Pourquoi faut-il ABSOLUMENT regarder Good Trouble

10/09/2019

Titre : Good Trouble

Créée par : Joanna Johnson, Peter Paige, Bradley Bredeweg

Avec : Maia Mitchell, Cierra Ramirez, Zuri Adele, Sherry Cola, Tommy Martinez, Roger Bart, Emma Hunton, Josh Pence, ...

Format : 42 minutes

Diffusion : Freeform

Genre : Drame, Famille

Résumé : Une fois leurs études terminées, Callie et Mariana, deux des enfants adoptifs de la famille Adams Foster, s'installent à Los Angeles où elles vont vivre leurs premiers pas d'adultes, entre défis, déboires professionnels, histoires d'amour, et nouvelles amitiés forgées au sein de leur logement communautaire.

Peu de gens connaissent cette série et pourtant… Si vous avez déjà regardé The Fosters, vous n’êtes déjà donc pas sans connaître ses deux personnages principaux : Callie et Mariana. Puisque, vous l’aurez compris, Good Trouble est un spin-off de la série qui a notamment révélé Noah Centineo au grand public. Et si The Fosters abordait déjà des thèmes intéressants comme l’homoparentalité, l’adoption ou les jeunes en difficulté pour ne citer qu’eux, Good Trouble se veut encore plus engagée et aborde une large palette de sujets sociétaux tous plus brûlants les uns que les autres. Et c’est extrêmement bien fait. 

Au-delà de son intrigue bien ficelée et de ses acteurs plutôt bons, la réelle raison qui pousse à regarder et à s’attacher à cette série, c’est la maestria avec laquelle elle informe et elle dénonce. Que l’on soit noir, blanc, femme, homme, trans, gay, hétéro et ainsi de suite… on se sent forcément concerné à un moment ou un autre par les thèmes que la série traite. Et c’est sur ceux-là que va se concentrer cet article puisqu’il faut absolument que tout le monde regarde Good Trouble pour ces raisons-là… C’est un article assez long donc si vous souhaitez le lire en fonction des sujets, voici l’ordre des thèmes abordés :

  • les LGBTQ+ ;
  • la non-binarité ;
  • le sexisme au travail et les inégalités salariales ;
  • le racisme ordinaire au travail ;
  • le mouvement Black lives matter ;
  • la grossophobie ;
  • la dépression et les envies suicidaires ;
  • le harcèlement sexuel au travail ;
  • l’anxiété sociale et autres syndromes mentaux ; 
  • être de droite aujourd’hui. 

Je préviens aussi, même si j’évite de détailler l’intrigue, certains éléments concernant les personnages peuvent être des spoilers pour qui n’a jamais regardé la série. 

LGBTQ+ :

Aujourd’hui, c’est plutôt habituel : dans limite toutes les séries, nous trouverons au moins 1 ou plusieurs personnages homosexuels. Mais dans Good Trouble, ce qui est réussi, c’est la façon dont cela est mis en scène. Tout d’abord, on a Alice, lesbienne et asiatique. On précise asiatique parce que ce qu’on a voulu mettre en avant avec ce personnage, c’est la difficulté d’annoncer à ses parents immigrés son homosexualité. De plus, il est très rare également de mettre en scène cette « duologie », soit asiate & gay. Dans les séries américaines, on dénonce souvent le côté dur et strict des parents asiatiques, cette façon qu’ils ont d’attendre la perfection de leurs enfants, d’être déçus si ces derniers ne ramènent pas que des A+ (Glee par exemple au travers de Mike Chang). Dans Good Trouble, il y a le même souci de la peur de décevoir ces derniers en leur annonçant que non, on ne ramènera jamais un époux à la maison. Mais cela est fait de manière intelligente. Je ne vous spoile pas mais sachez juste qu’on s’éloigne des stéréotypes décrits ci-dessus. 

