Premier contact : le drame de la communication

11/09/2019

Titre : Premier Contact

Réalisateur : Denis Villeneuve

Avec : Amy Adams, Jeremy Renner, Forest Whitaker, ...

Genre : Drame, Science-fiction

Durée : 1h51

Nationalité : États-Unis

Sortie : Décembre 2016

Résumé : Lorsque de mystérieux vaisseaux venus du fond de l’espace surgissent un peu partout sur Terre, une équipe d’experts est rassemblée sous la direction de la linguiste Louise Banks afin de tenter de comprendre leurs intentions.
Face à l’énigme que constituent leur présence et leurs messages mystérieux, les réactions dans le monde sont extrêmes et l’humanité se retrouve bientôt au bord d’une guerre absolue. Louise Banks et son équipe n’ont que très peu de temps pour trouver des réponses. Pour les obtenir, la jeune femme va prendre un risque qui pourrait non seulement lui coûter la vie, mais détruire le genre humain…

.

Qu’on soit admirateur ou détracteur du cinéaste, force est de constater que Denis Villeneuve offre un regard différent dans le cinéma américain grand public actuel. Qu’il traite d’une affaire criminelle dans « Prisoners », de la guerre des Cartels dans « Sicario », du questionnement identitaire dans « Enemy » ou bien de la science-fiction plus qu’analysable dans « Blade Runner 2049« , ses films traitent de thématiques communes et œuvrent dans un registre différent dans un marché hautement plus disposé à vendre du divertissement populaire qu’à des œuvres au potentiel plus intimiste et moins vendeur.

C’est encore le cas ici tant le tourment émotionnel de Louise est le cœur du récit. Elle est ainsi notre repère dans le récit, par le drame exposé au début par le biais d’extraits courts de mémoire et le fait qu’elle reste perpétuellement au centre de la narration. Il y a donc un réel lien empathique qui se crée, bien aidé par la sensibilité de jeu d’une Amy Adams pleinement investie dans un rôle fort. Alors que l’on pourrait reprocher à Villeneuve une certaine froideur (comme certains l’ont fait pour son « Blade Runner 2049 »), elle amène une chaleur humaine forte qui rend l’implication du spectateur totale.

Et ce dernier se doit de l’être au vu des nombreuses ramifications scénaristiques d’un récit d’une densité incroyable. La question de la communication dans notre société y est représentée avec une interrogation sur notre mode d’agir actuellement. Ainsi, la lenteur apparente du récit est reliée au rythme plus posé obligé pour un travail de communication partant de zéro. En ce sens, dans une société où la vitesse de propagation se fait au détriment de la qualité de l’information, une telle oeuvre s’avère primordiale. Cela se ressent dans l’une des premières séquences, l’annonce de l’arrivée. D’ailleurs, privilégier ici le regard des personnages permet de replacer le tout dans un contexte humain subtil.

Car si le langage se soit d’être appréhendé avec minutie, c’est parce que celui-ci est une arme. Mal compris, les mots peuvent être destructeurs. On l’oublie régulièrement mais il suffit de voir une « mauvaise communication » d’une personne pour constater qu’un pas de travers dans l’expression d’une idée peut mener à l’annihilation sociale de celle-ci. Cela se souligne notamment par l’art de répartie de certains personnages (« you made quick work on this insurgent video » « you made quick work on this insurgent ») ou encore l’utilisation d’une histoire fausse mais appuyant un propos par sa nature mensongère mais surtout dans la précision des termes usés. Il suffit qu’une femme apeurée dise à son mari soldat que leur fils a peur de voir son père mangé par des monstres pour que la peur de l’extraterrestre se plante encore plus dans sa tête.

Cette crainte de l’autre, de l’inconnu est d’ailleurs abordée de manière intéressante. Là où le regard extérieur vire à la paranoïa par l’absence de réponses, aussi bien sur l’identité que sur les intentions de nos visiteurs, la relation de communication de Louise et Ian avec ceux-ci relève d’une ambiance plus sereine, justement par la place réservée à la communication. Là où des caricatures de Fox News et d’Alex Jones ne font que propager la terreur pour leurs propres desseins économiques, c’est en permettant de relier les gens, qu’importent leurs origines, que la survie prévaut.

Il y a ainsi quelque chose d’humaniste qui se développe au fur et à mesure du film, enrichi notamment par ALERTE SPOILER un twist d’une puissance démesurée, déjà car il use de l’art du montage sans remettre en question la teneur du drame. Certains auront reproché d’avoir usé d’un mensonge par ce biais mais le cinéma lui-même n’est-il pas l’art du mensonge ? De plus, en barrant la nature temporelle du drame, on ne fait que placer son deuil de manière cyclique, une perte tellement forte qu’elle implique le personnage avant même qu’il n’ait eu lieu tout en permettant au spectateur de voir le récit comme Louise et les extraterrestres même. Rajoutons à cela que, loin du pessimisme d’une forme de déterminisme implacable, le film présente ce point avec une forme d’ « optimisme » poussant à profiter de l’instant présent et des bons moments avant que ceux-ci ne laissent place au malheur. De quoi être cohérent notamment avec le monologue de Ian sur le temps… FIN DE L’ALERTE SPOILER

Pour aller vers le visuel du film, on soulignera le travail sur les langages créés spécialement pour le film ainsi que la photographie de Bradford Young. Cette dernière donne un ton purement mélancolique au récit, une sensation d’incertitude de lieu comme si l’on se trouvait dans un songe ou bien dans un souvenir passé, narré de manière fragmentée. Cet aspect naturaliste de l’image se révèle pertinent au propos du film tout en amenant une ambiance tellement autre qu’elle en devient purement cinématographique, reliant l’intimité du drame à la largesse d’ampleur de la situation du récit.

Villeneuve arrive à imprégner sa mise en scène avec son style, tout en rappelant par moments d’autres films. On pense ainsi à  Rencontres du troisième type par la scène d’arrivée dans le Montana et la manière d’imbriquer drame humain à présence extraterrestre dépassant l’entendement. C’est ce même ancrage humain qui permet à l’émotion de transparaître à l’écran de manière éclatante. La maîtrise de Villeneuve dans tous les aspects de son long-métrage souligne totalement le talent du metteur en scène québécois.

Drame intime puissant et questionnement du fonctionnement d’une société craintive de l’inconnu dans de multiples sens, « Premier Contact » est une oeuvre riche de sens et de questionnements. Sa densité narrative n’enlève rien au bouleversement procuré, semblable à une étreinte cinématographique aussi rassurante que déchirante. Il ne serait guère étonnant que dans les années à venir, ce titre soit considéré comme l’un des chefs d’œuvres du vingt et unième siècle. En attendant, nous ne pouvons que confirmer le bien que procure ce grand film par les sentiments divers provoqués. Ce n’est pas n’importe quel film qui peut encore amener un tel bouillonnement émotionnel…

Voici également en bonus un débat pour la chaîne « La Table Ronde » sur le film auquel j’ai participé :

.

Amoureux du cinéma, je suis belge, pas drôle et végétarien (dans cet ordre ^^). Le septième art est ma grande passion et j’adore parler films, qu’importe leurs styles.
0 I like it
0 I don't like it

Leave a Reply

Your email address will not be published. Required fields are marked *