La Couleur des Sentiments

06/08/2019

Titre : La Couleur des Sentiments

Réalisateur : Tate Taylor

Avec : Viola Davis, Emma Stone, Octavia Spencer, Bryce Dallas Howard, Jessica Chastain, Allison Janney, ...

Genre : Drame, comédie

Durée : 2h26

Nationalité : Américain

Sortie : 26 octobre 2011

Résumé : Au début des années 1960, Skeeter, une jeune femme blanche, rentre dans sa famille à Jackson, au Mississipi, après avoir fini ses études universitaires. Alors que les mouvements en faveur des droits civiques s’accentuent dans le Sud des Etats-Unis, la jeune femme se lance dans l’écriture secrète d’un article pour le journal local, dans lequel elle souhaite décrire les conditions de vie et de travail des domestiques noires de la ville, chargées d’élever les enfants des familles blanches. Deux d’entre elles, Aibileen et Minny, après certaines hostilités, acceptent finalement de témoigner sur leurs conditions de travail et de vie pour ce projet secret. Les trois femmes risquent chacune très gros, mais leur engagement et leur courage vont leur permettre de défier les autres habitants de la ville opposés au changement.

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C’est en octobre 2011 que La Couleur des Sentiments, l’adaptation cinématographique de Tate Taylor, du roman éponyme de Kathryn Stockett, paraît sur grand écran en France. Le film rapporte au total un peu plus de 216 millions de dollars de recettes au niveau mondial alors que seulement 25 millions avaient été nécessaires pour le produire. Doté d’un casting cinq étoiles, regroupant notamment Viola Davis, Emma Stone, Octavia Spencer (lauréate de l’Oscar de la Meilleure actrice dans un second rôle pour le film en 2012), Bryce Dallas Howard ou encore Jessica Chastain, le film expose l’image d’une société où la couleur de peau d’une personne lui dicte à la fois la loi, les comportements et conventions à respecter ou encore les sentiments qu’elle devrait éprouver.

Bien que La Couleur des Sentiments soit un film aux décors et costumes colorés, il n’en est pas moins un film retranscrivant le contexte ségrégationniste et raciste aux Etats-Unis dans les années 1960. En effet, la photographie du film est un élément essentiel, que cela passe par les couleurs, les décors ou les costumes. D’ailleurs, des robes ont été chinées spécialement dans les greniers des habitants de la ville, afin de se plonger encore plus dans l’atmosphère des sixties au Mississipi.

Le film commence par la volonté des familles blanches de la ville d’installer des toilettes séparées, ne voulant pas partager les leurs avec leurs domestiques. Dès lors, il apparaît comme un film réaliste d’une part, car il expose une société avec des conventions ayant existé il y a maintenant un peu plus de cinquante ans ; et d’autre part c’est un film purement fictionnel, avec des personnages n’ayant pas réellement existé. En vérité, les personnages n’ont pas nécessairement à avoir existé pour nous montrer l’image d’une telle société et nous transmettre les messages et valeurs qu’ils véhiculent. Il suffit que ceux-ci soient pertinents et poussent à la réflexion, comme le fait si bien ce film.

En disant cela, je pense notamment aux différentes scènes entre Skeeter (Emma Stone) et Aibileen (Viola Davis), dans la cuisine de cette dernière où elles échangent sur les conditions de vie et expériences des domestiques ; et à y regarder de plus près, c’est là où le film prend tout son sens. En effet, rien ne devrait séparer ces deux personnages, pas un statut social, ni une couleur de peau, car elles ne sont que deux êtres humains éprouvant des sentiments comme tous les autres et c’est pour cela que le titre français choisi est plutôt intéressant. Puisqu’en effet, au final une chose est vraie : tout le monde a des sentiments, quel que soit sa couleur de peau ou son rang social et cela se retrouve en chacun des protagonistes de l’histoire. En vérité il n’y a qu’une seule couleur : la couleur des sentiments. Un joli chant d’espoir et d’humanité dans le contexte si dur et cruel de la ségrégation.

Le film se réfère également à un certain nombre d’événements historiques, notamment aux mouvements en faveur des droits civiques, menés par Martin Luther King et ses célèbres discours. De plus, des éléments repris dans le film, tels que la séparation des lieux publics entre les personnes blanches et noires, sont de véritables témoignages et mises en images des conditions imposées à l’époque. On peut penser ici, comme dit précédemment, à la volonté du personnage d’Hilly Holbrook (Bryce Dallas Howard), de mettre en place des toilettes séparées pour les domestiques et leurs employeurs. Néanmoins, les références historiques ne prennent pas les devants de l’histoire, mais permettent de bien contextualiser l’histoire de la ville et de ses domestiques à travers cette époque complexe. Ainsi, le film ne donne jamais vraiment de jugement sur la situation et se contente de nous montrer de manière fictive comment la ségrégation s’opérait aux Etats-Unis dans les années 1960. Il nous rappelle que la Ségrégation raciale était encore en place dans le pays il y a une cinquantaine d’années et que les citoyens noirs n’avaient à l’époque ni le droit de vote, ni le droit de partager certains espaces avec les citoyens blancs et étaient exploités par leurs employeurs blancs, surtout dans le Sud (tel qu’Hilly le fait). Dès lors, ce film nous permet d’avoir conscience de cette société et de ses conditions de vie, à une époque où la xénophobie et autres préjugés ont tendance à refaire surface.

