Far From Home : Loin des yeux, loin du cœur ?

11/07/2019

Titre : Spider-Man : Far From Home

Réalisateur : Jon Watts

Avec : Tom Holland, Zendaya, Jake Gyllenhaal, Samuel L. Jackson, Cobie Smulders, ...

Genre : Super-héros, Action, Comédie

Durée : 2h09

Nationalité : États-Unis

Sortie : 3 juillet 2019

Résumé : L'araignée sympa du quartier décide de rejoindre ses meilleurs amis Ned, MJ, et le reste de la bande pour des vacances en Europe. Cependant, le projet de Peter de laisser son costume de super-héros derrière lui pendant quelques semaines est rapidement compromis quand il accepte à contrecoeur d'aider Nick Fury à découvrir le mystère de plusieurs attaques de créatures, qui ravagent le continent !

.

Spider-Man au cinéma, ça a donné divers films aux retours bien opposés. On a d’un côté la trilogie Raimi, vénérée par beaucoup à juste titre tant les films composant celle-ci, même le décrié troisième épisode, ont su gérer parfaitement la dramaturgie inhérente au personnage par son statut réaliste. De l’autre, les deux films de Mark Webb, complètement opposés formellement mais dotés d’un certain charme malgré l’implication de Sony pour surfer sur le succès du MCU. Récemment, on a eu droit à « New Generation », véritable ode au médium comic que l’on ne peut que vous conseiller de (re)voir au moins une cinquantaine de fois tant il touche à la perfection narrative et visuelle.

Et puis, on a le cas Tom Holland. Si le personnage amusait dans « Civil War » et émouvait dans le final d’« Infinity War », son premier film solo, « Homecoming », se révélait tant oubliable qu’il suffisait de sortir de la salle pour se rendre compte que rien de mémorable ne restait dans l’esprit, malgré le bagout de son casting, Holland et Zendaya surtout. Le challenge était ici différent, « Far From Home » devant clôturer la phase 3 après un « Endgame » qui, bien qu’imparfait, amenait une nouvelle direction au MCU par les pertes occasionnées et un contexte de fond passionnant (quid des revenants ?). Bref, c’est avec une forte crainte mais néanmoins quelques espoirs que l’on regarde les nouvelles aventures de l’Homme-Araignée et finalement, on ne sait quoi penser du film.

Il y a des moments réussis bien évidemment. On pense surtout à UNE séquence avec Mysterio, qui a la chance d’être incarné par Jake Gyllenhaal (ce qui est déjà une qualité en soi). Celle-ci, hallucinatoire à souhait, comporte tout ce que le film aimerait dire sur son personnage avec une imagerie des plus réussies. On aimerait dire que rien que cette séquence justifie l’achat du billet, tout comme le couple formé par Tom Holland et Zendaya. Malheureusement, faire cela équivaudrait à mettre de côté les défauts du film. Et on a beau vouloir être gentil avec un film, quand on voit l’acharnement subi par « Spider-Man 3 » ou « The Amazing Spider-Man 2 » et la clémence envers ce « Far From Home », il faut être honnête.

En effet, ce nouveau Spider-Man a des idées et surtout du potentiel. Les questions se posent avant la séance : que se passe-t-il donc pour ceux revenus du Snap ? Quel sera l’héritage de Tony Stark ? Comment le monde se porte-t-il après tout cela ? Ce à quoi Far From Home nous répond par « I will always love you » sur fond de montage d’images faites exprès pour être le plus drôle possible. Malheureusement, ce n’est pas le rire que l’on ressent mais le malaise, le malaise de tourner une nouvelle fois le tout en blague inconséquente. Ses thématiques potentielles, les ambitions qu’il pouvait comporter, jamais le long-métrage ne s’en préoccupe. Au contraire, il balance tout cela avec autant d’intérêt qu’un végétarien pour un steak tartare.

Car ce film n’a que faire de ce qu’il pourrait raconter. Bien au contraire, il met le tout de côté pour faire rire. C’est même une qualité que beaucoup lui trouvent, ainsi qu’à Homecoming. Pourtant, c’est nier le niveau d’OSEF général. Quand les autres films faisaient de l’humour, ce n’était guère pour moquer le personnage. Ici, on se moque de tout et jamais les protagonistes ne sortent de leurs carcans de blagues. Résultat, une fois que ceux-ci sont en danger, jamais on ne le ressent. Pour quoi faire ? Que craindre pour des figures mal écrites à défaut d’être mal incarnées ?

