The Boys : des héros et des hommes

20/09/2019

Titre : The Boys

Créée par : Eric Kripke

Avec : Karl Urban, Jack Quaid, Antony Starr, Erin Moriarty, Dominique McElligott, Jessie T. Usher, Elisabeth Shue, ...

Format : ‎55-67 minutes

Diffusion : Amazon Prime

Genre : Drame, Science-Fiction, Comédie-Noire

Résumé : Hughie, jeune vendeur dans un magasin d'électronique de New York, assiste à la mort terrible d'une personne qui lui est chère, tuée par A-Train, l'un des super-héros les plus en vogue des Etats-Unis. Encore sous le choc, Hughie est approché par Billy Butcher, un homme bourru et vulgaire qui lui révèle que l'agence qui gère ces super-héros cache de nombreux secrets et que ces héros sont loin d'être irréprochables. Au même moment, cette même agence accueille une nouvelle recrue, Stella, qui va découvrir à son tour la véritable nature des membres du groupe de l'intérieur.

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Vous êtes-vous déjà demandé, en regardant des films de super-héros des géants Marvel et/ou DC, ce qu’il advenait de ces personnes prises dans les combats explosifs, destructeurs et complètement démesurés, quand un vilain et un super-héros se font face dans la ville et qu’ils s’affrontent dans d’impressionnantes scènes d’action ou qu’une course-poursuite effrénée s’engage dans une route bondée, causant carambolage sur carambolage ? Y a-t-il des victimes collatérales ? Et si oui, comment expliquer voire excuser leur mort ? Et puis que faire de leurs proches quand ils réclament justice, peuvent-ils seulement demander réparation à des super-héros, adulés de tous ? C’est de ce premier postulat que part la série absolument jouissive et dérangeante The Boys.

Disponible sur Amazon Prime, cette série de huit épisodes d’une heure environ se consomme à une vitesse folle. L’on est immédiatement happé, dès les premières minutes du premier épisode, par l’histoire et l’on a qu’une seule hâte, découvrir où la série veut nous amener. Cette dernière est d’ailleurs une adaptation des comics de Garth Ennis et Darick Robertson et pour qui aime à comparer l’oeuvre originale à l’adaptation, on vous laisse vous faire une petite idée des libertés prises par le showrunner Eric Kripke. Et pour résumer de nouveau l’histoire, parce qu’on ne se lasse pas de ce pitch, voici ce que vous réserve The Boys : une bande d’humains tout à fait ordinaires se liguent pour se faire justice eux-mêmes après avoir souffert des actions supposément héroïques des surhommes aux super-pouvoirs locaux baptisés les Sept. Attention, le trailer ci-dessous comporte des spoilers !

C’est donc dans un univers fictif, disons parallèle au nôtre, où les super-héros existent et sont dans le quotidien des américains (puisqu’une fois encore la série se déroule aux Etats-Unis) que se déroule l’histoire. Ces êtres aux pouvoirs surnaturels sont littéralement partout, leur glorieuse et lisse figure de sauveurs immaculés est martelée constamment sur tous les réseaux et tous les supports, et pour cause : les Sept, comme ils se font appeler, sont gérés par une formidable machine de guerre marketing dénommée « Vought », qui serait un peu notre Marvel à nous si les agents de Marvel existaient vraiment. Avec Vought, et Madelyn Stillwell qui en est l’un des énigmatiques pontes, tout est mis en oeuvre pour que Le Protecteur (Homelander dans la  version originale), érigé en quasi père protecteur des Etats-Unis et agissant comme le leader des Sept, soit dans l’imaginaire collectif l’incarnation de la grandeur américaine. Mais voilà, si les premières secondes nous mettent des paillettes dans les yeux avec un sauvetage grandiose (preuve que Vought a bien fait son travail), on déchante très vite et c’est là que Hughie (Jack Quaid) et Annie alias Stella (Erin Moriarty) entrent en scène.

On intègre donc le monde des super-héros en même temps que la dernière recrue, Annie dite Starlight, qui s’avère être jeune, naïve et pleine de bons sentiments (c’est d’ailleurs ce qui l’a démarquée lors des auditions car oui, il faut passer par des auditions pour être un super-héros). Annie signe donc le contrat de ses rêves et pense intégrer la meilleure équipe de super-héros qui soit, mais l’envers du décor est d’une froideur et d’une atrocité difficilement imaginable pour la jeune fille. Le masque tombe, les étoiles dans les yeux sont remplacées par de douloureuses piqûres de réalité et Annie, en même temps que le jeune Hughie, comprennent à quel point ils étaient ignorants. Si l’on saisit très vite en quoi certains super-héros comme The Deep et Translucide sont détestables, il en est un pour qui il nous faudra un peu plus de temps : Homelander (Le Protecteur). La manière dont est amenée sa véritable personnalité (glaçante) s’avère parfaitement travaillée et par le scénario et par l’acteur (Antony Starr) qui nous livre une performance unique. On tremble à chacune de ses apparitions tant on ignore ce dont il est capable. Tout est, dans un premier temps du moins, dans la suggestion et c’est une prouesse pour une série axée sur les super-héros.

