Once Upon a Time… in Hollywood : l’ode à la fiction (spoilers)

22/08/2019

Titre : Once Upon a Time… in Hollywood

Réalisateur : Quentin Tarantino

Avec : Leonardo DiCaprio, Brad Pitt, Margot Robbie, ...

Genre : Comédie dramatique

Durée : 2h41

Nationalité : États-Unis

Sortie : 14 août 2019

Résumé : En 1969, la star de télévision Rick Dalton et le cascadeur Cliff Booth, sa doublure de longue date, poursuivent leurs carrières au sein d’une industrie qu’ils ne reconnaissent plus.

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Quentin Tarantino fait partie de ces réalisateurs qui auront souligné l’importance de l’art cinématographique dans leur construction individuelle. À l’instar d’un Ready Player One parlant de l’influence de la pop culture sur notre fonctionnement social, « QT » aura au sein de sa filmographie joué de la reprise, de la réappropriation pour souligner l’aspect perpétuellement neuf de la création artistique. Son film précédent, « Les huit salopards », reprenait des morceaux non utilisés de la bande originale d’Ennio Morricone pour « The Thing », avec qui il partage une histoire de paranoïa violente sur fond de huis clos neigeux (ainsi que d’autres points qu’il vaudrait mieux reprendre dans un article à part). Le voir reprendre l’un des mythes tragiques d’Hollywood ainsi que l’un des tournants d’une époque américaine s’avérera donc aussi peu innocent que ses autres films.

Tarantino aura donc écrit une nouvelle lettre d’amour au septième art en sublimant au possible une période qu’il considère comme rêvée et qu’il tente de capter au mieux avec le plus de plans possibles de manière longue afin de partager son amour du Hollywood de 1969. C’est une réelle plongée dans l’intimité de trois personnages symbolisant cette période à divers degrés, des échelles différentes afin de mieux sonder ce qui faisait la perfection de cet âge d’or à ses yeux. Cela se ressent notamment dans leur manière de conduire ou d’être conduit, divisant parfaitement le traitement de chacun face à ce décor si ciné-génique de la route de Los Angeles. Hollywood est filmé comme une impossibilité à atteindre, un monde quasiment imaginaire rendant son voyage dans celui-ci indispensable et justifiant les nombreuses digressions d’un récit long de plus de deux heures quarante.

C’est ainsi que les convocations de figures mythiques de ce Hollywood, comme Bruce Lee ou Steve McQueen, pourront paraître superflues dans l’ajustement du récit, mais relèvent de la même logique d’idéalisation, tout en théorisant sur la situation actuelle dans la création sur l’écran. Dans ce sens, la scène où Sharon Tate va voir son film au cinéma touche, rappelant la nature collective de l’expérience en salle tout en jouant d’un reflet de la Sharon incarnée par Margot Robbie face à la réelle Sharon Tate, dans un jeu de miroir particulièrement chargé émotionnellement. Néanmoins, l’expérience télévisuelle n’est pas traitée avec dédain au vu de l’amusement que ressentent Rick Dalton et Cliff Booth en regardant un épisode dans lequel joue le premier. Tant que la création artistique est partagée, celle-ci est appelée à survivre.

Ce qui marque surtout dans le récit, c’est l’amour sincère du réalisateur pour la fiction et la manière dont elle s’entremêle à la réalité. On pourra revenir sur le final d’« Inglourious Basterds », où c’est dans un cinéma qu’Hitler et d’autres dirigeants nazis se font assassiner, permettant à la création cinématographique de détruire un monstre du réel. Ici, Tarantino use de la même astuce narrative avec un sens du cathartique assez tragique. On prend ainsi un certain amusement à voir des membres de la famille de Manson être attaqués avec brutalité au vu de leur but et en même temps, le lance-flamme le plus affûté ne peut enlever ce qui s’est passé en vrai.

Et d’un autre côté, n’est-ce pas au rôle de la fiction d’offrir cet échappatoire ? On parle d’uchronie pour « Inglourious Basterds » ou « Once Upon a Time… » mais ce serait plutôt une forme de libération surtout étant donné que l’on ne nous dévoile pas directement les répercussions de ces changements par rapport à l’Histoire. Face à l’inéluctabilité des tragédies quotidiennes et historiques, ce sont les personnages de fiction qui sauvent la situation et permettent d’offrir une alternative dont la nature éphémère rend la sortie de salle assez mélancolique.

En ce sens, le « Once Upon a Time… » du titre convoque le genre du conte auquel Tarantino se rattache dans son final avec un certain sentimentalisme mettant de côté le cynisme de certains pour mieux souligner leur réussite. C’est ce qui rend les protagonistes du film si tragiques et tangibles. Rick Dalton ne peut se rendre compte de l’empathie que ressentiront les spectateurs pour lui, enfermé dans son cadre de fiction. La Sharon Tate du film ne peut imaginer le drame que vivra sa version de notre monde. La fiction affranchit et enferme à la fois, paradoxe de création assez bouleversant rendant le film si puissant à de nombreux niveaux.

Pourtant, Tarantino cherche à mettre en avant le merveilleux et la manière dont, dans cet univers autre, la fiction et la réalité s’entremêlent. On pense ainsi à Cliff dans cette ferme, ancien décor de western où la tension qui règne ressort aussi bien de l’intérieur de sa diégèse que l’extérieur, comme souligné par la nature menaçante de la musique d’un écran de télévision. Tout se mélange, entre les connaissances (ou non) du public sur la réalité des faits et la manière dont les protagonistes transcendent l’écran. La séquence de tournage de Lancer appuie cela, la fiction intradiégétique infectant la fiction à laquelle nous assistons. Dès lors, la sensation d’immersion est profonde, nous raccrochant aux protagonistes pour mieux se repérer.

C’est donc l’empathie qui règne dans le film, à l’opposé de la misanthropie d’un « Reservoir Dogs » ou du cynisme nihiliste d’un « Huit Salopards ». Tarantino sublime ses héros, quitte à mettre de côté par moments Sharon Tate à laquelle Margot Robbie confère pourtant une aura telle qu’elle rend l’attente de l’attaque de la famille Manson plus tendue encore. Mais s’il le fait, c’est peut-être pour rappeler l’espoir que peuvent représenter les héros de fiction, aussi imparfaits soient-ils, appuyés par les prestations impeccables de Leonardo Dicaprio et Brad Pitt.

Est-ce que « Once Upon a Time… in Hollywood » est le meilleur film de Quentin Tarantino ? Seul le temps pourra le dire mais la mélancolie tragique qui s’en dégage rend son visionnage assez indispensable, éclaircie d’un été cinématographique assez médiocre parmi les titres grands publics. Son espoir dans un monde fictionnel rend ce conte encore plus bouleversant et l’on est sûr qu’au fur et à mesure des visionnages, on trouvera encore beaucoup à dire sur un titre au pouvoir de fascination non négligeable. C’est donc étonnamment ému qu’on sort de ce long-métrage faisant surpasser le mythe, la belle histoire, à la tristesse de la réalité, tout en n’ignorant pas l’impact tragique de celle-ci…

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Amoureux du cinéma, je suis belge, pas drôle et végétarien (dans cet ordre ^^). Le septième art est ma grande passion et j’adore parler films, qu’importe leurs styles.
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