Dark saison 2 : cruel manque de clarté

03/08/2019

Titre : Dark

Créée par : Baran bo Odar,Jantje Friese

Avec : Louis Hofmann, Maja Schöne, Oliver Masucci, Stephan Kampwirth, Lisa Vicari, ...

Format : 44-60 minutes

Diffusion : Netflix

Genre : Drame, Science-Fiction, Mystère

Résumé : À la veille d'événements apocalyptiques, les familles de Winden découvrent qu'elles ont un rôle décisif à jouer dans le destin de leur monde.

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Quand on parle de Dark, on rappelle souvent que c’est une des rares séries allemandes à avoir connu un tel succès sur Netflix. Et pour cause, la première saison a créé un véritable petit cataclysme en nous proposant une intrigue sombre et prenante.

L’histoire, très simple au premier abord, nous emporte très vite dans un imbroglio déstabilisant, si complexe qu’il nous faudrait un paper-board et les créateurs Baran bo Odar ainsi que Jantje Friese eux-mêmes pour tout tirer au clair. Mais c’est ce qu’on aime avec ce genre de série et c’est avec une impatience non feinte que l’on attendait la saison 2.

Mais d’abord, qu’est-ce que Dark ? Comme dit plus haut, l’intrigue semble suivre la piste d’une histoire ordinaire, avec des airs de série noire policière ou bien des airs de Stranger Things pour le coup vraiment plus dark. Mais très vite, une atmosphère différente s’impose. La disparition n’est qu’un prétexte, un premier domino : la série se transforme en une délirante fresque, tant familiale que temporelle, une fresque obscure, fascinante et dérangeante. Dark raconte l’histoire de quatre familles de Winden, une petite ville de l’ancienne Allemagne de l’ouest, construite près d’une centrale nucléaire sur le déclin. A partir de là, quatre (et même cinq pour cette deuxième saison) temporalités se superposent : 1953, 1986, 2019 et 2052. Des époques séparées par trente-trois ans, entre lesquelles voyagent tour à tour chacun des protagonistes impliqués dans ces histoires de famille. Ils se déplacent à travers le temps grâce à une faille temporelle située sous la centrale nucléaire locale. Ces personnages sont aussi munis d’une machine portative, histoire de les aider un peu dans leur difficile voyage à travers le continuum espace-temps.  Et puis la machine s’emballe et c’est tout le destin de l’humanité qui est mis en déroute.

Voilà pour un résumé des plus succinct et qui ne vous gâche en rien les éléments de la saison 2. Cette dernière reprend après le twist final de la saison 1 et nous plonge directement dans l’ambiance. De façon générale, cette saison garde tout le charme de la première, les mystères planent toujours avec autant d’opacité, une chape de ténèbres semble s’étirer au-dessus de Winden, les noms et les visages s’entremêlent tandis que l’on tente désespérément de démêler les années de ces mêmes noms et visages pour en extraire des arbres généalogiques (et c’est bien peine perdue avec cette seconde saison, tant la série nous prend au dépourvu avec des twists des plus perturbants). On retrouve des personnages travaillés avec soin, on retrouve la langue de Goethe, on retrouve les évocations, les indices qu’on aime tant dénicher et on retrouve cette folle mode des théories qu’on se prend à déployer pour essayer d’y voir un peu plus clair.

La série, hautement symbolique (d’aucun diraient trop symbolique), nous offre une réflexion sur le temps et toute l’invraisemblance qui le constitue. Traiter des voyages dans le temps n’est pourtant pas chose aisée, et y ajouter une dimension religieuse encore moins. Peut-être eût-il fallu mieux combiner les deux, mais on ne va pas pour autant bouder notre plaisir : le pathos, qu’on nous déroule sur un grand tapis rouge, reste malgré tout assez efficace, on retient de nombreuses scènes poignantes et quelques moments où le temps est littéralement suspendu.

Mais voilà, il faut bien reprocher quelque chose à cette saison, puisque, une fois tous les épisodes visionnés, nous reste une étrange impression d’incomplétude. Alors ce que l’on reprocherait surtout à cette saison, c’est son inébranlable sérieux. On nous martèle de citations, pour induire à terme une véritable réflexion philosophique, peut-être, mais cela reste d’une certaine manière forcé, comme une surenchère du solennel. Là où la première saison nous saisissait par une inexplicable légèreté, par une poésie qui se dégageait de certaines de ses séquences (l’on pense tout particulièrement au monologue d’Ariane que délivre le personnage de Martha, incarné par Lisa Vicari avec une bouleversante beauté), cette saison cherche à nous perdre dans un enchevêtrement parfois maladroit du symbolisme religieux et du voyage temporel. Pas une seconde de répit n’est accordée au téléspectateur pour souffler, aucun relativisme ne lui est offert, tout n’est que question de fatalité, un fatum d’autant plus terrible qu’il se répète inlassablement. Si on appréciait dans la saison 1 le mystère de la disparition de Mikkel et le rôle qu’était amené à jouer Jonas, on pourrait tout aussi bien résumer cette seconde saison à une succession de séquences où l’on voit ce même Jonas (à différents âges) entrer comme un voleur dans sa propre maison, surprenant tout le monde parce qu’il n’a rien à y faire (alors que oui, il est tout de même chez lui). On a comme l’impression de tourner en rond à tel point que l’intrigue ne suffit plus à attiser notre curiosité. Tout le potentiel de Dark ne semble donc pas avoir été exploité ici et c’est bien là l’écueil qu’il est tant difficile d’éviter lorsque l’on traite de voyages dans le temps : trop complexe, trop de paradoxes, le risque de donner au téléspectateur une moue dubitative est grand. Cependant Dark ne plonge pas totalement dans l’écueil, il évite ce désastre de justesse, grâce, une fois encore, à un twist final qui nous prend de court et nous voilà à attendre avec impatience la saison 3.

En somme, cette deuxième saison apporte son lot de questionnements, questionnements qui découlent de réponses, et le tout se perpétue dans un cercle vicieux, une répétition des événements qui nous laissent une peu froids. Tous les ingrédients que l’on aime sont pourtant là : disparition, sauvetage de l’humanité, réflexion sur le rapport à soi, jeu d’acteur plus que convaincant, … Mais l’intrigue finit par s’essouffler, la faute à un croisement et décroisement des époques et des personnages ininterrompu. Malgré tout, on regarde cette nouvelle saison de Dark avec plaisir, mais on ne peut s’ôter de la tête que l’on découvrait la saison 1 avec fascination, une sensation que l’on aurait aimé sentir à nouveau.

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94s kid. Je vis d’art, d’astres et d’eau fraîche. Je suis, semble-t-il, attachée à la littérature, aux séries et aux langues (entre autres choses tout aussi folles). Je combats les caprices des mots sur le champ des idées coincées sur la langue. Je peux faire d’une série un long film de quatorze heures et la traduction, c’est sacré !
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