Ça Chapitre 2 : peurs d'enfants, traumatismes d'adultes

27/09/2019

Titre : Ça Chapitre 2

Réalisateur : Andy Muschietti

Avec : James McAvoy, Jessica Chastain, Bill Hader, ...

Genre : Drame, Fantastique

Durée : 2h50

Nationalité : États-Unis

Sortie : Septembre 2019

Résumé : 27 ans après la victoire du Club des Ratés sur Grippe-Sou, le sinistre Clown est de retour pour semer la terreur dans les rues de Derry. Désormais adultes, les membres du Club ont tous quitté la petite ville pour faire leur vie. Cependant, lorsqu'on signale de nouvelles disparitions d'enfants, Mike, le seul du groupe à être demeuré sur place, demande aux autres de le rejoindre. Traumatisés par leur expérience du passé, ils doivent maîtriser leurs peurs les plus enfouies pour anéantir Grippe-Sou une bonne fois pour toutes.

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Les adaptations de Stephen King sont légion sur grand écran. Et comme nous l’avions écrit à l’époque de sa sortie, la version 2017 peut se classer dans la catégorie des réussites, résultat surprenant quand on voit sa production compliquée mais moins quand on constate la reprise en main d’Andy Muschietti, auteur de l’amer « Mama ». Au vu des excellents résultats critiques et financiers de cet opus, il était logique que la suite charrie son lot d’attentes. Malheureusement, ces dernières auront sans aucun doute impacté les retours d’une oeuvre bien moins construite que son prédécesseur mais néanmoins passionnante.

Le terme n’est pas exagéré tant Muschietti arrive à reprendre les thématiques du roman du King, prolongeant la terreur sourde enfantine du film précédent. L’ouverture reprend ainsi le pessimisme inhérent à la conclusion pour mieux replacer ce traumatisme enfoui dans chacun de nos personnages. L’amertume qui s’en dégage va contaminer en permanence le récit, même dans ses orientations plus humoristiques. Cela colle parfaitement à l’interprétation de Bill Hader en Richie notamment, vecteur des moments plus drôles du film tout en étant parfaitement brossé dans son drame intime, fruit d’un amour impossible à assumer, la faute à une société brimant en permanence ce qui sort d’une normalité institutionnalisée.

Dans ce sens, la gestion du meurtre d’Adrian Mellon s’avère frappante dans ce qu’elle reprend du roman tout en le plaçant dans une modernité glaçante. La scène fait mal car ce genre d’exactions homophobes reste trop souvent régulières et que Muschietti filme le tout avec une brutalité réaliste, à mille lieues d’une horreur plus « grand guignol » propre à Grippe-Sou. Difficile de ne pas être choqué par la séquence et le brio par lequel le metteur en scène introduit son méchant, soulignant la nature néfaste d’un fléau inscrit dans l’histoire de la ville. La terreur n’en est que plus puissante encore car, loin du simple boogeyman facile, Grippe-Sou symbolise l’horreur de Derry, ce monstre qui se nourrit des drames de sa ville comme chaque endroit connaît de manière métaphorique.

La manière dont avance le drame de chaque protagoniste poursuit cette réflexion, transformant le traumatisme d’enfance en véritable déni, ralentissant chacun à sa manière dans sa propre existence. Dès lors, quand l’un des personnages disparaît brutalement, son influence se ressent sur le groupe, nourrissant une tristesse ambiante qui ne s’éteindra jamais. En plus de ne pas tomber dans la vulgarité gratuite par sa séquence de suicide, Muschietti fait de cette perte un moteur émotionnel qui va pousser chacun, consciemment ou non, plus loin dans sa vulnérabilité sentimentale.

