Traîné sur le bitume : Noir, c'est noir...

01/08/2019

Titre : Traîné sur le bitume

Réalisateur : S. Craig Zahler

Avec : Mel Gibson, Vince Vaughn, Tory Kittles, ...

Genre : Polar, drame

Durée : 2h38

Nationalité : États-Unis

Sortie : 2019

Résumé : Deux policiers sont suspendus pour usage abusif de la force après une arrestation musclée. A court d’argent, ces deux représentants de l’ordre basculent de l’autre côté de la loi pour s’arroger une compensation.

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Dans le domaine du cinéma américain récent, S. Craig Zahler est un auteur particulier qui n’aura jamais connu une bonne distribution salles ici et cela se comprend une fois qu’on jette un œil à sa filmographie. Son rapport à la violence nourrit toutes ses créations, qu’elles soient purement scénaristiques (clairement le point le plus intéressant du très très très très moyen « Puppet Master : The littlest Reich) ou bien quand il passe derrière la caméra. Ceux qui ont découvert son premier film, le western « Bone Tomahawk », garderont en mémoire CETTE scène qu’il faut absolument découvrir par soi-même. Bien évidemment, ce « Traîné sur le bitume » ne déroge pas à la règle, loin de là.

Dès la première scène, il transpire du film une certaine atmosphère, bien aidé par la photographie de Benji Bakshi (avec qui il a collaboré précédemment sur « Bone Tomahawk » donc mais également « Brawl in cell 99 », déjà avec Vince Vaughn). L’imagerie est puissante dans le long-métrage, que ce soit par certains choix visuels allant aussi bien dans du polar réaliste dur que dans quelque chose de bien plus trouble, l’immoralité du récit infectant le plus possible l’écran ainsi que le spectateur, se jouant comme ses deux films précédents de ses genres pour mieux exploiter leur accès de fureur derrière leur nature apparente de séries B aux accents pulps.

Cela passe par les « héros » du film, des policiers incarnés par deux acteurs mal-aimés d’Hollywood en la personne de Mel Gibson et Vince Vaughn. L’un, malgré un certain retour sur le devant de la scène, reste un paria après ses nombreuses polémiques, tandis que l’autre est perpétuellement enfermé dans la case humoristique assez lourdingue. Le duo fonctionne néanmoins bien et le statut hors écran des acteurs apporte une incertitude quant à l’empathie qu’il faudrait ressentir ou non envers leurs personnages et leurs actions. L’écriture de ceux-ci et leur interprétation apporte à la nature imprécise d’une intrigue qui n’hésite pas à ralentir et prendre des détours pour mieux marquer (cf le personnage de Jennifer Carpenter). 

Zahler aime ainsi dérouter en permanence, étirer son climax au maximum, prendre son temps pour placer l’action avant que son braquage ne se fasse douloureux. Tout est maîtrisé avec une certaine froideur apparente qui apporte une touche des plus uniques. Le regard du metteur en scène se fait précis et l’on sent qu’il a conscience que sa gestion générale pourrait être vue comme politiquement ambiguë, ce qui lui aura valu des critiques assez violentes de la part de certains médias. Mais cette ambiguïté générale, ces passages bruts entre lenteur et violence, tout ceci nourrit la fascination que l’on adopte pour ce « Traîné sur le bitume » à la noirceur si profonde que l’on craint de s’y noyer définitivement.

On remerciera donc Metropolitan d’éditer ce que l’on peut qualifier de polar sulfureux aux méandres surprenants et n’hésitant pas à cogner au plus fort son public au moment où on s’y attend le moins. On ne peut prévoir le sentiment que vous ressentirez devant ce thriller fort mais ce qui est certain, c’est que vous n’en ressortirez pas indifférent…

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Amoureux du cinéma, je suis belge, pas drôle et végétarien (dans cet ordre ^^). Le septième art est ma grande passion et j’adore parler films, qu’importe leurs styles.
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