Il suffit de profiter du climax pour comprendre que jamais Edwards ne regarde le spectateur avec prétention, que du contraire même. Une fois ses créatures établies, le réalisateur leur offre une séquence qui hérisserait les poils de n’importe qui et ce notamment par un cri iconique dont la puissance reste incroyable, qu’importe le nombre de fois que l’on a regardé le film. Bref, le « Godzilla » d’Edwards pourrait très clairement être un standalone réussi. Mais c’est sans compter donc cette envie d’univers partagé avec King Kong…

Sorti trois ans plus tard, « Kong : Skull Island » est à l’opposé total du film d’Edwards, du moins en apparence. Là où ce dernier retenait ses apparitions de créatures pour mieux faire exploser le tout à la fin, Jordan Vogt-Roberts offre des séquences d’action de manière permanente et ce dès une ouverture pulp instaurant Kong avec une iconisation proche du comic book. Quand « Godzilla » avait un ton assez réaliste notamment par sa photographie ou l’écriture de ses protagonistes, « Skull Island » préfère accentuer ses intentions visuellement et caractériser ses personnages avec une certaine simplicité. On pourrait ainsi presque parler de caricatures tant l’identification se fait par archétypes plus que par autre chose.

Et pourtant, il y a quelque chose qui fait de ce « Skull Island » un objet de cinéma pop assez unique. C’est ainsi que les plans s’accumulent avec une certaine forme de folie, comme si Vogt-Roberts cherchait à constituer son film d’images pouvant figurer sur le compte One perfect shot. La quête de réalisme est ainsi futile tant c’est l’expérience cinématographique qui est mise en avant plus qu’autre chose, avec cette ambition d’offrir au spectateur venu avec son paquet de pop-corn du divertissement explosif tout en lui imprégnant le plus possible la rétine. Cela passe également par un bestiaire de créatures assez large et des affrontements assez réjouissants.

Néanmoins, cela ne veut pas dire que le film est vide de sens. Difficile ainsi d’ignorer son ancrage historique, le lendemain d’une défaite importante pour une Amérique touchée dans son ego. Le bellicisme a priori primaire du personnage de Samuel L. Jackson s’avère dès lors logique, cherchant que faire après un tel revers, lui qui, au contraire de ses soldats, n’a rien d’autre pour le satisfaire que la guerre. Il y a également quelque chose de touchant avec Hank Marlow, cet homme hors du temps incarné par John C. Reilly avec un certain sens du fantasque dissimulant une certaine douceur assez vibrante. De quoi conférer un peu de chair à un film régulièrement critiqué pour son aspect numérique dans l’élaboration de ses créatures.
Bien que l’on puisse lui trouver des défauts et que le style risque de diviser, « Skull Island » s’avère intéressant dans la recherche de

Jordan Vogt-Roberts de créer un pur film de divertissement, un blockbuster tellement blockbuster qu’il implose tout en offrant un plaisir certain. Bien qu’il n’atteigne jamais les « King Kong » de 1933, de 1976 ou 2005, jamais il n’affiche pareille ambition et préfère satisfaire l’enfant surexcité sommeillant en nous. Cela ne sera pas le cas pour tout le monde mais pour l’auteur de ces lignes, cela a grandement fonctionné.

Dès lors, il est intéressant de comparer ces deux films tant ils semblent s’opposer tout en donnant deux images différentes du divertissement actuel par deux jeunes auteurs aux styles et ambitions antinomiques. C’est donc avec impatience qu’on cherche à se confronter au « King of the monsters » de Michael Dougherty, dont les bandes annonces promettaient un résultat titanesque aux visuels à tomber. Mais est-ce finalement le cas ? Oui… et non.

D’un point de vue positif, on peut apprécier le large bestiaire proposé par le film avec notamment la présence de trois autres créatures qui devraient ravir les fans des films de Kaiju : Rodan, Mothra et King Gidorah. Ces trois incarnations se retrouvent directement affiliées, tout comme Godzilla, en tant que forces divines de la terre, dont la magnificence n’égale que leur puissance face à laquelle l’humain n’est aucunement de taille. Il se dégage alors certains plans à tomber ainsi que toute une lecture sur notre rapport à la planète, déjà inhérente aux autres films Godzilla, ainsi que quelques scènes de batailles assez dantesques. De quoi faire plaisir à ceux qui se sont plaints du film d’Edwards par son aspect faussement « anti spectaculaire », sans se rendre compte qu’on voit la créature plus souvent que dans l’œuvre originale de 1954.

Malheureusement, le tout est mis à mal par une photographie assez sombre n’aidant pas à la lisibilité de l’action et une intrigue assez énervante par la gestion catastrophique des personnages humains. On n’a plus ici affaire à des protagonistes bien troussés ou à des archétypes reconnaissables mais à des stéréotypes auxquels il est dur de raccrocher quelque lien que ce soit. Le drame familial censé nourrir l’histoire est affaibli par des acteurs à côté de la plaque, sans doute plus par la direction du casting que le choix même de celui-ci (on parle quand même de Vera Farmiga et Kyle « Super 8 » Chandler). On en perd dès lors tout le cœur des films précédents et on se retrouve face à un blockbuster assez lambda et grandement peu inspiré.

On attend néanmoins toujours avec curiosité le prochain volet du Monsterverse, censé être « Kong contre Godzilla », l’occasion de voir quel parti pris sera choisi par Adam Wingard pour ce qui est censé être l’aboutissement de cet univers partagé : le drame familial à la Edwards, le pop blockbuster de Vogt Roberts ou l’explosif entre deux mitigé de Dougherty. Ce qui est sûr, c’est que le spectacle devrait être présent. Plus qu’à espérer que les deux monstres au sommet du septième art seront sublimés comme jamais…

Amoureux du cinéma, je suis belge, pas drôle et végétarien (dans cet ordre ^^). Le septième art est ma grande passion et j’adore parler films, qu’importe leurs styles.
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