Concernant Jazmin, même si c’est un personnage très secondaire, elle est pétillante à chacune de ses apparitions. Et surtout, ce qui me plaît, c’est que ces dernières années, lorsque l’on souhaite mettre en scène un personnage trans, on fait réellement appel à un acteur ou une actrice trans (Sense8, Euphoria, OITNB, …),  ce qui n’était pas le cas il y a quelques années à peine (Unique dans Glee encore : l’acteur se définit comme cis mâle et pourtant… pareil pour Coach Beiste : l’actrice se définit comme une femme lesbienne). Même aujourd’hui, un scandale avait éclaté il y a quelques mois parce qu’on avait proposé le rôle d’un personnage trans à… Scarlett Johansson (pour pas changer) et que cette dernière avait accepté. Ici, on retrouve les problèmes dus à la transophobie : le rejet des parents, de collègues, d’inconnus mais aussi la difficulté du changement d’identité, les étapes (ou plutôt épreuves) administratives, … Mais cela n’est jamais fait de manière lourde et ennuyeuse. Au contraire.  

Et je termine par Gaël car c’était la surprise de la fin du tout premier épisode : Gaël est bi. Il aime autant les hommes que les femmes, peut avoir des relations autant avec un sexe qu’avec l’autre et il n’a aucun problème avec ça. Et la raison pour laquelle j’aime Good Trouble, c’est que ses partenaires n’ont également aucun problème. Mais quel problème pourrait-on avoir ? Et bien, je me rappelle de cet épisode de la série Sex and the CityCarrie Bradshaw rompait avec son copain parce qu’elle découvrait qu’il était bi. Oui, oui, l’épisode s’était réellement terminé comme ça, avec ce message : on ne peut pas sortir avec une personne qui peut aimer l’autre sexe.  

Nonbinairité :

Pour ceux qui ne le savent pas, une personne non-binaire c’est une personne qui ne se considère ni homme ni femme et qui ne souhaite donc pas être définie par un sexe. Du coup, en anglais, on utilise les pronoms pluriels « they / their » pour parler de ces personnes. En français, on doit dire « il/elle » et certain.e.s ont même inventé le pronom « iel(s) ». Lindsey et Joey sont deux personnages qui sont non-binaires. Et ce qui plaît à voir, c’est que, non content d’introduire ce sujet-là qui pour l’instant reste assez rare dans les fictions, ces deux personnages ne s’aiment pas mais elles respectent la non-binarité de l’autre. Combien de fois avons-nous vu des haters ne pas respecter la transsexualité ou la non-binarité d’une personne comme une insulte (dire « il » lorsqu’il s’agit d’une femme trans puis vice-versa ou utiliser le genre le plus visible de la personne quand celle-ci est non-binaire, donc ici, dire « elle »). Là, dans Good Trouble, malgré la haine d’un personnage envers l’autre, les deux continuent à se respecter et à utiliser les pronoms « they » pour parler de l’autre. 

Sexisme au travail et inégalité salariale :

En ce qui me concerne, c’est LE sujet qui me parle et paradoxalement, m’énerve le plus. Parce que, forcément, je m’y identifie. Je m’y identifie en tant que femme et surtout, je m’y identifie en tant que racisée. Mariana est développeuse dans l’entreprise d’un réseau social. Elle fait un métier où on retrouve plutôt majoritairement des hommes. Donc elle se retrouve dans une équipe où elle est la seule femme et à cause de son boss, elle se retrouve mise de côté. On ne l’inclut dans rien, ni dans les projets professionnels ni dans les sorties after-work. On ne lui fait pas confiance et on la rejette constamment. On lui fait comprendre qu’en tant que femme, elle n’a rien à faire là. J’imagine que beaucoup de femmes qui font des métiers dits masculins se reconnaîtront… 

Lorsque ce problème est « réglé », nouveau problème : elle découvre que dans l’entreprise, les femmes sont payées moins que les hommes. Mais ce n’est pas tout, et c’est là l’intelligence de Good Trouble, Mariana découvre que les femmes racisées sont, elles, encore même moins bien payées que les femmes blanches. Quand elle en parle aux femmes blanches, elles lui répondent « un problème après l’autre, réglons d’abord le problème de l’inégalité entre femmes et hommes ». Mais surtout on sent leur malaise face à ce problème qui ne les concerne pas et pour lequel elles ne souhaitent donc pas se battre parce que, disons les choses clairement : elles n’en ont strictement rien à foutre. Et ça, pour le coup, c’est typiquement un problème très actuel : le « white feminism », soit le féminisme qui exclut complètement les femmes racisées. On se bat pour le droit des femmes mais on ferme les yeux sur les problèmes concernant les femmes de couleur. Et Good Trouble en parle avec une intelligence et avec un réalisme rares. 

