Ces séries qui nous figurent la fin d’un monde.

14/08/2019

Vous avez sûrement dû en entendre parler : les dernières études nous font présager une extinction de l’humanité d’ici 2050. Que l’on soit plus enclin à céder à la panique ou non, force est de constater qu’une telle information secoue un petit peu. Et si le monde tel qu’on le connaît est à la limite d’atteindre un point de non-retour ? Et si tout prenait fin ? Ces « et si » sont devenus le sujet de nombre de séries catastrophes, aussi appelées « post-apocalyptiques », et elles font fureur.

Web série « Rapaces », photo : Julye Lemay

Quel drôle de plaisir que celui d’assister à une reconstitution romancée de la fin de toute civilisation. C’est un plaisir que l’on pourrait qualifier de malsain, de curieux voire d’inconscient en cela que l’on sait, ou plutôt que l’on croit savoir, que cette fin ne nous concerne pas encore alors que tout semble indiquer l’inverse. Pourtant, cela nous passionne et l’on s’imagine vivre cette fin du monde, ces situations inextricables et complètement désespérées, des situations qui font naître en nous, de façon paradoxale, une intense expérience de vie. Ici, la catharsis est à son comble. Il n’est donc pas difficile de comprendre pourquoi le genre post-apocalyptique est en vogue et, tandis que certaines séries en ont épuisé le sujet et touchent à leur fin, la ferveur ne semble pas retomber. L’occasion de revenir sur ces succès post-apocalyptiques et d’en décrypter les sources.

The Handmaid’s Tale — « June » — Episode 2.01 — (Photo : Take Five/Hulu)

Quand fin du monde rime avec fin des droits.

Le genre post-apocalyptique ne se résume pas à la fin du monde (i.e la destruction quasi totale de la planète Terre), et cette fin du monde n’a pas d’ailleurs comme seule définition l’annihilation totale de la race humaine. Bien au contraire. Elle se pare parfois d’un vêtement bien plus ordinaire, plus discret et donc plus pernicieux. Prenons pour exemple The Handmaid’s Tale, une dystopie qui nous fait entrevoir un avenir des plus obscurs. Ici, la race humaine est toujours présente, mais elle fait face à ses pires vices. Dans ce tableau angoissant, malsain et terriblement probable, les Etats-Unis sont devenus des enclaves où règne un fanatisme religieux extrême qui a fait des femmes de simples réceptacles de vie. Cette fiction nous passionne parce que l’on pense que cela ne restera qu’une fiction, mais plus les saisons défilent (et avec elles les années dans le monde réel), plus le doute s’installe et l’on se prend à regarder cette série avec une désagréable impression de se trouver face à un docu-fiction du futur. Le post-apocalyptique sert ici de terrible avertissement et notre implication, toute détachée qu’elle fût au départ, devient urgence : on regarde, on apprend, on décrypte les erreurs commises par ceux qui ont laissé une telle chose se produire, et enfin on doute. Nous ne sommes finalement plus si loin d’un tel scénario et nous n’avons même plus le loisir du recul.

Une fin du monde version gore : virus et zombies.

Et puis nous avons ces séries qui n’y vont pas par quatre chemins et pour lesquelles la fin du monde est littéralement la fin d’un monde. Les règles ont changé et les implications aussi. Nous pensons évidemment à The Walking Dead qui est sûrement l’une des séries qui a le plus secoué les téléspectateurs par son traitement du thème du virus zombie. L’humanité risque ici l’annihilation pure et simple, tout le monde est infecté et les morts se multiplient à une vitesse exponentielle, rendant la survie d’un groupe hautement compliquée. Mais pas complètement impossible pour nos héros. Bien sûr, tout ne se fait pas dans la facilité et The Walking Dead nous dépeint en toute honnêteté ce que serait notre monde si un tel virus faisait surface. Alors quel risque y a-t-il à subir une telle horreur ? Disons que prendre des notes devant les actions salvatrices (ou non) de Rick Grimes et ses amis ne serait pas de trop. En effet, l’on en revient toujours au réchauffement climatique, mais il faut croire que la pollution est vraiment la source de beaucoup de nos problèmes, puisque rappelons-le, d’après certaines études, la fonte des glaces et du pergélisol pourrait réveiller des virus endormis depuis des siècles, des virus qui pourraient resurgir pour mieux nous détruire. Vous voilà prévenus.