C’est le moment de souligner un casting solide, profitant d’une écriture assez bien menée pour ramener l’empathie qu’on avait pour nos héros enfants. Les rapports créés entre leur version jeune et celle adulte soulignent une cohérence dans la direction d’acteurs et dans leur avancée personnelle. Il serait alors pertinent de découvrir le montage que prépare le réalisateur pour rassembler ses deux films en un seul tant on ressent une recherche de rappel des événements de l’un à l’autre, explicitant cette répercussion des drames passés sur un futur bien moins solide si l’on ne peut y faire face.

Malheureusement, c’est dans cette recherche que l’on ressent l’un des gros défauts du film, pourtant cohérente dans l’une de ses thématiques : une certaine forme de répétition qui devient prévisible au fur et à mesure, essentiellement dans la deuxième partie. Suivant chaque Loser à la recherche d’un objet passé, ce milieu de récit rejoue de la même mécanique narrative : le personnage arrive dans un lieu et revit une attaque de Grippe-Sou jeune avant de devoir y faire face de nouveau adulte. De quoi alourdir un peu l’intrigue et faire ressentir un peu plus la durée du métrage sur le spectateur.

Pourtant, le film regorge de séquences qui valent la peine durant cette partie et ce pour chacun de nos héros. Si certains étaient délaissés durant le premier chapitre, celui-ci recentre un peu plus tout le monde, soulignant leur questionnement individuel. Que ce soit les sentiments refoulés de Richie, les doutes de parentalité et d’abandon de Bill ou l’obligation de Mike de rester à Derry pour mieux sauver les autres, abandonnant son soi pour le groupe, chacun y trouve son compte. La gestion du trauma privé et de la confrontation en groupe face à la menace intérieure se révèle prenante, le traitement du fantastique devenant exutoire d’une inquiétude personnelle qui se révélera pas tout à fait apaisée mais au moins réglée d’une certaine façon.

On pourrait même parler du traitement d’Henry Bowers. À priori peu utile à l’intrigue, le retour de ce personnage souligne l’implacabilité de la menace ambiante à Derry, pouvant infecter chaque individualité pour mieux le détruire, tel un déterminisme social auquel échapper relève de l’exploit le plus pur. S’il n’a évidemment pas la même place au sein du récit que n’importe quel Raté, il y a quelque chose de tragique dans ce destin d’un gamin tombant dans l’auto destruction la plus totale et plongeant sans espoir de retour dans une destinée qui n’a qu’une conclusion possible.

Difficile dès lors de ne pas être touché par l’aigreur inhérente à l’intrigue, quitte à mettre de côté les imperfections du film, surtout en comparaison d’un premier volet plus solide (à l’image de la photographie, la poésie violente de Chung Chung-hoon laissant place à quelque chose de plus variable dans les mains de Checco Varese, à l’image du climax stroboscopique). Mais cela n’empêche pas de ressentir une certaine affection pour le métrage en général, même dans ses moments plus autres, que ce soit par sa dramaturgie forte, ses moments grand-guignolesques gérés de main de maître par un clown impérial ou la douceur émouvante de son final.

Faux film d’horreur mais vrai récit dramatique où le fantastique symbolise les sentiments et expériences destructeurs de chacun, ce chapitre 2 de « Ça » s’avère moins facile, que ce soit par sa gestion moins linéaire, certains effets éculés ou même cette sensation d’aller dans plusieurs directions différentes quitte à ce que cela affecte le ton global du projet. Néanmoins, il s’avère toujours riche sur le fond et intéressant sur la forme mais surtout, il fait ressortir ces sentiments contradictoires que l’on ressent en tant qu’adulte en repensant à notre enfance. Même si cela se révèle dur, il nous rappelle également qu’on doit faire face à nos monstres d’enfance pour mieux avancer en tant qu’adulte. En plus, la mélancolie sourde qui résonne durant ces 2h50 fait grandement saigner notre coeur, assez pour pouvoir accepter ses errances et mieux célébrer ses réussites.

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Amoureux du cinéma, je suis belge, pas drôle et végétarien (dans cet ordre ^^). Le septième art est ma grande passion et j’adore parler films, qu’importe leurs styles.
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