Chucky : Original ou Reboot ?

30/08/2019

.

La poupée la plus sanguinaire de l’histoire du cinéma a connu récemment les joies d’un reboot surprenamment réussi. Au vu des libertés prises par cette modernisation, il est amusant de constater que malgré leurs oppositions, ces deux versions de Chucky restent passionnantes par ce qu’elles amènent chacune.

Dans le premier film, réalisé par Tom « Vampire, vous avez dit vampire ? » Holland, Chucky est habité par l’esprit d’un tueur en série, Charles Lee Ray, qui utilise le vaudou pour échapper à la mort. Le concept d’origine est assez osé tant il se moque de figurines populaires à l’époque, les Buddy (on y reviendra plus tard). Difficile de ne pas y sentir une critique d’un capitalisme qui pousse les enfants à consommer tous les produits dérivés d’une certaine marque. Il y a ainsi une réelle inscription sociale avec cette mère élevant seule son fils et faisant son possible pour faire son bonheur. Ainsi, si cette poupée maléfique arrive dans le quotidien d’Andy et sa mère, c’est indirectement suite à une société de consommation qui crée le besoin d’avoir ladite poupée ainsi que le reste de ses équipements.

Tout ce contexte de fond nourrit la narration du film et pousse également à des questions assez taboues sur le rapport entre adulte et enfant. Ainsi, si Chucky est réellement terrifiant dans ce premier opus, ce n’est pas uniquement grâce aux excellents effets animatroniques qui tiennent encore la route. La poupée effraie car en plaçant dans l’objet le plus intime pour un enfant un esprit aussi néfaste que celui de Charles Lee Ray, on instaure un malaise moral, surtout au vu des formulations bien glauques du tueur (« J’ai rendez-vous avec un enfant de 6 ans »).

Tom Holland arrive à ce que son film ne tombe pas dans la gaudriole facile malgré le pitch de départ et cadre le tout avec un esprit de série B plus qu’efficace. Certains choix visuels aident à l’iconisation de la poupée avant sa destruction progressive dans le climax. Le tout peut être vu comme une critique de la nature mécanique du produit et de sa détérioration totale derrière son statut de produit vendu comme indispensable. De quoi en rajouter dans la critique économique du récit mais pas uniquement.

Car en plus de ce sous-texte et de la manière dont il se joue de défendus moraux participant à l’ambiance du récit, ce « Child’s Play » original s’avère toujours aussi divertissant par sa nature horrifique et arrive à instaurer en Chucky un nouveau modèle horrifique qui aura su rendre effrayants les jouets.

Passons rapidement sur les suites aux qualités variables pour se diriger vers ce fameux reboot qui faisait peur pour les mauvaises raisons. En effet, on éjecte de suite l’idée du tueur vaudou pour mieux donner une orientation plus moderne à la figure de poupée tueuse. En effet, on fait désormais face à une intelligence artificielle libérée de tout carcan moral par un employé maltraité d’une société fleurissante. Cela permet de faire le lien avec une industrialisation destructrice en le raccrochant à une certaine actualité qui n’aurait pas déplu à Charlie Brooker, créateur de « Black Mirror ».

La relation avec la technologie passe aussi par le nouveau nom de la gamme de poupées. Les « Good Guys » de 1988 laissent place aux « Buddi », reprenant donc le titre des jouets originalement moqués en les liant aux autres produits en « I » soulignant leur innovation technique. La critique économique, dès lors aussi présente que dans l’original, se dérive dans une perte de contrôle de nos produits par leur liaison totale.

L’aspect série B est toujours aussi pregnant, notamment dans l’écriture qui se fait bien plus cynique de manière ouverte. On passe souvent d’une horreur pure à une véritable comédie horrifique noire fonctionnant notamment par la gestion de ce nouveau Chucky. Une réelle empathie se crée, que ce soit par sa présence encore physique ou bien son avancée narrative, avec une forme d’innocence de départ qui s’inscrit dans la gestion d’un enfant. La progression de la poupée vers le meurtre se fait alors avec plus de subtilité qu’attendu et nourrit aussi bien le personnage que le film en lui-même.

Il y a dès lors quelque chose de toujours aussi divertissant dans cette nouvelle version, que ce soit son humour ou ses excès gores qui raviront tout fan d’hémoglobine. Mais il y a également une modernisation de la critique capitaliste, notamment par les différentes gammes de Buddi, tout en cultivant ce fossé qui s’établit entre un enfant et sa mère, ici mise bien plus en arrière-plan que dans l’original. Là où ce dernier fonctionnait par les inquiétudes croissantes de Karen et son regard d’adulte sur la situation, le reboot se concentre sur la relation entre Andy et Chucky, virant au possessif destructeur.

C’est en dérivant donc de l’œil du parent à celui du jeune garçon que ce « Child’s Play 2019 » trouve son cœur narratif avec ce qu’il faut d’empathie pour rendre la trajectoire narrative de Chucky assez déchirante, le tout sans renier ses oripeaux de divertissement gore s’inscrivant dans l’esprit 80’s, notamment par une recherche visuelle dans la photographie discrète mais amenant à des idées de plans riches et loin de faire du simple clin d’œil rétro.

Bref, en comparant ces deux versions de « Child’s Play », on constate deux films ancrés dans leur époque et profitant d’un point de départ scénaristique similaire pour mieux s’interroger sur la société de consommation, le tout en arrière-plan d’un divertissement de série B non feint. Bref, que ce soit l’original ou le nouveau, on aime beaucoup Chucky et on veut bien être son ami pour la vie (en espérant juste qu’il ne nous l’écourte pas)…

Amoureux du cinéma, je suis belge, pas drôle et végétarien (dans cet ordre ^^). Le septième art est ma grande passion et j’adore parler films, qu’importe leurs styles.
1 I like it
0 I don't like it

Leave a Reply

Your email address will not be published. Required fields are marked *