Hellboy : saga des Enfers ?

09/08/2019

Alors qu’un reboot directement détesté est en train de saloper les petits écrans autour de la planète ainsi que les yeux des pauvres spectateurs ayant payé pour le voir, revenons rapidement sur les deux films mis en scène par Guillermo del Toro ainsi que très rapidement sur cette nouvelle version.

Le premier épisode sort en 2004 et le moins que l’on puisse reconnaître, c’est que la genèse fut compliquée. Del Toro a ainsi dû patienter des années pour pouvoir porter l’œuvre de Mike Mignola à l’écran, expliquant notamment pourquoi il avait accepté de mettre en scène Blade 2 auparavant, histoire de confirmer ses compétences pour filmer des scènes d’action. Le réalisateur mexicain aura dû composer avec le fait qu’il a imposé lui-même Ron Perlman dans le rôle-titre là où les producteurs auraient préféré un Vin Diesel ainsi que refusé des desiderata assez incompréhensibles, tel Hellboy étant le double d’un jeune garçon qui se transforme quand il est en colère. Et pourtant, del Toro aura su surmonter nombre des obstacles mis sur son chemin, telle une classification PG13 qu’il repousse au maximum, notamment lors de la résurrection de Raspoutine dans un bain de sang.

Del Toro offre une retranscription stylisée des comics originaux, notamment par un sens de l’esthétisme romantique poussé avec une certaine puissance iconique. C’est ainsi que de nombreuses scènes impriment la rétine, comme le décès d’un personnage ou les designs des protagonistes. Cela n’enlève rien au drame humain, par exemple grâce à la relation touchante entre Hellboy et son père incarné avec douceur par le regretté John Hurt. Il y a un réel style poétique qui colle parfaitement au ton du film et permet à celui-ci d’être une œuvre entre Mignola et del Toro et ce malgré quelques exempts défauts, tel le personnage de Myers, fortement effacé.

Malheureusement, Hellboy n’aura pas le succès mérité, en grande partie à cause de la croyance appuyée des américains, entre certaines salles refusant de programmer un film avec « Hell » dans le titre et le succès public de « La dernière tentation du Christ » par Mel Gibson. Heureusement, le film aura droit à de très bons chiffres lors de sa sortie en DVD, ce qui permettra à del Toro de pousser pour une suite qui changera de studio.

C’est ce deuxième volet, « Les légions d’or maudites », qui permettra au réalisateur mexicain de livrer l’exemple brillant du blockbuster parfait. Ainsi, tout en prolongeant le développement de ses protagonistes par rapport à l’opus passé, cette suite sera une ode au fantastique au contexte passionnant sur de nombreux niveaux. C’est de cette façon que le méchant, le prince Nuada, a un véritable traitement tragique entrant en logique avec les réflexions passées de del Toro. De quoi offrir un véritable conte moderne protéiforme, tantôt dans l’action bourrin, plus tard dans l’horreur pure, par instants comédie de situation et ailleurs romance touchante.

La mise en scène est au diapason tant elle capte au mieux le tiraillement de notre héros, notamment par sa manière de jouer sur les échelles comme lors du combat contre l’élémentaire. L’aspect grandiose et merveilleux de la créature est sans cesse joué en comparaison avec le bébé sauvé par notre héros, tout en développant un vrai drame derrière l’action, rendant celle-ci bien plus impactante car impressionnante visuellement et scénaristiquement.

Il est donc triste de voir que les producteurs ont placé cette merveille de cinéma à sensation une semaine avant « The Dark Knight », événement de 2008 qui aura empêché au film de del Toro de se faire une carrière plus longue que la première semaine là où le bouche à oreille aurait pu être positif à une œuvre aussi désarçonnante par sa beauté et sa réussite. Alors que le succès est au rendez-vous lors de sa sortie physique, del Toro n’aura malheureusement pas droit à un troisième épisode, notamment suite à un coût jugé trop élevé de 120 millions de dollars (là où Universal a préféré investir 170 millions sur La grande muraille, allez savoir). Alors que le mexicain a su offrir des films grandioses avec des budgets vus comme moindres dans le cinéma à divertissement américain, il devra laisser place à un reboot déjà comparé au Shining version téléfilm par la manière dont un créateur aigri voit quelqu’un se réapproprier avec réussite son œuvre préférée faire n’importe quoi.

Et pourtant, on ne peut qu’être surpris que Mignola cautionne une telle médiocrité cinématographique. Si la présence de Neil Marshall permet d’éviter un total désastre par quelques menus détails, le tout semble avoir été fait pour des gamins qui trouveraient cool du gore aussi gratuit que ses insultes. Même sans chercher à comparer avec les deux films précédents, on ne peut que se sentir las devant tant d’immaturité crachant sur les bandes dessinées originales avec l’arrogance de ceux se targuant d’avoir compris l’oeuvre sans l’avoir lue. Les effets spéciaux sont d’une indigence rare tant leur nature numérique est mise à l’amende par le premier film datant pourtant de 15 ans et se permettant d’annuler le travail d’animatroniques ou de maquillages que l’on sent travaillés mais effacés par ces retouches aussi hideuses visuellement que ce film.

Tout cela se retrouve incarné dans le personnage titre, interprété par un David Harbour trop coincé par ses prothèses pour offrir quoi que ce soit au niveau du jeu, sans parler de son bras aux allures de carton pâte. On a l’impression que le shérif de Stranger Things est trop fatigué par les aléas d’une production catastrophique pour réellement s’impliquer, baladé vaille que vaille avec des enjeux mal amenés (Hellboy doit se cacher pour ne pas faire peur aux humains mais il se balade incognito dans la ville en n’attirant que de rares regards curieux ?). On ne parlera pas de sa musique plus aléatoire que celle de Suicide Squad car à part quelques décors gothiques, tel celui de la séquence de Baba Yaga, il n’y a presque rien à sauver de cette purge puérile à la laideur criarde qui infecte même ses bonnes idées (le plan séquence des géants avec ses CGI aveuglants).

Au final, s’il y a bien des choses à dire sur le diptyque Hellboy de del Toro, il faut reconnaître une certaine amertume de ne pas voir des œuvres aussi sensationnelles connaître le respect mérité alors qu’elles survolent les nombreux « divertissements » offerts par Hollywood et à la nature de produit aseptisé vite consommé, vite oublié. Heureusement que del Toro aura su s’affirmer comme l’un des plus grands metteurs en scène de genre du 21ème siècle et que ses Hellboy perdureront, là où le nouveau se fait railler avec véhémence. Un certain sens de justice ? 

Amoureux du cinéma, je suis belge, pas drôle et végétarien (dans cet ordre ^^). Le septième art est ma grande passion et j’adore parler films, qu’importe leurs styles.
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