Comme si de rien n’était : après le drame

12/07/2019

Titre : Comme si de rien n'était

Réalisateur : Eva Trobisch

Avec : Aenne Schwarz, Andreas Döhler, Hans Löw, ...

Genre : Drame

Durée : 1h30

Nationalité : Allemagne

Sortie : 2018

Résumé : Janne est une femme moderne, éduquée, rationnelle, une femme qui réclame le droit d’être qui elle veut. Lors d'une réunion entre anciens camarades sa vie bascule. Mais elle va persister à faire semblant que tout va bien, refuser de se considérer comme une victime et de perdre le contrôle… jusqu’à quand ?

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Il y a des sujets qui sont des plus sensibles à aborder, notamment dans le milieu artistique, et le viol est sans conteste l’un de ceux-ci. On peut à peine imaginer la douleur de la victime et la manière dont celle-ci se retrouve obligée de se développer avec ce traumatisme. Sur grand écran, on pense ainsi à la fameuse scène d’« Irréversible », toujours aussi insoutenable à regarder tant ce plan fixe nous met face à notre passivité de spectateur envers une violence extrême. « Comme si de rien n’était » prend le contrepied en imposant une autre forme de douleur après ce drame.

C’est ainsi que Janne, victime de l’attaque de son collègue, s’inscrit dans une forme de déni par rapport à l’acte. Elle ne veut pas se considérer comme une victime. Pourquoi devrait-elle le faire ? Elle a subi l’atrocité, doit-elle réellement s’inscrire par celle-ci ? Il y a une subtilité dans l’écriture faisant émaner cette douleur sourde, cette interrogation intime qui nous frappe directement dès le visionnage.

La représentation de l’acte en lui-même est symbolique du ton du film. Il est grossier, pathétique car celui qui commet tout acte du genre l’est. Jamais le violeur ne sera montré directement comme un méchant déshumanisé. C’est un homme lui-même rongé par son acte, un être aussi minable que son acte. Tout cela relève d’une zone de non-dit, un brouillard total qui rend le film passionnant dans son écriture mais également dans sa mise en scène.

Jamais le film ne refuse la violence du drame. Bien au contraire, elle est là, en amorce, prête à ressurgir tel le trauma. C’est ainsi que « Alles is gut » (titre original) se révèle d’une sobriété visuelle, tant dans son illustration du quotidien avant qu’après l’attaque. Mais tout cela relève de la complexité d’avancer, de faire comme si tout allait au mieux et éviter d’être stigmatisé par une société plus prompte à juger la victime que l’agresseur.

Le long-métrage est à l’image de son actrice principale, Aenne Schwarz, dont la prestation force le respect. Il suffit d’un regard, d’un geste pour y lire la détresse, l’incompréhension et le doute sur l’après. Il y a une réelle attention dans la direction d’acteur qui évite de tomber dans une forme de pathos déroutant. La réalisatrice Eva Trobisch n’en a guère besoin tant la justesse permanente de son premier film émeut et frappe là où il faut.

Car « Comme si de rien n’était » est une œuvre forte, dissimulant derrière sa sobriété une richesse d’écriture essentielle, encore plus actuellement. Les victimes de tels actes ont besoin d’être écoutées et non jugées par la société. Ici, en réfléchissant sur le déni destructeur tout en mesurant le risque de parler du trauma sous peine d’être stigmatisée, « Alles is gut » se révèle puissant dans tous les sens du terme et nous laisse à sa fin totalement désemparé tant il touche dans le plus intime avec force. Le voir est donc impératif et nous donne envie de découvrir ce qu’Eva Trobisch nous réserve pour plus tard…

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Amoureux du cinéma, je suis belge, pas drôle et végétarien (dans cet ordre ^^). Le septième art est ma grande passion et j’adore parler films, qu’importe leurs styles.
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