En parallèle, nous suivons Hughie accompagné du mystérieux et mal dégrossi Bily Butcher (Karl Urban), une caricature de l’homme au passé mystérieux. Ce même Butcher a une vindicte contre Vought mais surtout contre Le Protecteur et il fait de Hughie le nouveau membre des « Boys », un petit groupe d’humains composé d’un sympathique gaillard dénommé La Crème, d’un petit sournois attachant qui répond au nom du Français. Cette joyeuse bande sans pouvoir, quoique bien armée, décide de détruire la colossale Vought et les Sept, à la David et Goliath. Les scènes avec les Boys sont la plupart du temps cocasses et leur chance insolante fait que l’on ne peut s’empêcher de croire à leur victoire. On prend plaisir à suivre l’escalade rapide de la violence entre les deux groupes, les scènes d’action sont cependant assez habituelles et c’est dans les dialogues qu’on trouvera parfois une atmosphère étonnamment honnête, sincère et drôle entre les membres des Boys.

The Boys prend le pari de nous montrer un monde où les super-héros sont une pure création marketing, une création comme une autre mais qui cartonne et il s’avère que sauver le monde n’est qu’une ligne éditoriale qui justifie leur hyper-médiatisation. Et ce n’est là qu’un des premiers cercles de l’enfer que dénonce mais aussi incarne cette série qui n’a pas peur des paradoxes. En effet, The Boys pointe du doigt la glorification malsaine de personnalités publiques créées de toutes pièces, le consumérisme poussé à bout, un monde où la pop culture, les réseaux sociaux et les médias franchissent une frontière pour s’unir aux intérêts politiques et devenir une manne financière illimitée entre les mains d’une seule personne ou d’une seule entité. De quoi susciter la peur. Car ces super-héros invincibles restent la propriété de Vought et Madelyn Stillwell. Cette dernière insiste bien qu’elle seule a le pouvoir de protéger ou non la population de la menace des super-vilains :

C’est un tout nouveau monde désormais. Et une seule compagnie a les moyens de riposter. Ma compagnie. Mon produit.

Seulement voilà, les actes répréhensibles sont commis par ces êtres que l’on croyait irréprochables, raison pour laquelle on ne les soupçonne pas de tant d’horreur puisque tout est dissimulé sous les projecteurs et le récit médiatique pensé par des pros du marketing et c’est ce qui fait d’ailleurs tout l’attrait de cette histoire. Il n’y a aucune philanthropie chez Vought, aucun désir de rendre le monde meilleur. Leurs super-héros ne sont même pas des antihéros, ils nous apparaissent presque comme une lubie ou le caprice sordide d’un petit groupe d’hommes et de femmes riches qui veulent amasser toujours plus de pouvoir et asseoir leur emprise sur le monde. Ce qu’ils ont créé n’a rien de sublime ni de pur, et certaines scènes sont très difficiles à regarder, au-delà de celles que l’on qualifierait de trash. Car certains passages nous marquent par leur froide et gratuite cruauté dans des moments où l’on fait face à une inhumanité incompréhensible et soudaine. Mais ce qui est d’autant plus difficile à accepter, c’est que la cruauté n’est pas simplement fictive ici, The Boys dénonce et c’est presque d’une insupportable banalité. 

La série est également truffée de références à l’univers Marvel, mais au-delà de ces super-héros caricaturaux, c’est surtout le côté hyper-consumériste et ultra-libéral que l’on retient. On sent bien la critique de la place médiatique énorme que tient cette franchise et le contre-pied de The Boys est une véritable bouffée de fraîcheur, certes un peu âpre mais on prend : ici, on veut d’abord nous vendre du héros impeccable, du héros sans peur et sans reproches mais on nous livre à la place un paquet de mégalos absolument détestables dont l’humanité se passerait bien et on adore. Le tout avec, et l’on ne saurait trop insister sur l’importance de sa bonne utilisation, une bande originale pour le coup irréprochable ((Everybody Hurts de R.E.M., Rock the Casbah des Clash, The Passenger d’Iggy Pop, Wannabe des Spice Girls) et qui tombe toujours à pic.

Vous l’aurez compris, The Boys se consomme sans modération mais avec un peu de recul. On pardonne à la série ses grosses ficelles scénaristiques pour faire avancer l’histoire et on en retient surtout le cynisme exacerbé, la légèreté déconcertante de son ton et le rythme cadencé de son histoire. Une chose est sûre, vous ne vous ennuierez pas devant The Boys et vous ne verrez plus les super-héros de la même manière.

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94s kid. Je vis d’art, d’astres et d’eau fraîche. Je suis, semble-t-il, attachée à la littérature, aux séries et aux langues (entre autres choses tout aussi folles). Je combats les caprices des mots sur le champ des idées coincées sur la langue. Je peux faire d’une série un long film de quatorze heures et la traduction, c’est sacré !
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