Le racisme ordinaire au travail : 

Raj travaille au même endroit que Marianna et dans la même équipe. Et pour pas changer, leur **** de boss s’amuse à se moquer de ses origines. A imiter l’accent indien, à faire des blagues racistes et clichés. Et Raj ne dit rien. Parce que c’est lui qui a honte et parce qu’il a conscience que s’il dit quelque chose, ça va se retourner contre lui et on lui dira qu’il n’a pas d’humour, on lui parlera de liberté d’expression, etc… En gros, on lui fera comprendre qu’il n’a pas le droit d’être vexé et que c’est à lui de prendre sur lui pour accepter qu’on se moque de son pays d’origine. D’ailleurs, lorsqu’il finit par le faire, son boss lui répond que ce ne sont que des blagues. Heureusement, dans Good Trouble — même s’il ne comprend pas — il finit par lui promettre de ne plus le faire. Mais combien de personnes se sont faits recaler lorsqu’ils ont osé en parler ?

Franchement, toutes les personnes racisé.e.s ont déjà connu ça, que ce soit au boulot ou avec des « ami.e.s ». Et je trouve bien que la série le mette en avant.

Black lives matter :

Ce sujet, lui, est de plus en plus présent dans les séries et les films. Malheureusement, aujourd’hui, cela n’a toujours rien changé. Il ne se passe pas une semaine sans que nous voyons la police américaine agir de manière non-professionnelle et surtout raciste envers des personnes noires. Et parfois, cela conduit encore et toujours à la mort d’une personne innocente. 

En réalité, on réalise à quel point ce message est encore important quand on lit certains commentaires sur le site TvTime. En effet, certains spectateurs disent que Malika — le personnage à travers qui ce sujet est mis en scène — devrait passer à autre chose et se concentrer sur sa vie personnelle et professionnelle… Ils osent même aller jusqu’à dire qu’elle va trop loin (bien que tout ce qu’elle fasse reste pacifique). Bien entendu, les personnes qui écrivent ça sont blanches. Donc bien entendu, elles n’ont aucune idée de ce que vivent les personnes noires et ne comprennent pas pourquoi Malika se bat autant. Et bien entendu, ce sont le même type de personnes qui ne font jamais aucun commentaire quand des personnes noires sont discriminées ou même tuées pour leur couleur de peau. Et même si cela ne les concerne pas, c’est elles qui sont agacées.

D’ailleurs un personnage (blanc) lui fait la même remarque. Et Malika s’énerve en lui répondant qu’elle lui reproche quelque chose qu’elle ne comprend même pas, alors de quel droit peut-elle lui dire quoi faire ou comment réagir. Et cette personne lui dit « alors explique-moi » et là, Malika s’énerve : « ce n’est pas à moi d’éduquer mes potes blancs ». Et elle ajoute que si elle est vraiment intéressée par le sujet ou si elle veut réellement comprendre, une simple recherche Internet pourra la renseigner. Aujourd’hui, il y a pléthore d’informations sur ces sujets brûlants et c’est pourquoi c’est d’autant plus énervant quand des personnes s’attendent à ce que vous, nous, les racisé.e.s, leur expliquions alors qu’ils pourraient se renseigner tous seuls comme des grands. 

Au final, je trouve que c’est hyper révélateur de notre société. Et c’est pourquoi c’est d’autant plus important que l’on continue à mettre en avant ce problème, ce que fait superbement Good Trouble.

Grossopobie : 

La façon dont on traite de la grossophobie dans Good Trouble est également hyper intéressante. Et encore une fois, notons à quel point la série utilise chaque personnage pour parler d’un sujet sociétal d’actualité. Ici, avec Davia, nous découvrons un personnage qui s’aime, qui se trouve belle et se dit complètement à l’aise avec ses formes et ses rondeurs. Et pourtant, elle ne peut s’empêcher de retoucher ses photos avant de les poster sur Instagram. Puis on découvre la raison : la pression. Ici, due à sa mère. Sa mère lui a toujours mis la pression sur son corps. Ce qui fait que coup sur coup, elle a d’abord été anorexique avant d’être en surpoids. Aujourd’hui, malgré qu’elle dise s’aimer, elle a encore peur du regard des autres puisqu’elle continue à se retoucher. Et franchement, qui ne se reconnaît pas là-dedans ? 