Le personnage de Mysterio est symptomatique du défaut d’écriture du film. Bien évidemment, il va falloir rentrer en ZONE SPOILER, bien que les adeptes ne seront pas étonnés pour un franc. En faisant de cet ennemi un ancien employé de Stark menant d’autres délaissés du défunt milliardaire, il y avait de quoi raconter sur le personnage, l’inscrivant notamment comme le Vautour dans Homecoming dans une forme de comparaison. Malheureusement, tout cela reste en surface et jamais réellement abouti, tout comme le remplacement de la figure paternelle de Peter. En effet, jamais les personnages n’ont assez d’interactions pour réellement s’inscrire dans un lien empathique et rendre le twist réellement déchirant.

Las, les interactions entre protagonistes ne sont pas assez développées pour réellement fonctionner outre mesure, si l’on met de côté le marivaudage assez charmant entre Peter et MJ. Mais ce manque d’incarnation, aussi bien dans l’écriture que dans le visuel, rend le tout bien moins impactant et rend surtout le film inconséquent. Qu’importe si Peter ne se cache qu’avec un masque de Carnaval en pleine action vu que tout le monde s’en fiche ? Dès que notre héros est mis face à un danger, celui-ci se résout assez facilement et sans réelle implication. Les films de Raimi et Webb ainsi que « New Generation » instauraient des difficultés qui nourrissaient les personnages dans leurs drames. Ici, on a l’impression que ce Spider-Man n’a rien de bien compliqué à surmonter.

En cela, la première post-générique, impliquant la révélation publique de l’identité de l’Homme-Araignée, laisse perplexe. Le tout fait autant blague que le final de Homecoming. Y aura-t-il une réelle implication d’un tel événement dans les futurs films ou cela sera-t-il également traité par-dessus la jambe, servant juste à faire revenir JK Simmons dans sa prestation certes toujours aussi savoureuse mais avec un tel cynisme qu’il en devient douloureux ?

Revenons dès lors à Mysterio, ce méchant qui cherche à atteindre le statut de héros par ses scènes d’actions faussées et aux allures numériques visibles. Difficile de ne pas y voir un symbole du MCU récent tant tout porte à croire que ses actes ressemblent à plusieurs productions estampillées Marvel, avec peu de passion et cherchant juste à impressionner tant qu’il fait parler de lui. Malheureusement, même cette lecture hyper cynique tourne court et ne fait que relever la vacuité d’un projet que seul des suppositions ou des théories de fan permettraient de relever un vrai fond. FIN DE LA ZONE SPOILER

Au final, « Far From Home » est dispensable au possible. Là où l’on a su iconiser et ériger l’Homme-Araignée comme symbole du tiraillement moral du costume, jamais ce film ne traite réellement ces sujets, préférant sacrifier toute tentative intéressante sur l’autel de la gaudriole facile et creuse. Et s’il est par moments sympathique, c’est pour mieux dissimuler que jamais le long-métrage de Jon Watts ne cherche à être ne serait-ce que bon. Il est toujours dans la banalité la plus plate, telle sa photographie passe-partout. Et même malgré ses quelques qualités, quand on traite son personnage principal avec aussi peu d’intérêt que ses spectateurs, il est dur de se révéler vraiment qualitatif. Raimi avait su ériger un héros avec ses failles, Webb une romance s’achevant par le drame et Spider-Verse l’universalité de la position de héros. Far From Home, lui, ne peut se targuer que d’être par moments amusant. Si cela suffit pour vous, amusez-vous bien. Si vous cherchez par contre de bons films sur l’Homme-Araignée, mieux vaut faire l’impasse en salles et plutôt se revoir ses autres itérations qui, à défaut d’être totalement parfaites, ont au moins du cœur.

Photo d’illustration de l’auteur de cet article à la fin de la séance et après chaque Tweet certifiant que Far From Home est le meilleur film Spider-Man.

.

Amoureux du cinéma, je suis belge, pas drôle et végétarien (dans cet ordre ^^). Le septième art est ma grande passion et j’adore parler films, qu’importe leurs styles.
0 I like it
0 I don't like it

Leave a Reply

Your email address will not be published. Required fields are marked *