Quand tout n’est pas perdu.

Tenues en simili cuir, mines revanchardes et postures de conquérants, oui vous êtes bien devant une série post-apo. Mais avec The 100, c’est plutôt le renouveau qui est mis à l’honneur. Mais un renouveau fragile, incertain et pas si populaire que ça. Ici, les derniers humains ont vécu depuis des années à bord d’un vaisseau en orbite autour de la Terre, depuis que celle-ci est devenue inhabitable suite aux émanations toxiques. Mais voilà, perpétuer la vie sur un vaisseau n’est pas chose aisée, la place finit forcément par manquer, ainsi que les vivres. Alors les dernières têtes couronnées ont l’idée d’envoyer 100 jeunes, le dernier espoir de l’humanité, sur Terre puisqu’après tant d’années enfin débarrassée des hommes, celle-ci a réussi à redevenir habitable. Seulement voilà, ces jeunes n’ont jamais connu la Terre et surtout n’ont jamais été livrés à eux-mêmes. Les voici donc propulsés dans un monde dont ils ignorent tout, un monde qui a marqué leur fin. Dans The 100, il est d’abord question de survie immédiate dans un environnement hostile et contre toute attente toujours habité, pour enfin poser une autre question : comment reconstruire une civilisation bâtie sur des idéaux qui l’ont peut-être déjà vouée à disparaître ? C’est la question que se poseront les principaux personnages, naviguant entre gestion politique et gestion à taille humaine d’un camp où les tensions mènent parfois au désastre.

Une fin venue d’ailleurs.

Qu’en est-il alors des extraterrestres ? Dans les œuvres de fiction, ils sont légion et ils viennent rarement en paix, c’est donc sans surprise que nous les retrouvons à la cause d’une ou deux annihilations. Dans Falling Skies, de méchants aliens répondant au nom d’ « Esphenis » décident de rayer 90% de l’humanité de leur carte pour, au premier abord, d’obscures raisons si ce n’est asseoir leur autorité. L’histoire débute six mois après cette extermination soudaine et nous suivons un groupe de Résistants, bien décidés à vaincre l’ennemi et rendre à l’humanité sa chance. Ici, la menace est extérieure et l’approche foncièrement patriote : l’humanité est une race qui se bat, qui ne se laisse pas abattre, l’ennemi n’est qu’un prétexte pour montrer ce dont sont capables les hommes (et ce, tant en bien qu’en mal).

Drôle de fin…

Qui a dit qu’une histoire sur la fin du monde devait être morose et moralisatrice ? Dans You, Me and the Apocalypse, série anglo-américaine, l’humanité est prise de court : si l’on pensait avoir un peu de temps avec la pluie de cigales, il faudra se préparer à une bien mauvaise nouvelle : une météorite fonce droit sur la Terre et rien ne semble pouvoir la stopper. Le monde sombre peu à peu dans le chaos, mais un chaos loufoque. La série oscille entre humour noir et humour british, à savoir décalé et brillant. Chaque personnage a sa couleur et sa dose de folie, le tout bien exacerbé dans une telle situation.

La liste de séries ayant pour objet l’apocalypse est encore longue et nul doute que vous y trouverez votre bonheur. Mais n’oublions pas que l’apocalypse signifie avant tout « révélation » : elle ne signe pas la fin d’un monde mais le début d’un autre, un nouveau monde. « La fin du monde apparaîtra quand l’idée même de Dieu aura disparu. D’oubli en oubli, l’homme réussira à abolir son passé et à s’abolir lui-même” disait Cioran. Cette idée de fin nous obsède en cela qu’elle vient questionner notre place, de manière littérale, dans le monde, mais ce concept vient aussi nous rassurer quant à nos peurs et notre besoin de donner un sens au tout. Quoi qu’il en soit, c’est un concept qui parle au plus grand nombre. Alors, pour en revenir à vous, quelle apocalypse vous irait le mieux ?

94s kid. Je vis d’art, d’astres et d’eau fraîche. Je suis, semble-t-il, attachée à la littérature, aux séries et aux langues (entre autres choses tout aussi folles). Je combats les caprices des mots sur le champ des idées coincées sur la langue. Je peux faire d’une série un long film de quatorze heures et la traduction, c’est sacré !
2 I like it
0 I don't like it

Leave a Reply

Your email address will not be published. Required fields are marked *