Dépression et pensées suicidaires : 

A travers le personnage de Dennis, Good Trouble aborde également le thème de la dépression et l’envie de suicide. Elle le fait d’une manière bouleversante puisqu’elle montre à quel point il est difficile de les détecter. Comment se douter qu’un proche a des pensées suicidaires lorsqu’il est si souriant devant nous ? Elle montre aussi aux personnes dépressives qu’elles doivent se battre pour surmonter l’envie de tout garder pour soi même si on se doute que c’est extrêmement difficile. En parler ne serait-ce qu’avec une seule personne peut peut-être sauver la vie. 

Harcèlement sexuel au travail :

Alors qu’au début, nous ne sommes pas particulièrement fan du personnage de Rebecca, il nous permet d’aborder un thème fort : celui du harcèlement au travail. Et à travers celui-ci, la nécessité de dénoncer son bourreau. Le message de Good Trouble ici, c’est qu’effectivement, malgré la difficulté de le faire, il faut parfois penser à l’avenir : si on ne dénonce pas son harceleur, on prend le risque que cela arrive à une autre personne

L’anxiété sociale et autres syndromes mentaux : 

L’une des questions qui est souvent revenue en regardant Good Trouble, c’est : qu’est-ce qu’a Evan ? Tout d’abord, Evan est le CEO de la boite où bosse Marianna. D’ailleurs, il est l’un des seuls à sembler la soutenir et à l’apprécier sincèrement. Mais dès le début, une question se pose : est-il autiste ? ou atteint d’Asperger ?

Quoi qu’il en soit, lui-même dit à Marianna qu’il souffre d’une forme d’anxiété sociale et qu’il n’est pas à l’aise dans tout ce qui est échanges humains. Et ce qui est intéressant, c’est qu’à travers ce personnage, la série pose la question : est-il possible de vivre une histoire d’amour lorsqu’on souffre de ces formes d’handicap ? Evan veut rencontrer l’amour, mais comment faire ? Doit-il être lui-même ou s’efforcer d’effacer son handicap ?

Honnêtement, c’est quelque chose que j’adore dans cette série : on retrouve vraiment de tout. Et sachant qu’elle n’en est qu’à sa 2ème saison, je suis sûre que ce n’est que le début.

Être de droite aujourd’hui :

Dans Good Trouble, Callie, qui a des opinions que l’on qualifierait plutôt libérales et démocrates, se retrouve avec un entourage principalement républicain et conservateur. Elle est entourée de gens de droite à son travail, ce qui la frustre personnellement puisqu’elle n’est jamais d’accord avec eux. Puis elle découvre que son copain, Jamie, est Républicain. Là, ils se posent et elle lui pose alors la question : « comment peux-tu être Républicain avec tout ce que ça représente aujourd’hui ? ». Et j’ai trouvé cela hyper intéressant puisque c’est aussi valable en France. Aujourd’hui, la droite — en France, comme aux États-Unis, comme partout ailleurs dans le monde — s’est plutôt radicalisée. Elle met en avant des idées qui, de base, venaient de l’extrême droite et est même parfois d’ailleurs complètement raciste. Alors difficile de dire que l’on est de droite sachant ce que ça représente aujourd’hui. Et avec Callie, on pose aussi la question de savoir si l’on peut sortir avec quelqu’un qui a une opinion politique à l’opposé de la nôtre. 

Belle diversité :

Comme vous aurez pu le constater avec cette liste, ce que Good Trouble met surtout en avant, c’est une belle diversité. Une diversité sexuelle, une diversité raciale, une diversité incroyable dans les thèmes abordés. Impossible de ne pas s’identifier ou de ne pas s’attacher à au moins un personnage. Aussi, c’est une série qui met en avant beaucoup de nouveaux acteurs et de nouvelles actrices, ce qui est vraiment pas mal. 

Au-delà de tous ces sujets forts, c’est une série qui sait rester légère, fraîche et qui ne manque pas d’humour et d’amour. Regardez-la. C’est un ordre.  

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Passionnée par les sushis, j’ai appris à maîtriser cet art en regardant mes séries télé préférées. Entre deux makis, je m’intéresse aussi à l’univers d’Harry Potter, de Disney, au cinéma et à la photographie. Sinon, est-ce que je vous ai dit que j’aimais les sushis ?
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