Le film dévoile l’histoire de différents groupes au sein de la ville de Jackson, permettant de visualiser un peu mieux les codes et conventions qu’imposait directement ou indirectement la société. Une scène illustrant bien cette idée est celle au cours de laquelle on comprend enfin ce qui est arrivé à Constantine (Cicely Tyson), la bonne qui a élevé Skeeter (Emma Stone). Il s’avère que la mère de Skeeter (Allison Janney), qui n’est pas véritablement raciste, n’a licencié Constantine que pour l’image donnée devant ses amies, elles, racistes, et affirmer sa place dans cette société. L’image de Mme Pheelan fermant la porte à sa fidèle bonne en aura d’ailleurs ému plus d’un. Un au revoir brutal et déchirant pour les deux femmes qui au fond étaient bien plus qu’une bonne et son employeur.

L’histoire et la large palette de personnages touchent ainsi les spectateurs de différentes façons. En effet, un spectateur peut être amené à être plus touché par l’histoire de Minny et Celia Foote, alors qu’un autre le sera plus par celle d’Aibileen. Le film tente de comprendre chacune de ces femmes et leurs histoires, au travers de la dynamique du partage et de l’échange (comme par exemple, lorsque Aibileen accepte de raconter son histoire à Skeeter ou encore lorsque Minny apprend à Celia à cuisiner).

Les femmes sont également au centre du film. La lutte en faveur des droits sociaux est le thème continu de celui-ci, mais il faut également avouer que les femmes en sont une part importante : d’abord de par leur effectif, mais aussi au travers de certaines thématiques abordées. Par exemple, le personnage de Skeeter représente une évolution du statut de la femme dans une société où les femmes telles qu’Hilly se contentent de respecter les principes traditionnels. Skeeter est une représentation de la femme moderne, dans le sens où elle n’est pas encore mariée et avec des enfants comme toutes ses autres amies d’enfance, et au contraire, apprécie sa liberté, est allée à l’université et se lance dans sa carrière professionnelle.

Le film repose également sur de très grandes performances de la part des différentes actrices. Viola Davis -qui incarne Aibileen Clark, une domestique ayant élevé dix-sept enfants dans différentes familles blanches de la ville- campe ici un de ses plus grands rôles, et se révèle complètement saisissante. Sa performance est exceptionnelle car tout passe à travers ses yeux et son regard, on y voit la douleur profonde de la perte de son jeune fils, la colère qu’elle ressent, mais aussi sa compassion et tendresse pour la jeune Mae Mobley.

Emma Stone, quant à elle, apparaît pétillante dans son rôle de Skeeter, ce qui lui permet de ne pas présenter un côté hautain ou condescendant que son personnage pourrait potentiellement faire ressortir compte tenu du rôle que celui-ci a dans l’histoire.

Octavia Spencer, lauréate de l’Oscar de la Meilleure actrice dans un second rôle pour ce film, se révèle être un véritable pilier dans le film. En effet, Minny est un personnage complexe, disposant à la fois d’une grande force mais également d’une certaine vulnérabilité. Minny est une domestique qui n’a pas peur de dire les choses telles qu’elles le sont, que cela en déplaise ou non à la personne qui se trouve en face d’elle (notamment avec Hilly). Et c’est là la grande différence entre elle et sa meilleure amie, Aibileen, qui elle, va parfois dire des choses qu’elle ne pense pas pour ne pas avoir de soucis. Mais Minny est également une mère de famille de cinq enfants, avec un mari violent. Elle se retrouve renvoyée de son travail chez les Holbrook et va par la suite en chercher un autre auprès de l’exubérante mais touchante Celia Foote, pour le bien de sa famille. Minny est ainsi un personnage intéressant, et brillamment joué par Octavia Spencer, car nous la voyons dans ce film sous différents angles, à la fois forte et à la parole libérée mais aussi parfois incertaine.

La performance de Jessica Chastain -qui s’est transformée physiquement pour le bien du rôle que cela soit en prenant quelques kilos ou en adoptant une chevelure platine, rappelant fortement Marylin- est également remarquable, incarnant la touchante Celia Foote, un véritable vent de fraîcheur et d’ouverture d’esprit, bienvenu dans la ville comme dans l’histoire. Personnellement, la relation entre Minny et Celia est un de mes aspects préférés du film, elle est très bien développée : à la fois drôle et touchante, cette relation révèle un réel respect existant entre les deux femmes. Il est vrai que l’humour et le cœur qui se dégagent de ce film, qui présente une diversité de points de vue et d’histoires au sein d’une même ville, en font aussi toute sa force et ses qualités.

