Est-ce que le Spoiler tue la fiction ?

05/07/2019

Ah, le spoiler, ce détail scénaristique dont la découverte hors contexte du récit irrite, surtout quand c’est en rapport, le lundi matin, avec le dernier épisode de Game of Thrones alors qu’on n’a pas encore eu le temps de le voir et qu’on a eu la mauvaise idée de jeter un coup d’œil sur Twitter et Facebook. Il est désormais impossible de passer à côté de n’importe quelle œuvre à large portée et de vouloir éviter toute forme de révélation pouvant remettre en question notre visionnage. Mais tandis que le verbe divulgâcher se retrouve dans le dictionnaire, peut-on parler de véritable fléau actuel ou d’une paranoïa populaire ?

Nous devons commencer notre courte tentative de réflexion par une simple question : pourquoi le spoiler fait-il peur ? Une réponse nous vient, de manière assez logique : nous aimons la découverte. Notre fascination pour le mystère et l’inconnu est omniprésente et ce jusque dans ces box dans lesquelles on investit en espérant être surpris de manière positive par le contenu. L’effet de surprise est quelque chose que beaucoup d’entre nous recherchent, consciemment ou non. Ainsi, quand on nous dévoile un point scénaristique fort d’un récit, le plaisir de la découverte s’amoindrit étant donné que nous nous ouvrons à une œuvre avec déjà une certaine idée dessus. Mais est-ce que cette idée peut réellement détruire la perception que nous avons d’une œuvre ? Rien n’est moins sûr. En effet, quand on va voir le dernier Avengers ou quand on regarde le dernier épisode de Game of Thrones, nous savons que nous allons détruire toute certaine forme d’espérance et faire face à la réalité intra diégétique de la création. Ainsi, on n’a droit qu’à un premier visionnage, une première séance, une toute première fois sur laquelle nous basons tous nos espoirs. Et bien que la première découverte s’avère essentielle dans l’appréhension d’une œuvre, peut-elle réellement être détruite par un vulgaire divulgâchage ?

Encore une fois, la réponse semble plus compliquée qu’il n’y paraît. On comprend ainsi les personnes qui ont pu râler de se faire révéler le twist de Sixième sens tant celui-ci sert le récit. Mais de l’autre côté, on peut parler d’exagération quand les fans de Star Wars ont râlé contre un politicien britannique révélant être sur un plateau recréant l’Étoile noire quand on sait qu’on parle de Rogue One dont l’histoire montre le vol des plans de ladite Étoile de la mort. Il est donc impossible de ne pas constater la polarisation des avis sur la question. On peut penser aussi aux personnes écrivant des critiques sur des films : à partir de quand peut-on parler de spoiler ? Jusqu’où peut-on aller au-delà du synopsis afin de parler au mieux des qualités et des défauts d’un film ? Cela s’applique également au niveau de la promotion du film. La palme du cynisme aura été remportée par Avengers : Endgame où les Russo auront imposé une date limite pour les spoilers. En plus d’être contradictoire avec des vidéos promotionnelles dévoilant des scènes du climax à forte teneur de divulgâchage, cela impose une durée limitée où le spectateur a droit à une découverte vierge de toute information d’un film, ici deux semaines. Et l’on ne parle même pas de cette bande-annonce du prochain Spider-Man qui s’entame par une révélation en lien avec le précédent Avengers. Peut-on y voir une punition pour la personne qui n’aura pas eu le temps de voir le film avant cette date limite ? C’est alors redonner au spoiler une force, celle de ruiner une fiction par sa simple existence.

Mais une nouvelle fois, ne donnons-nous pas trop d’importance à celui-ci ? Peut-on ne pas tout simplement mettre de côté que notre premier rapport au film sera affecté par la révélation ? Tout cela dépendra encore de la personne dont on parle. Certains prennent le film pour son tout, d’autres pour l’intrigue. La manière dont chacun appréhende l’écriture d’un long-métrage est bien évidemment personnelle et propre à chacun selon les expériences de vie respectives, les connaissances, celles-ci nous jouant parfois des tours en nous auto-spoilant. Ainsi, une fois que l’on (re)connaît la nouvelle de science-fiction ayant mené au film « Prédestination » de Michael et Peter Spierig, il est évident que l’on voit de nombreux éléments cruciaux venir. Mais est-ce que cela affecte la qualité du film ? Bien au contraire, tant le scénario adapte cette nouvelle pour parler de thématiques plus charnelles et intimes qui rendent le visionnage hautement chargé émotionnellement.

Alors, est-ce que le spoiler tue la fiction ? Bien au contraire, mais l’importance qu’on y donne ne doit pas tomber dans un certain extrême, au risque d’anéantir toute velléité critique un peu plus approfondie que la simple notation d’étoiles sur Allociné. Il faut savoir faire la part des choses entre révéler la mort d’un personnage le jour même de la sortie d’un épisode de série et celle du même personnage plusieurs mois voire années après sa diffusion. Il faut savoir relativiser par rapport à ce qui est amené dans le marketing, outil de divulgâchage extrêmement sous-estimé (petite pensée à James Cameron qui vantait la surprise du twist de « Terminator Genisys » dans une bande-annonce avant que celle-ci ne dévoile ladite révélation). C’est en tombant dans l’exagération idéologique qu’on oublie les nuances inhérentes à tout débat réflexif. Ce ne sera pas ce billet qui proposera une réponse claire et définitive sur une telle question, bien évidemment, mais l’auteur de ces lignes espère humblement avoir mis en lumière quelques subtilités autour de ce débat qui enflamme les réseaux sociaux avec la puissance qu’on leur connaît…

Amoureux du cinéma, je suis belge, pas drôle et végétarien (dans cet ordre ^^). Le septième art est ma grande passion et j’adore parler films, qu’importe leurs styles.
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