Ce que l’on pourrait reprocher à La Couleur des Sentiments, c’est son aspect classique, sa simplicité ou encore sa naïveté. Mais il faut aussi avoir en tête que ce film est destiné à un large public et que son but n’est pas de dénoncer mais bien encore une fois d’exposer de façon fictive le contexte ségrégationniste. Et cet aspect classique et simple permet à un plus large public de prendre conscience de certains préjugés ou ignorances qui ont encore la dent dure, notamment vis-à-vis de la couleur de peau des personnes.

Par ailleurs, un autre point négatif pouvant apparaître au cours du film, est l’aspect du « sauveur blanc ». J’entends par là que si on regarde attentivement, les domestiques de la ville parviennent à sortir de leur condition ou acceptent tout simplement de parler grâce à l’aide de Skeeter, une jeune femme blanche. Cette idée peut être encore plus visible dans le titre original, à savoir « The Help » (« l’aide » en anglais), qui montre, dans un sens, encore plus cette notion d’aide nécessaire.

D’ailleurs, Viola Davis a révélé au cours d’une interview réalisée en septembre 2018, pour le New York Times, avoir quelques regrets vis-à-vis du film et de l’histoire que celui-ci racontait. Elle déclare : « Il m’a semblé au bout du compte, ce n’était pas les voix des domestiques que l’on entendait. Je connais Aibileen. Je connais Minny. Elles sont ma grand-mère. Elles sont ma mère. Et ce dont je suis sûre, c’est que si on veut faire un film dans lequel le postulat principal est de comprendre ce que ça faisait de travailler pour des Blancs et d’élever des enfants en 1963, j’ai envie d’entendre ce que ça faisait réellement. Je n’ai jamais entendu ça au cours du film. »

Néanmoins, je pense également que différents angles de vue peuvent être adoptés au cours du visionnage du long métrage. Jessica Chastain (Celia Foote) déclarait par exemple, il y a quelques années, lors de la promotion du film : « c’est une histoire de femmes qui s’adresse à tous, parce qu’elle parle d’une chose simple et d’actualité : le respect ».

D’autre part, le film peut être aussi perçu comme une histoire de famille au sens large du terme, puisque une véritable forme de solidarité unit finalement certains personnages. Par exemple, dans l’une des dernières scènes, on découvre que la famille Foote a organisé un véritable festin pour Minny et lui fait dès lors comprendre qu’elle fait en quelque sorte partie de leur famille.

Ainsi l’enjeu de La Couleur des Sentiments n’est pas de révolutionner le sujet ou d’imposer une façon de penser autour de celui-ci, mais simplement d’éveiller les consciences. En effet, c’est une œuvre du septième art qui permet de mettre en lumière certains problèmes passés ou encore présents au travers des personnages, de leurs expériences et de leurs choix.

Ce que nous retiendrons de ce film, ce sont : l’engagement et la solidarité entre les principaux protagonistes qui mènent à bien leur projet à leurs risques et périls, mais aussi l’humour (n’oublions pas cette merveilleuse séquence de la tarte au chocolat !) et l’émotion (oui, la dernière scène nous aura à tous fait sortir les mouchoirs) qui en découlent et qui permettent d’exposer, de façon assez légère, une époque aux conditions difficiles, mais dont il est nécessaire d’avoir connaissance.

Il reste une version simplifiée de l’Histoire, bien sûr, mais au fond, si cela permet à un plus large public de comprendre les difficultés de cette époque et d’être touché par ces histoires, mêmes fictives, n’est-ce pas déjà une bonne chose ?

Une chose est sûre, cette histoire vous fera à la fois sourire, tout comme pleurer, car ces personnages ont chacun des choses à dire et raconter, et il est dur de rester de marbre devant celles-ci. Le Couleur des Sentiments vous fera sûrement également réfléchir pendant ses deux heures et demie qui s’écoulent avec fluidité. Ce film aux valeurs importantes, telles que le respect, la tolérance, la solidarité et l’égalité, ne révolutionne pas le monde mais peut tout de même se vanter de permettre d’éveiller les consciences.

Et surtout n’oublions pas une des plus belles et inspirantes répliques du film : «  You is Kind, You is Smart, You is Important ! » (Je suis gentille, je suis intelligente, je suis importante).

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Bercée par la magie de Disney, j’aime me perdre à imaginer et créer de belles histoires. Je passe le plus clair de mon temps libre assise dans une salle de cinéma et l’actu ciné suffit à égayer ma petite journée.
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